L’hypnose ericksonienne est une forme d’hypnose thérapeutique issue des travaux du psychiatre américain Milton Erickson (1901-1980). Elle se caractérise par une approche permissive et indirecte : le praticien ne commande pas, il propose. Plutôt que d’imposer une consigne (« vous dormez », « vous ne fumerez plus »), il suggère, raconte, s’appuie sur les mots et les images que la personne apporte elle-même, et lui laisse le soin de faire son propre chemin.
Elle appartient à la famille des thérapies brèves : un accompagnement orienté vers un objectif défini au départ, sur un nombre limité de séances, plutôt qu’une exploration au long cours. Ce n’est ni un traitement médical, ni une pratique magique. C’est une manière particulière de conduire un entretien et d’utiliser le langage.
Une précision d’orthographe, puisque la question revient souvent : on rencontre les deux graphies, ericksonienne et ericksonnienne. La forme correcte est ericksonienne, avec un seul « n », puisqu’elle est construite sur le patronyme Erickson.
Cette page reprend la définition, l’homme à l’origine de la méthode, ce qui la sépare de l’hypnose classique, les principes réels de la méthode, le déroulé d’une séance et l’état des connaissances scientifiques. Nous nous en tenons aux faits : l’hypnose est un complément d’accompagnement, jamais un substitut à une prise en charge médicale.
L’essentiel
- Une approche de thérapie brève issue de la pratique de Milton Erickson (1901-1980), psychiatre américain.
- Sa marque de fabrique reste la suggestion indirecte et un langage permissif, à l’opposé des injonctions de l’hypnose classique.
- Le praticien s’appuie sur ce que la personne apporte, y compris ses réticences, au lieu de chercher à les contourner.
- Une séance n’est pas un sommeil : vous entendez, vous gardez le contrôle, vous pouvez interrompre à tout moment.
- Côté preuves, l’INSERM (2015) retient un intérêt de l’hypnose en anesthésie et sédation ainsi que dans le syndrome de l’intestin irritable. Ailleurs, les données sont insuffisantes pour conclure.
- Le titre d’hypnothérapeute n’est pas réglementé en France : la formation du praticien est une question légitime à poser.
Milton Erickson, l’homme à l’origine de la méthode
Milton Hyland Erickson naît en 1901 à Aurum, dans le Nevada, et meurt en 1980 à Phoenix, en Arizona. Psychiatre et psychologue, il obtient son doctorat en médecine à l’université du Wisconsin en 1928. Sa biographie éclaire une bonne part de sa manière de travailler : il était daltonien, ne percevait pas les hauteurs musicales, et a décrit ses propres difficultés de lecture comme une dyslexie.
À 17 ans, il contracte la poliomyélite, qui lui laisse des séquelles à vie. Il a raconté avoir reconstruit son mouvement en se concentrant sur les souvenirs corporels de ses propres gestes, jusqu’à retrouver l’usage de la parole et de ses bras. Ce récit vient de lui et n’est pas vérifiable de l’extérieur, mais il éclaire sa conviction centrale : une personne dispose déjà, dans son expérience, de ressources qu’elle n’exploite pas. Il a marché avec une canne toute sa vie d’adulte, développé un syndrome post-polio à la fin de la quarantaine, et n’a utilisé un fauteuil roulant que dans sa dernière décennie.
En juillet 1957, il fonde l’American Society of Clinical Hypnosis, dont il est le président fondateur. Son influence dépasse largement le champ de l’hypnose. L’intérêt que lui porte l’anthropologue Gregory Bateson, qui anime alors à Palo Alto un groupe de recherche sur la communication (1953-1963, avec notamment Jay Haley et John Weakland), contribue à faire connaître son travail au-delà des cercles de l’hypnose clinique. Ses méthodes nourrissent ensuite le développement de la thérapie brève, de la thérapie familiale stratégique et de la thérapie orientée solution.
Richard Bandler et John Grinder se sont eux aussi réclamés de lui pour fonder la programmation neuro-linguistique. Cette filiation est toutefois contestée : André Weitzenhoffer, qui a travaillé avec Erickson, a reproché à la PNL d’en donner une version déformée. La PNL ne constitue donc pas une caution scientifique de la méthode, et nous ne la présentons pas comme telle. Pour le détail de son parcours et de ses cas cliniques, nous lui consacrons une page entière : qui est Milton Erickson.
Ce qui la distingue de l’hypnose classique
L’hypnose dite classique, ou directive, fonctionne par injonction : le praticien énonce ce qui doit se produire, la personne s’y conforme ou non. Erickson a pris le contre-pied de ce modèle. Il partait du principe qu’une consigne imposée appelle une résistance, et qu’il vaut mieux ouvrir une porte que pousser quelqu’un dedans.
| Critère | Hypnose classique (directive) | Approche ericksonienne |
|---|---|---|
| Formulation | Injonction : « vous dormez », « vous n’aurez plus envie de fumer » | Proposition permissive : « vous pouvez laisser vos épaules se relâcher, à votre rythme » |
| Type de suggestion | Directe et explicite | Indirecte : métaphore, récit, sous-entendu, présupposition |
| Place de la personne | Elle reçoit des consignes | Elle garde l’initiative et co-construit la séance |
| Face aux réticences | Un obstacle à lever | Un matériau de travail (principe d’utilisation) |
| Déroulé | Protocole standardisé, identique pour tous | Séance calée sur le vocabulaire et l’histoire de chacun |
| Rôle du praticien | Un opérateur qui conduit | Un accompagnant qui propose |
| Signe d’une séance réussie | La consigne a été suivie | La personne a trouvé sa propre réponse |
Ni l’une ni l’autre n’ont de rapport avec l’hypnose de spectacle, qui repose sur une sélection préalable de participants très réceptifs et sur une mise en scène. Nous démêlons ces confusions dans notre comparatif des différences entre l’hypnose classique et l’hypnose de spectacle. Si le mot « hypnose » lui-même reste flou pour vous, mieux vaut commencer par notre définition de l’hypnose.
Les principes de travail du praticien
Derrière l’étiquette, la méthode repose sur quelques principes identifiables. Aucun ne relève d’un pouvoir particulier : ce sont des manières de parler et d’écouter.
La permissivité
Le praticien formule des propositions, pas des ordres. « Vous pouvez », « peut-être », « si vous le souhaitez », « à votre rythme ». La personne conserve la possibilité de décliner une suggestion, et ce refus n’est pas un échec de la séance.
L’utilisation
C’est sans doute l’apport le plus original d’Erickson. Il définissait l’utilisation comme la disposition du thérapeute à répondre de façon stratégique à n’importe quel aspect de la personne ou de son environnement. Un bruit dans la rue, une phrase toute faite, un doute exprimé à voix haute, une crispation : tout devient matière. Là où l’hypnose directive combat la résistance, l’approche ericksonienne s’en sert.
Les suggestions indirectes et la métaphore
Plutôt que d’énoncer la solution, le praticien raconte. Une histoire, une image, une situation analogue à celle que vit la personne. Chacun y prélève ce qui lui parle et arrive à sa propre conclusion, et une conclusion à laquelle on parvient soi-même pèse plus lourd qu’une consigne reçue.
Le langage ouvert, les truismes et la ratification
Le vocabulaire employé reste volontairement vague (« un certain confort », « quelque chose peut changer ») pour que la personne le remplisse avec son propre contenu. Le praticien enchaîne aussi des truismes, des constats indiscutables (« vous entendez ma voix », « vos pieds reposent sur le sol »), qui installent une suite d’accords implicites. Il pratique enfin la ratification : il nomme à voix haute ce qu’il observe, le rythme respiratoire qui ralentit, les paupières qui battent, ce qui renvoie à la personne un repère concret de ce qui se passe.
Ce travail sur les mots est au centre de la méthode, et nous lui consacrons un article dédié sur le rôle du langage dans l’hypnose ericksonienne. Poussée jusqu’au bout, cette logique donne l’hypnose conversationnelle, où le travail se fait dans un échange en apparence ordinaire, sans induction formelle.
Comment se déroule une séance ?

Une séance commence par un entretien. Le praticien cherche à comprendre la demande, à la traduire en objectif observable, et à vérifier qu’elle relève bien de son champ. Cette étape n’est pas une formalité administrative : c’est elle qui détermine tout le reste.
Vient ensuite l’induction, le moment où l’attention se resserre. Dans l’approche ericksonienne, elle passe le plus souvent par la parole, la description de sensations et la focalisation sur un détail. Le travail proprement dit s’appuie alors sur les métaphores, les images et les suggestions évoquées plus haut. La séance se termine par un retour progressif et un échange sur ce qui vient d’être vécu.
Il faut être clair sur ce qui ne se passe pas, parce que la représentation collective est largement fausse.
- Ce n’est pas du sommeil. Vous entendez tout, vous restez conscient de l’endroit où vous êtes, et vous vous souvenez de la séance.
- Vous ne perdez pas le contrôle. Personne ne peut vous faire dire ou faire quelque chose qui heurte vos valeurs. Vous pouvez ouvrir les yeux et arrêter quand vous le décidez.
- Le praticien n’a aucun pouvoir sur vous. Il propose un cadre, et c’est vous qui travaillez.
- Il n’y a pas de performance à réaliser. Il n’existe ni bon ni mauvais élève de l’hypnose.
Une séance dure en général une heure environ. Dans le cadre d’une thérapie brève, nous observons le plus souvent un ordre de grandeur de trois à cinq séances, espacées de quelques semaines. Ce n’est ni une règle ni un engagement : certains motifs demandent moins, d’autres davantage, et certaines situations relèvent d’une autre prise en charge que l’hypnose.
Dans quels cas y a-t-on recours, et ce qu’elle ne fait pas
Les motifs de consultation les plus fréquents concernent le stress et l’anxiété, les phobies, les troubles du sommeil, l’arrêt du tabac, la gestion de la douleur et certains troubles digestifs fonctionnels. La fréquence d’un motif ne dit toutefois rien de l’efficacité démontrée sur ce motif : ce sont deux questions distinctes, et nous traitons la seconde juste après.
Ce que la méthode ne fait pas mérite d’être posé aussi nettement.
- Elle ne remplace aucun traitement. Pour une phobie, le traitement de référence reste l’exposition graduée dans le cadre d’une thérapie cognitive et comportementale. L’hypnose peut accompagner une prise en charge, pas s’y substituer.
- Elle ne sert pas à retrouver des souvenirs enfouis. La recherche de souvenirs sous hypnose expose à un risque documenté de faux souvenirs. Nous ne pratiquons pas ce type de travail.
- Elle ne reprogramme rien. Cette image très répandue ne correspond à aucun mécanisme connu.
- Elle ne dispense pas d’un avis médical. Un symptôme physique inexpliqué relève d’abord d’un médecin.
Ce que dit la recherche sur l’hypnose ericksonienne
Une remarque de méthode s’impose d’abord : les études cliniques évaluent l’hypnose en général, rarement le courant ericksonien en tant que tel. Les conclusions ci-dessous portent donc sur l’hypnose comme pratique, pas sur cette école en particulier.
La référence francophone est le rapport d’évaluation publié par l’INSERM en juin 2015, réalisé par Juliette Gueguen, Caroline Barry, Christine Hassler et Bruno Falissard à la demande de la Direction générale de la santé. Ses conclusions sont nettes, dans les deux sens.
- Un intérêt thérapeutique est retenu pour l’hypnosédation, c’est-à-dire l’hypnose pendant un geste chirurgical ou radiologique, où elle réduit la consommation d’antalgiques et de sédatifs. Il l’est également pour la prise en charge du syndrome de l’intestin irritable. Ces conclusions s’appuient notamment sur une méta-analyse de 52 essais cliniques.
- Les données sont jugées insuffisantes pour conclure dans les autres indications examinées, parmi lesquelles le sevrage tabagique, la douleur de l’accouchement, la prévention de la dépression du post-partum, la schizophrénie et les soins dentaires.
- Les risques apparaissent limités : aucun effet indésirable grave ne paraît attribuable à cette pratique. Le rapport pointe en revanche le risque commun à toutes les thérapies non conventionnelles, celui d’un retard d’accès à un traitement nécessaire.
Les auteurs soulignent aussi une difficulté réelle : les standards méthodologiques classiques s’appliquent mal à ce type d’intervention, et ce qu’un patient décrit comme un bénéfice se traduit difficilement en critères chiffrés. C’est une limite de l’évaluation, pas une preuve d’efficacité, et les deux ne doivent pas être confondues. Nous n’annonçons donc aucun taux de réussite : les chiffres qui circulent sur ce sujet ne reposent sur aucune source vérifiable.
Choisir un praticien : la question à poser
En France, le titre d’hypnothérapeute n’est pas protégé et la pratique n’est pas encadrée par le code de la santé publique. L’INSERM le relève d’ailleurs : ce statut non réglementé recouvre des praticiens aux qualifications très différentes. Avant une première séance, il est donc légitime de demander quelle formation la personne a suivie, dans quel cadre elle exerce, et surtout ce qu’elle ne traite pas. Un praticien sérieux répond sans se froisser et sait vous réorienter.
Si la démarche vous intéresse du côté de la pratique plutôt que du soin, nous détaillons le cursus sur notre page formation à l’hypnose ericksonienne. Et pour toute question sur un motif précis, ou pour savoir si l’hypnose est pertinente dans votre situation, vous pouvez nous contacter directement : nous vous dirons aussi bien quand elle ne l’est pas.
Sources
- Gueguen J., Barry C., Hassler C., Falissard B., Évaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose, INSERM, juin 2015 : rapport complet (PDF)
- INSERM, Comment évaluer l’efficacité de l’hypnose ?
- Wikipedia (EN), Milton H. Erickson : éléments biographiques (1901-1980, poliomyélite à 17 ans, doctorat en médecine 1928, daltonisme, dyslexie).
- Wikipedia (EN), American Society of Clinical Hypnosis : fondation par Milton Erickson en 1957.
- Wikipédia (FR), Hypnose ericksonienne : principes, critiques et filiation contestée avec la PNL.
- Wikipedia (EN), Bateson Project : groupe de recherche de Palo Alto, 1953-1963.
C'est quoi l'hypnose ericksonienne ?
L’hypnose ericksonienne est une forme d’hypnose thérapeutique issue des travaux du psychiatre américain Milton Erickson (1901-1980). Elle appartient à la famille des thérapies brèves et se caractérise par une approche permissive et indirecte : le praticien ne donne pas d’ordres, il propose des suggestions ouvertes, des images et des métaphores, et s’appuie sur ce que la personne apporte elle-même. C’est une manière particulière de conduire un entretien et d’utiliser le langage, pas un traitement médical.
Écrit-on ericksonienne ou ericksonnienne ?
Les deux graphies circulent, mais la forme correcte est ericksonienne, avec un seul « n ». Le mot est construit sur le patronyme du psychiatre Milton Erickson, qui ne comporte qu’un seul « n » après le « o ». La graphie ericksonnienne, avec deux « n », est une erreur fréquente, y compris chez des praticiens et des organismes de formation.
Quelle est la différence entre l'hypnose ericksonienne et l'hypnose classique ?
L’hypnose classique, dite directive, procède par injonction : le praticien énonce ce qui doit se produire et la personne s’y conforme ou non. L’approche ericksonienne procède par proposition : suggestions permissives, métaphores, langage volontairement ouvert. Autre différence de fond, les réticences de la personne ne sont pas un obstacle à lever mais un matériau de travail, ce qu’Erickson appelait le principe d’utilisation. Ni l’une ni l’autre n’ont de rapport avec l’hypnose de spectacle.
Combien de séances d'hypnose ericksonienne faut-il ?
Une séance dure en général une heure environ. Dans le cadre d’une thérapie brève, nous observons le plus souvent un ordre de grandeur de trois à cinq séances, espacées de quelques semaines. Ce n’est ni une règle ni un engagement de résultat : certains motifs demandent moins, d’autres davantage, et certaines situations relèvent d’une autre prise en charge que l’hypnose.
Perd-on le contrôle pendant une séance d'hypnose ericksonienne ?
Non. Une séance d’hypnose n’est pas un sommeil : vous entendez tout, vous restez conscient de l’endroit où vous êtes et vous vous souvenez de ce qui s’est passé. Vous pouvez décliner une suggestion, ouvrir les yeux et interrompre la séance quand vous le décidez. Personne ne peut vous faire dire ou faire quelque chose qui heurte vos valeurs : le praticien propose un cadre, c’est vous qui travaillez.


