En juin 2015, l’Inserm a remis à la Direction générale de la santé une expertise de 213 pages intitulée « Évaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose ». C’est, à ce jour, le document de référence français sur la question, et il est régulièrement invoqué pour affirmer que l’hypnose « est reconnue scientifiquement ». Sa lecture donne une image nettement plus nuancée : quelques indications solides, plusieurs indications décevantes, et un avertissement sur l’encadrement de la profession.
Cette page reprend ce que le rapport dit réellement, en citant ses formulations plutôt qu’en les résumant à l’avantage de la discipline.
Ce que l’Inserm a évalué, et sur quelles bases
L’expertise a été réalisée par l’unité Inserm U1178, à la demande du ministère de la Santé. Elle ne porte pas uniquement sur l’hypnose : elle couvre aussi l’EMDR, une technique distincte apparue à la fin des années 1980, et cette double portée est à l’origine de nombreuses confusions.
Le rapport commence par distinguer trois usages que le mot recouvre : l’hypnosédation, à visée sédative en anesthésie, l’hypnoanalgésie, contre la douleur, et l’hypnothérapie, à visée psychothérapeutique. Ces trois usages n’ont ni les mêmes indications ni le même niveau de preuve, et parler de « l’efficacité de l’hypnose » sans préciser lequel est en cause n’a pas grand sens.
Sur le volume de littérature analysé, le rapport écrit qu’il existe « une vingtaine d’études cliniques (incluant plus de 100 sujets) et/ou revues de la littérature réalisées par la fondation Cochrane » ayant évalué l’efficacité de l’hypnose dans certaines de ses indications. Il ajoute que certaines de ces études ont de réelles qualités méthodologiques, et que les résultats sont variables.
Les deux indications où les données tiennent
La conclusion centrale du rapport est prudente dans sa formulation, et il vaut la peine de la citer telle quelle : il existe « suffisamment d’éléments pour pouvoir affirmer que l’hypnose a un intérêt thérapeutique potentiel, en particulier en anesthésie per-opératoire ou dans la colopathie fonctionnelle (colon irritable) ».
Deux indications, donc, et un intérêt qualifié de potentiel. Ce sont les seules que le rapport nomme dans sa synthèse comme suffisamment documentées. Le syndrome de l’intestin irritable est d’ailleurs le terrain sur lequel la littérature internationale est la plus fournie, et nous lui consacrons une page dédiée.
Les indications où les données déçoivent
Le rapport est tout aussi explicite dans l’autre sens, et c’est la partie que les présentations promotionnelles omettent le plus souvent. Il écrit que « les données actuelles sont insuffisantes voire décevantes dans d’autres indications comme le sevrage tabagique ou la prise en charge de la douleur lors de l’accouchement ».
Sur le tabac, l’avis est confirmé par une autre autorité. Le rapport rappelle que la Haute Autorité de santé, dans son avis sur le sevrage tabagique, indique que l’hypnose ne fait pas partie des stratégies d’aide recommandées. Nous le mentionnons alors même que le site propose un accompagnement sur ce sujet : une personne qui envisage cette voie a le droit de savoir où en sont les données avant de s’engager. Les autres approches disponibles sont présentées sur notre page consacrée aux méthodes alternatives pour arrêter de fumer.
Ce que disent la HAS et l’Académie nationale de médecine
Le rapport recense les positions des autorités françaises, indication par indication. Le tableau ci-dessous les reprend telles qu’il les formule.
| Autorité | Indication | Position |
|---|---|---|
| HAS | Douleur aiguë en ambulatoire, enfant de 1 mois à 15 ans | Peut être un des moyens non pharmacologiques employés en complément des antalgiques |
| HAS | Polyarthrite rhumatoïde | « L’efficacité de l’hypnose n’apparaît pas spécifiquement démontrée dans le cadre de la PR, au vu des données actuelles de la littérature » |
| HAS | Syndrome fibromyalgique de l’adulte | Intérêt insuffisamment démontré ; les recommandations américaines et anglaises la proposent en deuxième niveau de prise en charge |
| HAS | Sevrage tabagique | Ne fait pas partie des stratégies d’aide recommandées |
| Académie nationale de médecine | Douleur des gestes invasifs chez l’enfant et l’adolescent, effets secondaires des chimiothérapies | Indications jugées « les plus intéressantes » dans son rapport de mars 2013 sur les thérapies complémentaires |
La lecture d’ensemble est cohérente : là où l’hypnose est retenue, c’est en complément d’une prise en charge, et principalement sur la douleur. La douleur chronique reste de fait son terrain le mieux établi.
Une nuance de méthode qui change la lecture des résultats
Le rapport ne se contente pas de constater des résultats décevants : il interroge l’instrument de mesure. Il note que des études qualitatives « conduisent cependant à relativiser la portée de ces conclusions », parce que les bénéfices rapportés par les patients « ont du mal à être traduits en termes numériques à l’aide des instruments cliniques habituellement utilisés ».
L’exemple qu’il donne est éclairant. Dans le traitement de la douleur, ce serait l’impact émotionnel de la douleur qui est réduit par l’hypnose, plus que son intensité. Une échelle qui mesure uniquement l’intensité passe donc à côté de l’effet réel. Le rapport en tire une conclusion méthodologique : les essais comparatifs randomisés restent utiles, mais des études qualitatives bien menées sont tout aussi indispensables pour établir ce que les patients ont vécu.
Sur les mécanismes, la prudence est la même. Les travaux ont permis d’objectiver des modifications du fonctionnement cérébral associées à l’état hypnotique, mais le rapport précise qu’ils « ne permettent pas encore d’expliquer complètement le phénomène ».
L’erreur d’attribution la plus fréquente : le stress post-traumatique
C’est le contresens le plus répandu à propos de ce rapport, et il mérite un développement à part.
Le document conclut bien à une efficacité sur le syndrome de stress post-traumatique chez l’adulte, sur la foi de deux revues Cochrane. Mais cette conclusion porte sur l’EMDR, pas sur l’hypnose. Les mêmes revues ne permettent pas de conclure chez l’enfant et l’adolescent. De même, l’orientation publiée par l’OMS en août 2013 sur les soins de santé mentale après un traumatisme concerne des traitements spécialisés parmi lesquels l’EMDR, et non l’hypnose.
L’EMDR emprunte certains éléments à l’hypnose et à d’autres approches psychothérapeutiques, ce qui explique la confusion. Il s’en distingue nettement sur un point que le rapport souligne : ses formations sont contrôlées et homogénéisées au niveau national et européen, pour l’obtention du titre de « Praticien EMDR Europe ». Nous détaillons ce qui sépare les deux approches sur notre page EMDR et hypnose.
Sécurité et encadrement : la réserve du rapport
Sur la sécurité, le rapport est rassurant : les études ne signalent pas de danger particulier. Il assortit toutefois ce constat d’une réserve, en appelant à rester vigilant sur les dérives éthiques que les techniques de suggestion peuvent entraîner, et il juge qu’une réglementation des pratiques serait souhaitable, comme pour les autres soins non conventionnels.
Le motif de cette réserve est administratif. Le statut d’hypnothérapeute n’est pas réglementé et recouvre des praticiens aux qualifications très différentes. Les formations sont hétérogènes : une douzaine de formations universitaires, à cette date non reconnues par l’Ordre des médecins, auxquelles s’ajoutent de nombreuses formations associatives et privées. C’est le point du rapport qui a le plus de conséquences pratiques pour qui cherche un accompagnement, et nous en tirons des critères concrets sur notre page comment choisir son hypnotiseur.
Ce que cette page affirmait auparavant, et pourquoi c’est corrigé
La version précédente de cette page contenait plusieurs affirmations que la relecture du rapport ne confirme pas. Elles sont corrigées, et nous préférons dire lesquelles plutôt que de les remplacer sans le signaler.
- « 52 essais cliniques, mais aussi 17 essais liés à l’hypnothérapie » : ces chiffres ne se retrouvent pas dans le rapport, dont la synthèse fait état d’une vingtaine d’études cliniques et de revues Cochrane. Ils sont remplacés par la formulation du document.
- Le bénéfice sur le stress post-traumatique attribué à l’hypnose : il porte en réalité sur l’EMDR, comme expliqué plus haut.
- « Un état de conscience à mi-chemin entre la veille et le sommeil » : cette définition est celle attribuée à Pavlov, que le rapport cite parmi les définitions historiques. La définition qu’il retient est différente : un état qui n’est « ni un état de vigilance, ni un état de sommeil ».
- « Des effets sur l’organisme scientifiquement prouvés » : formulation trop affirmative au regard d’un texte qui parle d’un intérêt thérapeutique potentiel et de mécanismes non entièrement expliqués.
- Les indications restant à vérifier : la page citait la schizophrénie et les soins dentaires. Le rapport nomme le sevrage tabagique et la douleur de l’accouchement, ce qui n’est pas la même information.
Pour aller plus loin avec l’hypnose
- L’hypnose médicale : hypnosédation, hypnoanalgésie et hypnothérapie, les trois usages que le rapport distingue.
- Syndrome de l’intestin irritable : l’une des deux indications retenues par le rapport.
- Douleur chronique : le terrain le mieux établi, en complément d’une prise en charge.
- EMDR et hypnose : deux approches évaluées ensemble, et souvent confondues.
- Hypnose classique et hypnose de spectacle : ce que le même rapport dit du cadre de pratique.
- Arrêter de fumer : les approches disponibles, au regard de l’avis de la HAS.
- Choisir un praticien : les repères, en l’absence de statut réglementé.
Sources
- Inserm, unité U1178, « Évaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose », expertise réalisée à la demande de la Direction générale de la santé, juin 2015, 213 pages. Toutes les citations de cette page en sont issues.
- Haute Autorité de santé, recommandations et avis sur la douleur aiguë de l’enfant, la polyarthrite rhumatoïde, le syndrome fibromyalgique et le sevrage tabagique, recensés dans le rapport ci-dessus.
- Académie nationale de médecine, rapport sur les thérapies complémentaires, mars 2013, cité dans le rapport ci-dessus.
- Organisation mondiale de la santé, orientations sur les soins de santé mentale après un traumatisme, août 2013, citées dans le rapport ci-dessus.
Que conclut le rapport de l'Inserm sur l'hypnose ?
Sa formulation est prudente : il existe « suffisamment d’éléments pour pouvoir affirmer que l’hypnose a un intérêt thérapeutique potentiel, en particulier en anesthésie per-opératoire ou dans la colopathie fonctionnelle ». Le mot « potentiel » fait partie de la conclusion. Le rapport ajoute que les données sont insuffisantes voire décevantes dans d’autres indications.
Dans quelles indications l'hypnose est-elle la mieux documentée ?
Le rapport n’en nomme que deux dans sa synthèse : l’anesthésie per-opératoire et la colopathie fonctionnelle, c’est-à-dire le syndrome de l’intestin irritable. L’Académie nationale de médecine, dans son rapport de mars 2013, retient de son côté la douleur liée aux gestes invasifs chez l’enfant et l’adolescent, ainsi que les effets secondaires des chimiothérapies.
L'hypnose est-elle efficace pour arrêter de fumer ?
Les données ne le soutiennent pas à ce jour. Le rapport de l’Inserm classe le sevrage tabagique parmi les indications où les données sont « insuffisantes voire décevantes ». Il rappelle par ailleurs que la Haute Autorité de santé, dans son avis sur le sevrage tabagique, indique que l’hypnose ne fait pas partie des stratégies d’aide recommandées.
Le rapport de l'Inserm porte-t-il aussi sur l'EMDR ?
Oui, et c’est la source d’une confusion fréquente. L’expertise couvre l’hypnose et l’EMDR, deux techniques distinctes. Les conclusions favorables sur le syndrome de stress post-traumatique chez l’adulte, appuyées sur deux revues Cochrane, portent sur l’EMDR et non sur l’hypnose. Ces mêmes revues ne permettent pas de conclure chez l’enfant et l’adolescent.
L'hypnose présente-t-elle des risques ?
Sur la sécurité, le rapport indique que les études sont rassurantes. Il assortit toutefois ce constat d’une réserve, en appelant à la vigilance sur les dérives éthiques que les techniques de suggestion peuvent entraîner, et il juge qu’une réglementation des pratiques serait souhaitable. Le statut d’hypnothérapeute n’étant pas réglementé, la qualification du praticien reste le repère principal.





