Spasmophilie

Vous cherchez à savoir si l’hypnose peut quelque chose contre vos crises de spasmophilie. Elle peut aider, mais pas sur le terrain où vous l’attendez sans doute. L’hypnose n’agit pas sur un supposé manque de magnésium. Elle agit sur le vécu anxieux, sur la peur qu’une nouvelle crise survienne et sur la respiration, qui sont les moteurs réels de ces épisodes.

Le point de départ mérite d’être posé franchement, parce qu’il change la façon de se soigner. L’Assurance Maladie est explicite sur ce sujet. Elle rappelle que la spasmophilie est souvent présentée comme une maladie liée à un déficit en magnésium ou en calcium, puis corrige aussitôt cette lecture : en réalité, elle correspond généralement à des attaques de panique, qui s’expriment surtout par des symptômes musculaires liés à l’hyperventilation. Ce que vous vivez est donc bien réel, souvent spectaculaire, mais son mécanisme n’est probablement pas celui qu’on vous a décrit.

L’essentiel

  • La spasmophilie n’est pas une maladie autonome. Là où le mot survit dans la classification internationale (CIM-10, code R29.0), c’est comme synonyme de « tétanie », rangé parmi les symptômes et signes, pas parmi les maladies.
  • Le terme recouvre le plus souvent une attaque de panique qui s’exprime par des symptômes musculaires, liés à l’hyperventilation.
  • L’hypothèse d’un déficit en magnésium ou en calcium n’a pas été confirmée par la recherche médicale.
  • Les sensations de la crise viennent de la baisse du dioxyde de carbone dans le sang provoquée par une respiration trop rapide : fourmillements, contractures, vertiges.
  • Douleur dans la poitrine, malaise ou palpitations imposent d’abord un avis médical pour écarter une cause organique. L’hypnose ne remplace jamais ce bilan.
  • Le traitement de référence de l’attaque de panique est la thérapie comportementale et cognitive. L’hypnose se pense en complément, pas en substitut.

Ce que le mot « spasmophilie » recouvre réellement

Le terme a longtemps circulé en France, et il reste très présent dans le langage courant. Il n’a jamais désigné une maladie précise, avec une cause identifiée et un traitement propre. Il servait à nommer un ensemble de manifestations comme les crises de tétanie, les fourmillements, la sensation d’étouffement, la fatigue ou l’angoisse.

Aujourd’hui, le mot n’a plus de statut de maladie. Dans la classification internationale des maladies (CIM-10), « spasmophilie » n’existe pas comme diagnostic autonome : il apparaît uniquement comme terme synonyme sous le code R29.0, dont l’intitulé officiel est « Tétanie ». Ce code appartient au chapitre des symptômes, signes et résultats anormaux non classés ailleurs. En clair, la classification le traite comme un signe à expliquer, pas comme une maladie qui expliquerait vos symptômes.

C’est une nuance décisive. Dire « je suis spasmophile » revient à peu près à dire « j’ai de la fièvre » : cela décrit quelque chose de réel, mais cela ne dit pas d’où ça vient. Et tant que la cause reste floue, le traitement tape à côté.

Le magnésium, une piste qui n’a pas tenu

L’explication par la carence en magnésium ou en calcium a longtemps circulé, et elle circule encore beaucoup. Elle n’a pas été validée. L’Association française pour l’information scientifique résume l’état des connaissances en soulignant que la recherche médicale n’a pas confirmé de corrélation importante entre ces symptômes et un déficit des substances mises en cause. L’Assurance Maladie prend la même distance, en présentant cette lecture comme une croyance répandue plutôt que comme un fait établi.

Cela n’invalide rien de ce que vous ressentez. Cela déplace simplement le regard vers le mécanisme qui, lui, est bien documenté : la respiration.

À quoi ressemble une crise

Crise de spasmophilie : symptômes physiques liés à l'hyperventilation

La crise démarre brutalement, souvent sans avertissement clair, parfois après une contrariété ou un stress. Selon l’Assurance Maladie, un épisode dure de quelques minutes à une heure, avec une moyenne de 20 à 30 minutes. C’est long à traverser, et c’est précisément ce qui rend l’expérience si marquante.

Les manifestations les plus fréquemment décrites associent des signes musculaires et des signes généraux :

Ce qui déclenche les crises

Les crises dites de spasmophilie sont souvent déclenchées par un stress ou une contrariété. L’Assurance Maladie liste par ailleurs, pour le trouble panique, plusieurs facteurs favorisants : un événement traumatique ou un stress aigu, une période de fatigue ou de bouleversement émotionnel, la consommation de certaines substances (alcool, tabac, cannabis, cocaïne, amphétamines), certains médicaments, ou encore le sevrage de l’alcool, de la caféine ou des benzodiazépines.

Le trouble panique, lui, concerne environ 1 à 3 % des Français à un moment de leur vie, deux à trois fois plus souvent les femmes que les hommes, avec un début qui se situe le plus souvent entre 20 et 30 ans.

Le cercle vicieux qui entretient la crise

Voici le mécanisme central, et c’est celui qu’il faut comprendre pour s’en sortir.

Sous l’effet du stress ou de l’inquiétude, la respiration s’accélère et s’approfondit sans que le corps en ait besoin. Cette hyperventilation fait chuter le taux de dioxyde de carbone dans le sang. Cette baisse modifie l’équilibre acido-basique et rend les nerfs et les muscles temporairement hyperexcitables. Il en résulte des fourmillements, des contractures, des vertiges, une sensation d’étouffement.

Ces sensations sont désagréables et inhabituelles. Si vous les interprétez comme le signe d’un danger, d’un problème cardiaque ou d’une perte de contrôle imminente, vous avez peur. Et la peur accélère encore la respiration, qui fait encore chuter le CO2, qui amplifie encore les symptômes. La boucle est bouclée, et elle tourne toute seule.

Le paradoxe est cruel, puisque la sensation de manquer d’air pousse à respirer davantage alors que respirer davantage est exactement ce qui produit les symptômes. C’est ce qui explique qu’une crise puisse s’emballer en quelques dizaines de secondes sans qu’aucune maladie ne soit en cause.

Ce mécanisme éclaire aussi ce qui se passe entre les crises. La peur d’une nouvelle crise et l’anticipation permanente maintiennent un niveau de tension qui rend la suivante plus probable. Chez environ deux tiers des personnes présentant un trouble panique, cette anticipation débouche sur une crainte des lieux dont on ne peut pas sortir facilement, ce qui rétrécit peu à peu le quotidien.

Consulter un médecin d’abord, ce n’est pas une formalité

Cette étape n’est pas négociable, et aucun praticien sérieux ne vous en dispensera.

Le syndrome d’hyperventilation est ce que la médecine appelle un diagnostic d’exclusion : on ne le retient qu’après avoir écarté les autres causes possibles. Une douleur dans la poitrine, un malaise, des palpitations ou un essoufflement peuvent avoir une origine cardiaque, pulmonaire, neurologique ou endocrinienne. L’Assurance Maladie cite notamment l’angor, les troubles du rythme cardiaque, l’asthme, l’épilepsie et les troubles thyroïdiens parmi les diagnostics à écarter, au moyen d’un électrocardiogramme et d’analyses sanguines si le médecin le juge utile.

Attribuer d’emblée ces signes à « de la spasmophilie » est donc un raccourci risqué. Le bilan médical vient en premier. L’hypnose, la sophrologie ou toute autre approche d’accompagnement viennent après, et seulement une fois qu’une cause organique a été écartée par un médecin.

Une fois ce cadre posé, le Manuel MSD rappelle une information qui rassure souvent, à savoir que, malgré l’essoufflement ou la douleur thoracique qu’elles provoquent, les crises de panique ne sont pas dangereuses en elles-mêmes.

Hypnose et spasmophilie : ce qu’il est honnête d’en attendre

Disons d’abord ce que l’hypnose ne fait pas. Elle ne corrige aucun déficit minéral, puisque ce déficit n’est pas établi. Elle ne « supprime » pas les crises sur commande. Elle ne remplace ni le bilan médical, ni un traitement prescrit.

Sur le plan des preuves, il faut être précis. Le rapport d’évaluation de l’INSERM publié en 2015 (Gueguen, Barry, Hassler, Falissard) a retenu un intérêt thérapeutique de l’hypnose principalement dans deux domaines : l’anesthésie et la sédation d’une part, la prise en charge du syndrome de l’intestin irritable d’autre part. Pour les autres indications, les données disponibles ont été jugées insuffisantes. La spasmophilie n’y figure pas, et personne ne peut donc affirmer que l’hypnose « traite la spasmophilie ». Nous ne le ferons pas.

Ce que l’accompagnement en hypnose peut travailler, en revanche, correspond assez bien aux leviers identifiés dans le mécanisme décrit plus haut :

Si le sujet vous est nouveau, notre définition de l’hypnose et de son cadre de travail précise ce qui se passe réellement pendant une séance. Le travail sur les crises s’inscrit plus largement dans notre accompagnement du stress, de l’angoisse et des états de panique.

Comparer les approches sans les opposer

Aucune de ces approches ne s’annule. Elles n’agissent simplement pas au même endroit, et elles n’ont pas le même statut de preuve.

Approche Ce qu’elle apporte Ses limites
Bilan médical Écarte une cause cardiaque, pulmonaire, neurologique ou thyroïdienne. Pose le diagnostic. Ne traite pas l’anxiété une fois la cause organique écartée.
TCC Traitement de référence de l’attaque de panique. Agit sur l’interprétation des sensations et sur l’évitement. Environ 12 à 18 séances hebdomadaires sur 3 à 4 mois. Demande un engagement dans la durée et une exposition progressive à ce que l’on craint.
Traitement médicamenteux Antidépresseurs de la famille des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine quand les crises sont fréquentes ou intenses. Décision du médecin. Prescription médicale uniquement. Les benzodiazépines ne sont utilisées qu’en cas d’échec des mesures initiales.
Rééducation respiratoire Agit sur le mécanisme même de la crise. La régulation respiratoire s’apprend en 3 à 4 séances selon l’Assurance Maladie. Peu efficace seule si la peur de la crise reste entière.
Hypnose Travail sur le vécu anxieux, l’anticipation et la respiration. Effets indésirables rares selon l’INSERM. Preuves retenues par l’INSERM surtout en anesthésie et sur l’intestin irritable, pas sur cette indication. Complément, jamais substitut.
Sophrologie Travail sur la respiration et la détente corporelle, dans une logique proche. Niveau de preuve faible sur cette indication. Ne dispense pas du bilan médical.

Que faire pendant une crise

L’objectif n’est pas de respirer plus, mais moins. Cela va contre tous vos réflexes, et c’est pourtant le cœur de la manœuvre.

Un mot sur le sac en papier, que l’on vous a probablement conseillé. Ce réflexe ne fait pas consensus et ne figure pas parmi les recommandations de l’Assurance Maladie, qui s’en tient à la régulation respiratoire. Il est surtout inutilement risqué tant qu’aucun médecin n’a écarté une cause organique aux symptômes.

Ces gestes s’apprennent mieux à froid qu’en pleine crise. Nos exercices d’auto-hypnose contre le stress permettent de les répéter au calme, et la pratique de l’auto-hypnose au quotidien vise justement cette autonomie : disposer d’un réflexe déjà installé le jour où la crise se présente.

En pratique

Si les crises se répètent, la marche à suivre tient en trois temps. Consultez d’abord un médecin pour écarter une cause organique et poser un diagnostic. Renseignez-vous ensuite sur la thérapie comportementale et cognitive, qui reste le traitement de référence de l’attaque de panique. Envisagez enfin un accompagnement complémentaire, hypnose comprise, sur le vécu anxieux et la respiration.

Pour un accompagnement en hypnose dans ce cadre, l’ordre de grandeur habituel au cabinet se situe autour de trois à cinq séances, sans que cela constitue une promesse : la réponse varie d’une personne à l’autre. Vous pouvez nous contacter pour en parler et vérifier avec nous si cette approche a du sens dans votre situation.

Sources

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William Charron s’intéresse depuis de nombreuses années à l’hypnose et à ses applications thérapeutiques.

William Charron

Passionné par le bien-être et le développement personnel, je m’intéresse depuis de nombreuses années à l’hypnose et à ses applications thérapeutiques.

  • La spasmophilie est-elle une vraie maladie ?

    Les symptômes sont bien réels, mais la spasmophilie n’est pas une maladie autonome. Dans la classification internationale CIM-10, le mot n’apparaît que comme synonyme de « tétanie » sous le code R29.0, rangé au chapitre des symptômes et signes, pas des maladies. L’Assurance Maladie précise qu’elle correspond généralement à des attaques de panique se manifestant par des symptômes musculaires liés à l’hyperventilation.

  • Quels sont les symptômes d'une crise de spasmophilie ?

    Les plus fréquents sont des fourmillements dans les mains, les pieds et autour de la bouche, des contractures ou une raideur des doigts, une sensation d’étouffement, des palpitations, une gêne dans la poitrine, des vertiges et des tremblements. S’y ajoute souvent la peur de perdre le contrôle ou de mourir. Selon l’Assurance Maladie, un épisode dure de quelques minutes à une heure, avec une moyenne de 20 à 30 minutes.

  • Quelles sont les causes d'une crise de spasmophilie ?

    Le déclencheur est le plus souvent un stress ou une contrariété. Le mécanisme, lui, tient à l’hyperventilation : une respiration trop rapide fait chuter le taux de dioxyde de carbone dans le sang, ce qui provoque contractures et fourmillements. L’hypothèse d’un déficit en magnésium ou en calcium, longtemps avancée, n’a pas été confirmée par la recherche médicale.

  • Que faire pendant une crise de spasmophilie ?

    Le réflexe utile va à l’inverse de l’instinct : il faut respirer moins, pas plus. L’Assurance Maladie recommande une respiration « le plus lent et le plus superficiel possible ». Se rappeler que les sensations viennent de la respiration et non d’un danger aide à interrompre le cercle vicieux. Si des douleurs thoraciques ou des malaises surviennent, un avis médical est nécessaire pour écarter une cause organique.

  • Hypnose ou sophrologie pour la spasmophilie ?

    Les deux approches travaillent la respiration et la détente, et aucune ne dispense du bilan médical préalable. Le traitement de référence de l’attaque de panique reste la thérapie comportementale et cognitive. L’hypnose et la sophrologie se conçoivent en complément, sur le vécu anxieux et l’anticipation des crises, sans preuve établie sur cette indication précise.

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