Sous le nom de « régression », on désigne en réalité deux pratiques très différentes, que les sites spécialisés mélangent presque toujours. D’un côté, la régression en âge : le praticien invite la personne à revenir sur un épisode de sa propre vie, souvent l’enfance, pour retravailler la charge émotionnelle qui y reste attachée. De l’autre, la régression dans les vies antérieures, qui suppose l’existence de vies passées et prétend y puiser l’origine des difficultés actuelles. La première est une technique employée à l’intérieur de l’hypnose thérapeutique. La seconde ne repose sur aucune publication scientifique.
Cette page a longtemps entretenu la confusion. Elle a été reprise pour dire ce que les sources institutionnelles établissent réellement, ce qu’une séance peut raisonnablement viser, et surtout ce qui devrait vous alerter chez un praticien. Le sujet mérite cette prudence : la mémoire n’est pas un enregistrement que l’on rejoue, et une méthode qui promet de retrouver un souvenir enfoui expose à un risque documenté par les pouvoirs publics français.
L’essentiel
- La régression en âge et la régression dans les vies antérieures sont deux choses distinctes. Seule la première s’inscrit dans une pratique thérapeutique reconnue.
- L’Ordre des psychologues du Québec écrit en septembre 2024 ne disposer d’aucune publication révisée par les pairs sur l’efficacité de la régression dans les vies antérieures.
- Le rapport de l’INSERM de juin 2015 situe l’intérêt thérapeutique de l’hypnose en anesthésie per-opératoire et dans la colopathie fonctionnelle. La régression n’y figure pas parmi les indications soutenues.
- Une commission d’enquête du Sénat a documenté en 2013 les « thérapies de la mémoire recouvrée » comme un terrain de dérive. Ce n’est pas un détail de méthode.
- Un souvenir retrouvé sous hypnose peut être vécu avec une conviction totale sans être exact pour autant. La conviction ne garantit rien.
Deux pratiques que tout sépare, sous un seul mot
Le vocabulaire est le premier piège. Quand une personne cherche ce que vise une séance de régression, elle tombe sur des pages qui décrivent indifféremment un retour sur l’enfance et un voyage dans une existence antérieure, comme s’il s’agissait d’une gradation. Ce n’en est pas une.
La régression en âge
Il s’agit de revenir, en état de conscience modifiée, sur une scène que la personne a réellement vécue. L’objectif n’est pas d’exhumer un fait oublié pour l’établir, mais de retravailler la réaction émotionnelle qui s’y est attachée et qui continue de se déclencher aujourd’hui. Le matériau reste celui du patient, le praticien accompagne. Cette technique s’emploie couramment dans le traitement de l’anxiété et des états de stress, où la scène convoquée sert de point d’appui et non de preuve.
La régression dans les vies antérieures
La démarche est d’une autre nature : elle postule que la personne a vécu avant cette vie et que ses difficultés présentes y trouvent leur cause. C’est une proposition sur le monde, pas une technique thérapeutique. En septembre 2024, l’Ordre des psychologues du Québec a publié une analyse déontologique de cette pratique et écrit ne disposer « pour le moment d’aucune publication théorique révisée par les pairs ni d’aucune étude ou recherche concernant l’efficacité de l’hypnose de régression dans les vies antérieures ». L’Ordre en tire une conséquence disciplinaire : proposée par un psychologue, la pratique est jugée dérogatoire, parce que l’article 5 de son code de déontologie impose d’exercer selon les principes scientifiques et professionnels généralement reconnus.
Cette position vient d’un ordre professionnel, pas d’un adversaire de l’hypnose. C’est ce qui lui donne son poids.
Ce que la mémoire fait réellement quand on la sollicite
L’idée qui porte toute la pratique de la régression est celle d’un souvenir intact, rangé quelque part, qu’il suffirait de rendre accessible. Le travail sur la mémoire mené depuis plusieurs décennies décrit autre chose : se souvenir est un acte de reconstruction, pas de lecture. Le souvenir se recompose au moment où on le convoque, à partir de traces partielles, et il intègre au passage ce que la personne sait, croit, imagine ou a entendu depuis.
Cette reconstruction est ordinairement sans conséquence. Elle le devient beaucoup moins dans un cadre où la personne est détendue, réceptive aux suggestions, et où un professionnel oriente la recherche vers un épisode supposé fondateur. Le problème n’est pas que le praticien mente : c’est que la formulation d’une question suffit à orienter ce qui remonte. Le langage employé en hypnose ericksonienne est précisément un outil d’influence, et c’est ce qui en fait la puissance comme le risque.
S’ajoute un phénomène qui rend l’ensemble difficile à corriger : le souvenir reconstitué dans ces conditions s’accompagne souvent d’une conviction particulièrement forte. La personne ne doute pas. Or la certitude ressentie ne renseigne pas sur l’exactitude de ce qui est remonté. C’est la raison pour laquelle un récit obtenu de cette manière ne vaut pas établissement des faits, quelle que soit la sincérité de celui qui le porte.
Le risque que les pouvoirs publics français ont documenté
Ce n’est pas une inquiétude théorique. En avril 2013, une commission d’enquête du Sénat sur les mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé a auditionné Mme Claude Delpech, présidente de l’Afsi, association qui accompagne les familles concernées par les faux souvenirs induits. Sa description est reprise ici en entier, sans coupe :
Le syndrome des faux souvenirs, comme il est appelé outre-Atlantique, peut être identifié lorsqu’il apparaît brusquement, sans signes avant-coureurs, à la suite de pseudo-thérapies fondées sur la recherche des souvenirs de la petite enfance, appelées thérapies de la mémoire recouvrée.
Sénat, rapport n° 480 (2012-2013), tome II, commission d’enquête sur les mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé, déposé le 3 avril 2013.
La même commission relève que l’hypnose figure parmi les techniques par lesquelles un praticien peut prendre un ascendant durable sur la personne qu’il reçoit. Il ne s’agit pas de disqualifier l’hypnose, dont l’usage encadré est par ailleurs documenté. Il s’agit de constater que la recherche systématique d’un souvenir refoulé est le point précis où la pratique bascule, parce qu’elle donne au praticien le rôle de celui qui sait ce que la personne a vécu.
Le rapport de l’INSERM de juin 2015 consacré à l’évaluation de l’efficacité de l’hypnose formule de son côté un avertissement bref mais net : il invite à rester vigilant « sur les dérives éthiques que les techniques de suggestions peuvent entraîner ».
Ce que cette page affirmait, et pourquoi nous l’avons corrigée
Par souci de transparence, voici ce qui figurait ici auparavant et qui a été retiré. Nous préférons l’expliquer plutôt que de faire disparaître ces phrases en silence.
- La page laissait ouverte la question de la réalité des vies antérieures, en demandant si elles étaient imaginaires et en répondant « qui le sait ? ». Sur un site de santé, cette question ne peut pas rester ouverte : l’état des publications ne la laisse pas ouverte.
- Elle annonçait un résultat obtenu en un nombre donné de séances. Nous ne chiffrons jamais un accompagnement avant d’avoir reçu la personne, et aucune page de ce site ne devrait le faire.
- Elle présentait le souvenir remonté comme « la causalité du trouble actuel ». Un élément qui réapparaît au cours d’une séance peut éclairer un vécu ; il n’établit pas à lui seul l’origine d’un symptôme.
- Elle évoquait des souvenirs de la période utérine. Aucune donnée ne soutient l’existence de souvenirs accessibles de cette période.
Les objectifs qu’une séance peut raisonnablement viser
Reste la question de départ : à quoi sert concrètement ce type de séance, une fois les promesses écartées ? Un travail sur le passé mené dans un cadre sérieux ne cherche pas à établir ce qui s’est produit. Il vise ce qui est modifiable aujourd’hui.
- Desserrer une réaction émotionnelle qui se déclenche encore dans des situations précises, alors que le contexte d’origine a disparu.
- Remettre un épisode à sa place, en cessant de le vivre au présent à chaque fois qu’un élément le rappelle.
- Retrouver une marge de manœuvre dans des situations où la personne se sent rejouer toujours le même scénario.
- Reprendre la main entre les séances, notamment par des exercices d’auto-hypnose que le praticien transmet.
Une séance commence par un entretien. Le praticien cherche à comprendre la demande, le contexte, ce qui a déjà été tenté, et il doit être capable de dire ce qui ne relève pas de lui. C’est un point de vigilance concret : un accompagnement par l’hypnose ne remplace pas un suivi médical ou psychologique, et il ne se substitue en aucun cas à une prise en charge en cours. Face à un état dépressif caractérisé, par exemple, le premier interlocuteur reste le médecin, comme le rappelle notre page sur l’accompagnement de la dépression. En cas de détresse immédiate, le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement à toute heure.
Situer les approches les unes par rapport aux autres
| Approche | Ce qu’elle cherche | Statut des données | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|---|---|
| Régression dans les vies antérieures | Attribuer une difficulté actuelle à une existence passée | Aucune publication révisée par les pairs (Ordre des psychologues du Québec, 2024) | Jugée dérogatoire pour un psychologue au Québec |
| Régression en âge | Retravailler la charge émotionnelle d’un épisode réellement vécu | Technique employée dans la pratique hypnotique, non évaluée isolément | Le souvenir convoqué n’a pas valeur de preuve |
| Hypnose en anesthésie et en colopathie fonctionnelle | Réduire douleur et inconfort | Intérêt thérapeutique potentiel retenu par l’INSERM en 2015 | Ce sont les indications les mieux étayées |
| Thérapies dites de la mémoire recouvrée | Retrouver un traumatisme supposé refoulé | Identifiées comme terrain de dérive par une commission d’enquête du Sénat en 2013 | À éviter, y compris sous un autre nom |
Cinq signaux qui doivent vous faire partir
Le meilleur usage de cette page est sans doute celui-ci : savoir quoi écouter lors d’un premier contact. Les formulations suivantes ne relèvent pas de la nuance, elles indiquent une pratique à fuir.
- On vous annonce le nombre de rendez-vous nécessaires avant même de vous avoir reçu.
- On vous explique que vos difficultés viennent d’un événement que vous ne vous rappelez pas encore, et que la séance servira à le retrouver.
- On oriente vers un coupable, en particulier dans votre famille, à partir de ce qui est remonté pendant la séance.
- On vous demande d’interrompre un traitement, ou de vous éloigner de vos proches.
- On présente une guérison comme acquise, ou on refuse de dire ce que la méthode ne sait pas faire.
À l’inverse, un praticien qui vous dit ce qu’il ne traite pas, qui vous renvoie vers un médecin quand c’est nécessaire et qui ne promet pas de résultat vous donne le meilleur signe de sérieux disponible.
Pour aller plus loin
- Hypnose pour oublier le passé : apaiser un souvenir sans chercher à l’effacer, et pourquoi cette distinction compte.
- Définition de l’hypnose : ce que recouvre l’état de conscience modifiée, et ce qu’il ne recouvre pas.
- Hypnose, stress, angoisse et anxiété : le champ où le travail sur les réactions émotionnelles est le plus documenté.
- Le rôle du langage en hypnose ericksonienne : comment la formulation oriente ce qui remonte.
Une question sur votre situation ? Vous pouvez nous écrire par la page contact, en décrivant ce que vous cherchez : nous vous dirons franchement si l’hypnose est indiquée, et vers qui vous tourner si ce n’est pas le cas.
Sources
- INSERM, « Évaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose », juin 2015, Inserm U1178, à la demande du ministère de la Santé. Consulter la fiche du rapport
- Sénat, rapport n° 480 (2012-2013), tome II, commission d’enquête sur les mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé, déposé le 3 avril 2013, auditions. Lire l’audition
- Ordre des psychologues du Québec, Béatrice Vandevelde, « L’hypnose spirituelle de régression dans les vies antérieures et considérations déontologiques et légales », septembre 2024. Lire l’analyse
- Ministère de la Santé et de la Prévention, 3114, numéro national de prévention du suicide. 3114.fr
L’hypnose régressive permet-elle vraiment de retrouver un souvenir oublié ?
Se souvenir est un acte de reconstruction, pas la lecture d’un enregistrement intact. Un élément qui remonte pendant une séance se recompose au moment où il est convoqué, et il intègre ce que la personne sait, imagine ou a entendu depuis. Il peut éclairer un vécu, mais il n’établit pas ce qui s’est passé.
Les vies antérieures ont-elles une base scientifique ?
Non. L’Ordre des psychologues du Québec écrivait en septembre 2024 ne disposer d’aucune publication théorique révisée par les pairs ni d’aucune étude sur l’efficacité de cette pratique. Proposée par un psychologue au Québec, elle est jugée dérogatoire au code de déontologie.
Une séance de régression présente-t-elle un danger ?
Le risque tient moins à l’état hypnotique qu’à la recherche d’un souvenir supposé refoulé. Une commission d’enquête du Sénat a documenté en 2013 les thérapies dites de la mémoire recouvrée comme un terrain de dérive, avec des conséquences familiales et judiciaires lourdes.
Quelle différence entre régression en âge et régression dans les vies antérieures ?
La régression en âge revient sur un épisode que la personne a réellement vécu, pour en retravailler la charge émotionnelle. La régression dans les vies antérieures suppose l’existence de vies passées. La première est une technique de la pratique hypnotique, la seconde une croyance sans support publié.
Sur quelles indications l’hypnose est-elle la mieux étayée ?
Le rapport de l’INSERM de juin 2015 retient un intérêt thérapeutique potentiel en anesthésie per-opératoire et dans la colopathie fonctionnelle. Il juge en revanche les données insuffisantes voire décevantes sur le sevrage tabagique et la douleur de l’accouchement.





