Gerer-sa-colere

La colère est une émotion ordinaire, et elle a une fonction : signaler qu’une limite a été franchie. Ce qui amène à consulter, ce n’est presque jamais la colère elle-même, mais sa fréquence, une intensité sans rapport avec ce qui l’a déclenchée, et ce qu’elle laisse derrière elle une fois retombée.

Sur ce terrain, les approches dont l’efficacité est documentée sont les thérapies psychologiques structurées, au premier rang desquelles les thérapies comportementales et cognitives. L’hypnose n’est pas un traitement de référence de la colère, et le rapport d’expertise que l’Inserm lui a consacré en 2015 ne l’évalue pas dans cette indication. Autant le dire tout de suite plutôt qu’en note de bas de page.

Cela ne signifie pas qu’un accompagnement en hypnose n’a rien à faire ici. Il peut intervenir en complément, sur des objets limités, et cette page décrit lesquels. Elle traite aussi deux questions que la plupart des contenus sur le sujet évitent : que faire quand la colère se traduit par de la violence sur un proche, et pourquoi une irritabilité installée est parfois le symptôme d’autre chose qu’un problème de gestion des émotions.

L’essentiel à retenir

Quand la colère cesse d’être une émotion ordinaire

Aucun seuil chiffré ne sépare la colère banale du trouble. Ce qui compte tient en trois éléments : la disproportion entre la réaction et ce qui l’a provoquée, la répétition, et le retentissement concret sur la vie professionnelle, familiale ou sociale. Une personne qui hausse le ton une fois par trimestre et une personne qui casse quelque chose toutes les semaines ne décrivent pas le même problème.

La recherche en psychologie ajoute une distinction utile, issue des travaux de Charles Spielberger : la colère état est une réaction ponctuelle qui monte et qui retombe, la colère trait décrit une disposition durable à s’irriter plus souvent et plus fort que la moyenne. Les outils d’évaluation utilisés en recherche mesurent les deux séparément.

Trois situations qu’il ne faut pas confondre

SituationCe qu’elle recouvreCe qu’elle appelle
Colère occasionnelleRéaction proportionnée, ponctuelle, sans conséquence durableUne émotion, pas un symptôme
Crises répétéesIntensité sans rapport avec le déclencheur, dégâts relationnels, culpabilité après coup, évitement des prochesAvis médical, puis approche psychologique structurée. L’hypnose en complément
Passage à l’acte violent sur un procheCoups, menaces, contrainte, objets cassés pour faire peur, humiliation répétéeHors du champ du cabinet. Dispositifs spécifiques, et selon les cas urgence ou justice

Le trouble explosif intermittent, un diagnostic à connaître

Il existe une catégorie diagnostique dédiée aux accès de colère explosifs et répétés, le trouble explosif intermittent, classé parmi les troubles du contrôle des impulsions et défini par des épisodes récurrents d’agressivité impulsive, verbale ou physique, disproportionnés par rapport à ce qui les déclenche. La quasi-totalité des pages qui parlent d’hypnose et de colère l’ignorent, alors que c’est le cas de figure où l’orientation compte le plus.

Les données de prévalence les plus citées viennent d’une enquête américaine en population générale menée entre 2001 et 2003 auprès de 9 282 adultes, la National Comorbidity Survey Replication : 7,3 % sur la vie entière, 3,9 % sur douze mois, une moyenne de 43 accès au cours de la vie et un âge moyen de début autour de 14 ans. Ces chiffres portent sur les États-Unis et ne se transposent pas mécaniquement à la France, où nous n’avons pas trouvé de donnée nationale équivalente.

Si ce tableau correspond à votre situation, la question n’est pas de choisir une technique de relaxation, mais de consulter un médecin ou un psychiatre. Les traitements évalués par essais randomisés sur ce trouble sont détaillés plus bas, et aucun d’eux n’est l’hypnose.

Homme en chemise et cravate, poings serrés et mâchoires crispées, exprimant une colère intense

Et si ce n’était pas un problème de colère ?

Une personne qui s’emporte pour un rien depuis six mois cherche spontanément une méthode pour se calmer, et c’est parfois la mauvaise question. L’irritabilité figure parmi les manifestations de plusieurs troubles sans rapport avec la régulation émotionnelle. Travailler la colère sans les avoir écartés revient à traiter un symptôme en laissant sa cause intacte.

Piste à écarterCe qui accompagne souvent l’irritabilitéCe que dit la source
Épisode dépressifPerte d’intérêt, fatigue, troubles du sommeil, sentiment de dévalorisationLes troubles dépressifs sont caractérisés par une humeur triste, vide ou irritable (Manuel MSD, édition professionnelle)
Syndrome d’apnées du sommeilSomnolence dans la journée, ronflements, difficultés de concentration et de mémorisation, maux de tête le matinL’Assurance Maladie cite des troubles de l’humeur et une certaine irritabilité parmi les conséquences diurnes
HyperthyroïdiePalpitations, amaigrissement malgré un appétit conservé, insomnies, sensation de chaleurL’Assurance Maladie cite des troubles de l’humeur, une irritabilité et parfois une dépression

Cette liste n’est pas exhaustive et ne remplace pas un examen. D’autres situations entretiennent une irritabilité durable : une douleur chronique installée, un sommeil de mauvaise qualité sur une longue période, ou une consommation régulière d’alcool et les phases de manque associées, sujet traité sur la page consacrée à l’arrêt de l’alcool. Si votre entourage a vu votre caractère changer en quelques mois, le premier rendez-vous à prendre est celui du médecin traitant. La page consacrée aux signes de la dépression détaille le premier de ces cas de figure.

Violences dans le couple ou sur un enfant : ce qui change tout

Une page qui parle de colère, de conflits familiaux et de risque de dérapage sans jamais nommer la violence conjugale ou intrafamiliale rend un mauvais service à ses lecteurs. À partir du moment où la colère se traduit par des coups, des menaces, de la contrainte, des objets cassés pour faire peur ou des humiliations répétées à l’égard d’un conjoint, d’un enfant ou d’un parent, on ne se situe plus dans le champ d’un accompagnement en cabinet.

Ce n’est pas une posture morale, c’est une question de cadre. Un accompagnement en hypnose n’a ni les outils, ni le mandat, ni les moyens de protection d’un dispositif spécialisé.

Les numéros utiles

SituationContactConditions
Danger immédiat17 (police et gendarmerie) ou 112Gratuit, 24h/24
Impossibilité de parler, surdité ou malentendance114 par SMSGratuit, 24h/24 et 7j/7
Urgence médicale15 (Samu)Gratuit, 24h/24
Femme victime de violences, entourage, professionnels3919, Violences Femmes InfoGratuit et anonyme, 24h/24 et 7j/7. Ne traite pas les situations d’urgence
Enfant en danger ou en risque de l’être119, Enfance en dangerGratuit et confidentiel, 24h/24 et 7j/7, n’apparaît pas sur les factures

Ces numéros s’adressent aux victimes et à leur entourage. Il existe aussi un dispositif public destiné aux personnes qui exercent ces violences et veulent que cela s’arrête : issus du Grenelle des violences conjugales de 2019, les centres de prise en charge des auteurs de violences conjugales proposent un accompagnement psychothérapeutique et médical, sur base volontaire ou dans un cadre judiciaire. Ils sont 30, en métropole et outre-mer, d’après la réponse ministérielle d’août 2025, et un annuaire officiel permet de trouver le plus proche.

Si vous sortez d’une situation de ce type, la page consacrée à la sortie d’une relation toxique traite ce sujet pour lui-même. Et si ce sont les colères d’un enfant qui vous inquiètent, la page sur l’hypnose chez l’enfant distingue ce qui relève d’un accompagnement et ce qui relève d’un avis pédiatrique.

Ce que la recherche établit entre hostilité et santé cardiaque

La version précédente de cette page affirmait qu’un tempérament colérique pouvait mener à de sérieux problèmes cardiovasculaires, sans la moindre source. La littérature existe pourtant, et elle est plus nuancée que cette phrase.

Une méta-analyse publiée en 2009 dans le Journal of the American College of Cardiology a regroupé 25 études menées sur des populations initialement en bonne santé et 19 études menées sur des personnes déjà coronariennes. Chez les premières, la colère et l’hostilité sont associées à une augmentation du risque d’événement coronarien, avec un rapport de risque de 1,19 (intervalle de confiance à 95 % : 1,05 à 1,35). Chez les secondes, l’association porte sur un pronostic moins favorable, avec un rapport de risque de 1,24 (intervalle de confiance à 95 % : 1,08 à 1,42). L’effet observé était plus marqué chez les hommes.

Trois précautions s’imposent avant d’en tirer quoi que ce soit. Il s’agit d’une association statistique, pas d’une causalité démontrée : les auteurs ne concluent pas que la colère provoque la maladie coronarienne. L’augmentation de risque est modeste, loin de ce que suggère une formule comme « la colère abîme le cœur ». Et les auteurs signalent des indices de biais de publication. Le signal existe, il est documenté, et il ne justifie ni de dramatiser ni de s’en servir comme argument commercial.

Les approches dont l’efficacité est documentée

Sur la colère dysfonctionnelle, les traitements psychologiques ont été évalués de façon systématique. Une méta-analyse publiée en 2009 dans le Journal of the American Academy of Psychiatry and the Law a analysé 96 études générant 139 effets de traitement, sur neuf modalités allant de la thérapie comportementale et cognitive à la relaxation, l’exposition, l’entraînement aux compétences ou les programmes multicomposants.

L’effet moyen pondéré s’établit à 0,76 (intervalle de confiance à 95 % : 0,67 à 0,85), soit une efficacité modérée à substantielle. Les programmes multicomposants obtiennent les effets les plus importants, la psychoéducation seule les plus faibles. L’auteur associe les meilleurs résultats à trois conditions : un minimum de huit séances, un protocole écrit et des vérifications de la fidélité à ce protocole. Un accompagnement qui n’en remplit aucune ne se compare pas à ce qui a été mesuré ici.

Sur le trouble explosif intermittent, le premier essai randomisé a été publié en 2008 dans le Journal of Consulting and Clinical Psychology. Mené auprès de 45 adultes, il a comparé une thérapie comportementale et cognitive de 12 semaines, en groupe et en individuel, à une liste d’attente. Les deux formats ont réduit l’agressivité, la colère, les pensées hostiles et les symptômes dépressifs, et amélioré le contrôle de la colère, avec un maintien des bénéfices à trois mois. Une revue systématique avec méta-analyse publiée en 2025 dans Clinical Psychology & Psychotherapy, qui rassemble 12 essais randomisés et 14 études de cas sur ce trouble, place les interventions psychologiques devant les traitements médicamenteux sur la rémission complète. L’hypnose ne figure dans aucun des essais inclus, ce qui n’est pas un verdict négatif : c’est une absence de données.

La place réelle de l’hypnose dans ce paysage

Le rapport d’expertise réalisé par l’Inserm à la demande de la Direction générale de la santé, publié en 2015, reste la référence institutionnelle française. Il retient un intérêt thérapeutique en anesthésie et dans la colopathie fonctionnelle, et juge les données insuffisantes ou décevantes sur les autres indications examinées, du sevrage tabagique au stress post-traumatique. La colère, l’agressivité et la régulation émotionnelle n’en font pas partie, comme le détaille la page consacrée à l’évaluation de l’hypnose par l’Inserm.

Ce même rapport formule une réserve qui vaut d’être répétée : le statut d’hypnothérapeute n’est pas réglementé en France et recouvre des praticiens aux qualifications très différentes. Sur un sujet où l’on croise des situations de violence, cette vérification préalable n’est pas une formalité. La page comment choisir un hypnotiseur liste les questions à poser avant un premier rendez-vous, et celle sur les risques associés à l’hypnose les situations où elle est déconseillée.

Ce qu’un accompagnement peut raisonnablement viser

En complément d’une prise en charge, et sans prétendre s’y substituer, un travail en hypnose porte sur des objets délimités : la tension physique qui précède l’emportement, la répétition mentale de situations connues pour déclencher les crises avec un autre déroulé que le déroulé habituel, l’apprentissage d’un exercice d’auto-hypnose à utiliser entre deux rendez-vous, et ce qui tourne en boucle après coup, sujet développé sur la page consacrée à la rumination mentale.

La dimension anxieuse mérite d’être isolée. Beaucoup de personnes qui consultent pour des colères décrivent en réalité un fond de tension permanent dont la colère est la sortie de secours. C’est le registre sur lequel l’hypnose est le mieux documentée ailleurs, et la page sur le stress, l’angoisse et l’anxiété le détaille.

Pourquoi nous ne proposons pas de régression

Une revue publiée en février 2025 dans Frontiers in Psychology a examiné le rôle de l’hypnose dans le rappel des souvenirs. Sa conclusion est explicite : la régression hypnotique et l’imagerie guidée doivent être utilisées avec prudence, car elles peuvent conduire involontairement au rappel de faux souvenirs. Chercher à « remonter aux origines » d’une colère pour reconstituer un épisode fondateur n’est donc pas une technique neutre. Sur un sujet où la culpabilité et les récits familiaux contradictoires occupent déjà beaucoup de place, produire un souvenir douteux n’apporte rien et peut nuire. La page sur l’hypnose régressive revient sur cette pratique et ses limites.

Ce que cette page affirmait, et ce que nous avons retiré

Cette page existe depuis 2023 et contenait plusieurs affirmations que nous retirons ici, en le disant plutôt qu’en les faisant disparaître discrètement.

Comment se déroule un accompagnement au cabinet

Le premier rendez-vous sert à situer la demande. Depuis quand, à quelle fréquence, dans quelles situations, avec quelles conséquences, et ce qui a changé récemment. C’est aussi le moment où nous vérifions les points développés plus haut : suivi médical en cours, pistes à écarter du côté du sommeil ou de l’humeur, présence ou non de passages à l’acte.

Nous ne pouvons pas annoncer de nombre de séances pour ce motif de consultation. Aucune donnée publiée ne le permet, et les repères disponibles concernent les programmes psychologiques structurés, pas l’hypnose. Toute page qui vous annonce un chiffre précis sur la colère l’invente. Le travail se fixe en revanche des objectifs observables dès le départ, et on les réévalue. Si votre situation relève d’abord d’un autre professionnel, nous le disons. Pour en parler, contactez le cabinet.

Sources

Partagez cet article sur

Tous nos articles
William Charron s’intéresse depuis de nombreuses années à l’hypnose et à ses applications thérapeutiques.

William Charron

Passionné par le bien-être et le développement personnel, je m’intéresse depuis de nombreuses années à l’hypnose et à ses applications thérapeutiques.

  • L'hypnose peut-elle vraiment aider à gérer la colère ?

    Pas comme traitement de référence. Le rapport d’expertise de l’Inserm publié en 2015 n’évalue pas l’hypnose sur la colère, l’agressivité ou la régulation émotionnelle, et aucun essai randomisé ne la teste sur le trouble explosif intermittent. Les approches dont l’efficacité est mesurée sont les traitements psychologiques structurés, avec un effet moyen de 0,76 sur 96 études selon une méta-analyse de 2009. L’hypnose peut intervenir en complément, sur des objets délimités comme la tension physique qui précède l’emportement, la répétition mentale des situations à risque ou la rumination qui suit la crise.

  • Combien de séances faut-il pour arrêter de s'emporter ?

    Aucune donnée publiée ne permet d’annoncer un nombre de séances d’hypnose pour ce motif, et toute page qui vous donne un chiffre précis l’invente. Le seul repère chiffré disponible concerne les programmes psychologiques structurés : la méta-analyse de référence associe les meilleurs résultats à un minimum de huit séances, à l’utilisation d’un protocole écrit et à des vérifications de la fidélité au protocole. Un accompagnement sérieux fixe des objectifs observables dès le premier rendez-vous et les réévalue.

  • La colère est-elle mauvaise pour le cœur ?

    Il existe une association documentée, plus modeste que ce qu’on lit souvent. Une méta-analyse publiée en 2009 dans le Journal of the American College of Cardiology, portant sur 25 études en population initialement saine et 19 études chez des personnes coronariennes, situe le rapport de risque à 1,19 dans le premier cas et à 1,24 dans le second. Les auteurs concluent à une association, pas à une causalité démontrée, et signalent des indices de biais de publication. L’effet observé était plus marqué chez les hommes.

  • Quelle différence entre des colères fréquentes et un trouble explosif intermittent ?

    Le trouble explosif intermittent est une catégorie diagnostique dédiée, classée parmi les troubles du contrôle des impulsions. Il se caractérise par des épisodes récurrents d’agressivité impulsive, verbale ou physique, sans commune mesure avec ce qui les déclenche. Une enquête américaine en population générale menée auprès de 9 282 adultes situe sa prévalence sur la vie entière à 7,3 % et sur douze mois à 3,9 %, avec un âge moyen de début autour de 14 ans. Le diagnostic se pose en consultation médicale, pas en cabinet d’hypnose, et les traitements évalués par essais randomisés sont des thérapies psychologiques structurées.

  • Que faire quand la colère se traduit par de la violence envers un proche ?

    Cette situation ne relève pas d’un accompagnement en cabinet d’hypnose. En cas de danger immédiat, composez le 17 ou le 112, et le 114 par SMS s’il est impossible de parler. Le 3919, Violences Femmes Info, est accessible gratuitement et anonymement 24h/24 et 7j/7 pour les femmes victimes, leur entourage et les professionnels, mais il ne traite pas les urgences. Le 119, Enfance en danger, est accessible gratuitement et confidentiellement 24h/24 et 7j/7. Pour les personnes qui exercent ces violences et veulent que cela cesse, il existe 30 centres de prise en charge des auteurs de violences conjugales répartis sur le territoire, issus du Grenelle de 2019.

Nos dernières actualités

Angoisse de séparation : ce qui est normal, ce …

William Charroncalendar13 Août 2026

L'angoisse de séparation recouvre une étape normale du développement et un trouble anxieux caractérisé. Où passe la frontière, ce que disent les chiffres, pourquoi 43,1 % des cas débutent à l'âge adulte, et ce que l'on peut honnêtement dire de l'hypnose.

lire la suite