Les troubles de la sexualité regroupent des situations très différentes : une baisse ou une absence de désir, une difficulté d’excitation, une difficulté à atteindre l’orgasme, ou des douleurs pendant les rapports. Ils concernent les hommes comme les femmes, à tout âge, et ils touchent souvent le couple autant que la personne. Ce ne sont pas des maladies au sens strict, et ce n’est pas non plus une affaire de volonté.
De quoi parle-t-on exactement
La classification clinique distingue quatre grands ensembles, qui peuvent se combiner chez une même personne.
Les troubles du désir se traduisent par une baisse durable de l’envie, voire son absence, parfois accompagnée d’une aversion pour les situations intimes. Les troubles de l’excitation recouvrent, chez l’homme, la dysfonction érectile, et chez la femme, une difficulté de lubrification et de réponse physique. Les troubles de l’orgasme vont de l’absence d’orgasme à l’éjaculation prématurée ou au contraire retardée. Les douleurs, enfin, forment une catégorie à part entière, qui va de la gêne à l’impossibilité complète de la pénétration.
Un mot sur le vocabulaire, parce qu’il compte. Les termes d’impuissance et de frigidité ont longtemps servi à désigner ces situations. Ils sont abandonnés par les professionnels, et pour une bonne raison : ils décrivent un défaut de la personne là où il s’agit d’une fonction qui ne se déroule pas comme attendu. Ce glissement n’est pas anodin quand on sait le poids de la honte dans ces situations.
Quand la difficulté porte spécifiquement sur une contraction involontaire qui rend la pénétration douloureuse ou impossible, il s’agit d’une situation particulière, avec ses propres prises en charge : nous lui consacrons une page entière sur le vaginisme et sa prise en charge.
Pourquoi le bilan médical passe avant tout le reste
C’est le point sur lequel cette page était fautive, et il mérite d’être corrigé sans détour. On lit encore souvent que les examens médicaux seraient une étape formelle dont il vaudrait mieux se détourner au profit d’une approche plus douce. C’est faux, et potentiellement dangereux.
Une synthèse des revues systématiques et méta-analyses existantes, publiée dans BJU International en 2021, a rassemblé l’ensemble des travaux reliant la dysfonction érectile aux maladies cardiovasculaires. Les résultats sont nets : chez les hommes concernés, le risque relatif de maladie cardiovasculaire est de 1,45 (intervalle de confiance à 95 % : 1,36 à 1,54), celui de cardiopathie coronarienne de 1,50, celui d’infarctus du myocarde de 1,55, celui d’accident vasculaire cérébral de 1,36, et celui de mortalité toutes causes confondues de 1,25.
Les auteurs concluent que la dysfonction érectile est un prédicteur indépendant de maladie cardiovasculaire, et surtout qu’elle précède normalement l’apparition des symptômes cardiaques. Ils emploient une expression qui résume l’enjeu : cela offre une fenêtre d’opportunité pour dépister tôt les patients à risque. Autrement dit, une difficulté d’érection peut être le premier signe visible d’un problème vasculaire silencieux, et c’est une chance de le détecter avant l’accident.
D’autres causes se cherchent au même moment et ne se devinent pas : diabète, trouble hormonal, effet indésirable d’un traitement en cours, notamment certains antidépresseurs et antihypertenseurs, consommation d’alcool, suites d’une chirurgie ou d’un accouchement. Aucune de ces pistes ne se règle par un travail psychologique.
Le premier rendez-vous est donc celui d’un médecin généraliste, d’un urologue, d’un gynécologue ou d’une sage-femme. Ensuite seulement se pose la question de ce qui, dans la difficulté, relève de l’appréhension et du vécu.
Vers qui se tourner selon la difficulté
| Difficulté | Premier interlocuteur | Ensuite, selon le bilan |
|---|---|---|
| Difficulté d’érection, éjaculation prématurée ou retardée | Médecin généraliste, puis urologue | Sexologue, accompagnement psychologique |
| Baisse ou absence de désir | Médecin généraliste | Bilan hormonal, revue des traitements en cours, sexologue |
| Difficulté d’excitation ou d’orgasme chez la femme | Gynécologue ou sage-femme | Sexologue, accompagnement psychologique |
| Douleurs pendant les rapports, contraction involontaire | Gynécologue ou sage-femme | Kinésithérapeute ou sage-femme formés à la périnéologie, sexothérapie |
| Difficulté apparue après un accouchement, une chirurgie ou un nouveau traitement | Le professionnel qui a assuré ce suivi | Réévaluation du traitement, rééducation, accompagnement |
Cette colonne de droite mérite une précision : elle n’arrive qu’après. Un accompagnement psychologique engagé sans bilan préalable travaille à l’aveugle, et il peut consolider l’idée que tout se joue dans la tête alors qu’une cause traitable attend d’être trouvée.
Deux situations justifient de consulter sans attendre plutôt que de laisser passer du temps : une difficulté d’érection apparue brutalement chez un homme par ailleurs en bonne santé, au vu de ce que la littérature cardiovasculaire ci-dessus établit, et une douleur qui persiste ou s’aggrave, quel que soit le contexte. Dans les deux cas, l’ancienneté du symptôme rend le diagnostic plus difficile, pas plus facile.
Le cercle qui s’installe une fois la cause traitée
Beaucoup de personnes découvrent que la difficulté persiste alors que la cause initiale a été prise en charge. Ce n’est pas une anomalie, c’est le mécanisme le mieux décrit du domaine.
Une première difficulté survient, quelle qu’en soit l’origine. Elle laisse une trace, et la fois suivante, une part de l’attention se déplace : au lieu d’être dans la situation, on l’observe et on guette le signe que cela recommence. Cette surveillance est précisément ce qui empêche la réponse physique de se produire, puisque celle-ci demande de ne pas être occupé à autre chose. L’échec anticipé se réalise, la crainte se renforce, et l’évitement finit par s’installer, souvent sous des prétextes qui n’ont rien à voir. Le couple, de son côté, interprète, se tait, ou pose des questions qui ajoutent à la pression.
Ce mécanisme d’anticipation anxieuse n’est pas propre à la sexualité, c’est le même que celui décrit sur notre page consacrée au stress, à l’angoisse et à l’anxiété. Il s’y applique simplement dans un domaine où l’enjeu personnel est plus lourd et où l’on en parle moins.
Ce que l’hypnose peut apporter, et ce qu’elle ne peut pas
Soyons clairs sur le niveau de preuve, puisque nous sommes concernés. Il n’existe pas aujourd’hui de revue systématique concluante portant sur l’hypnose appliquée aux troubles sexuels en général. Le travail de synthèse le plus proche, une revue publiée en juin 2026 dans Sexual & Reproductive Healthcare sur l’hypnothérapie dans les douleurs vulvovaginales, ne réunit que quatre études et soixante-treize participantes, toutes de qualité méthodologique jugée très faible, et conclut que les preuves sont insuffisantes pour confirmer une efficacité.
Nous ne pouvons donc pas vous annoncer un résultat, et toute page qui le ferait avec un pourcentage à l’appui l’aurait inventé.
Ce que nous pouvons dire tient au mécanisme décrit plus haut. L’anticipation, l’attention tournée vers la surveillance de soi et l’évitement sont des terrains de travail identifiés de l’hypnose, indépendamment du domaine où ils s’expriment. C’est à ce titre que l’accompagnement se justifie ici : en complément d’une prise en charge médicale, et sur la part de la difficulté qui relève de l’appréhension, pas sur sa cause organique quand il y en a une.
Comment se déroule un accompagnement
L’hypnose thérapeutique n’a rien à voir avec l’hypnose de spectacle. Vous restez conscient, vous entendez tout, vous gardez la possibilité de parler et d’interrompre, et vous n’êtes jamais tenu de raconter quoi que ce soit dont vous ne souhaitez pas parler. Sur un sujet aussi intime, ce point n’est pas un détail de confort : c’est la condition pour que le travail soit possible.
Le premier temps sert à comprendre la situation et à vérifier ce qui a déjà été fait sur le plan médical. Le travail porte ensuite sur la réaction d’anticipation, sur la place laissée aux sensations autres que la surveillance de soi, et sur les évitements qui se sont installés. L’approche est conversationnelle et progressive, et elle s’articule avec les professionnels qui vous suivent déjà plutôt que de s’y substituer.
Nous ne communiquons pas de nombre de séances à l’avance. Cela dépend de ce qui est en jeu, de l’ancienneté de la situation et de ce qui a déjà été entrepris, et l’annoncer avant d’avoir rencontré la personne n’aurait aucun sens.
Nous en parler
Les séances se déroulent dans un cadre confidentiel, individuellement ou en couple selon ce qui vous convient. Si vous hésitez, sachez que la difficulté à aborder le sujet fait partie de ce dont on parle en consultation : vous n’avez pas à arriver avec les mots justes.
Sources
- Mostafaei H. et coll., Association of erectile dysfunction and cardiovascular disease: an umbrella review of systematic reviews and meta-analyses, BJU International, 2021 (PMID 33260254)
- The effect of hypnotherapy on vulvovaginal pain. A systematic literature review, Sexual & Reproductive Healthcare, 2026 (PMID 41849991)
Faut-il consulter un médecin avant de se tourner vers l'hypnose ?
Oui, et sans exception. Un trouble sexuel peut être le premier signe visible d’un problème général : diabète, trouble hormonal, effet indésirable d’un médicament, et surtout, chez l’homme, un risque cardiovasculaire. Une synthèse des revues systématiques publiée dans BJU International en 2021 établit que la dysfonction érectile est un prédicteur indépendant de maladie cardiovasculaire, avec un risque relatif de 1,45, et qu’elle précède le plus souvent l’apparition des symptômes cardiaques. Commencer par un accompagnement psychologique sans avoir fait ce bilan, c’est risquer de passer à côté de ce signal.
Un trouble sexuel est-il toujours dans la tête ?
Non, et cette opposition entre le corps et la tête est trompeuse. La plupart des situations mêlent les deux : une cause physique installe une difficulté, l’appréhension de l’échec s’y ajoute, l’évitement s’installe, et le mécanisme s’entretient tout seul même lorsque la cause initiale a été traitée. C’est précisément pour cela qu’un bilan médical et un accompagnement psychologique ne s’opposent pas mais se complètent.
L'hypnose est-elle efficace sur les troubles de la sexualité ?
La recherche ne permet pas de l’affirmer. Il n’existe pas de revue systématique concluante sur l’hypnose appliquée aux troubles sexuels en général, et le travail de synthèse le plus proche, une revue de juin 2026 portant sur les douleurs vulvovaginales, conclut que les preuves disponibles sont insuffisantes pour établir une efficacité. Ce que l’on peut dire honnêtement, c’est que l’anxiété de performance, l’appréhension et l’évitement font partie du mécanisme qui entretient ces troubles, et que ce sont des terrains sur lesquels un travail hypnotique a du sens, en complément d’une prise en charge médicale et non à sa place.
Faut-il venir en couple ?
Ce n’est pas obligatoire, et cela dépend de la situation. Un trouble sexuel concerne rarement une seule personne : l’incompréhension, la crainte de décevoir ou la peur de faire mal installent souvent un évitement mutuel qui pèse autant que la difficulté initiale. Quand le ou la partenaire souhaite participer et que la personne concernée le souhaite aussi, cela ouvre un espace de parole qui manque souvent. Mais un accompagnement individuel reste tout à fait possible.
Que se passe-t-il concrètement pendant une séance ?
Rien qui ressemble à l’hypnose de spectacle. Vous restez conscient, vous entendez tout, vous pouvez parler et interrompre à tout moment, et vous n’êtes jamais tenu d’aborder un sujet dont vous ne souhaitez pas parler. Le travail porte le plus souvent sur l’anticipation, cette mécanique qui déclenche la crispation avant même toute situation intime, sur la relation au corps et aux sensations, et sur l’évitement. Le rythme dépend de chaque histoire et ne s’annonce pas à l’avance.


