Somnifères, anxiolytiques, antidépresseurs : vous les avez commencés pour dormir, pour calmer une anxiété ou pour traverser une période difficile, et l’ordonnance se renouvelle depuis des mois, parfois des années. Vous cherchez aujourd’hui à vous en défaire, et l’hypnose fait partie des pistes que vous envisagez.
Cette page dit ce qui est documenté et ce qui ne l’est pas. Un point vient avant tout le reste : l’arrêt d’une benzodiazépine ou d’un médicament apparenté ne s’improvise jamais seul. Après un usage prolongé, un arrêt brutal expose à un syndrome de sevrage qui peut aller jusqu’aux crises convulsives. La Haute Autorité de santé écrit que « l’arrêt doit toujours être progressif », et il se conduit avec le médecin qui a prescrit.
Points clés
- L’arrêt se prépare avec un médecin et reste progressif : la Haute Autorité de santé parle de quelques semaines à plusieurs mois, et de trois mois à un an ou plus selon les situations.
- Un arrêt brutal après un usage prolongé peut déclencher un syndrome de sevrage, jusqu’aux crises convulsives. C’est la raison pour laquelle la diminution est encadrée.
- Sur l’hypnose précisément, il n’existe à ce jour aucun essai contrôlé. La seule étude française disponible est observationnelle, sans groupe témoin, et ses auteurs réclament eux-mêmes des essais contrôlés.
- Ce qui est le mieux étayé aujourd’hui : la diminution progressive encadrée, seule ou associée à une thérapie cognitivo-comportementale.
- L’hypnose se discute comme un accompagnement de l’anxiété et du sommeil pendant la diminution, jamais comme un remplacement du traitement ni du suivi médical.
Ces médicaments ne forment pas une seule famille
On les range volontiers sous une étiquette unique, celle des « médicaments qui rendent accro ». Les mécanismes sont pourtant différents, et la distinction compte au moment de parler d’arrêt : les modalités de diminution ne sont pas les mêmes, et le risque de sevrage non plus.
| Nom commercial | Molécule | Famille | Ce que cela change |
|---|---|---|---|
| Tranxène | Clorazépate dipotassique | Benzodiazépine anxiolytique | Dépendance possible après quelques semaines d’usage quotidien. Arrêt progressif encadré. |
| Valium | Diazépam | Benzodiazépine anxiolytique | Demi-vie longue. La diminution s’étale, et cette molécule sert parfois de relais pendant un sevrage. |
| Xanax | Alprazolam | Benzodiazépine anxiolytique | Demi-vie intermédiaire, de dix à vingt heures. Le manque peut se manifester entre deux prises. |
| Lexomil | Bromazépam | Benzodiazépine anxiolytique | Très prescrit en France. Même cadre d’arrêt que les autres benzodiazépines. |
| Imovane | Zopiclone | Apparenté aux benzodiazépines | Prescrit pour l’insomnie. Agit sur les mêmes récepteurs, mêmes précautions d’arrêt. |
| Stilnox | Zolpidem | Apparenté aux benzodiazépines | Demi-vie courte. Prescription encadrée sur ordonnance sécurisée depuis 2017. |
| Prozac | Fluoxétine | Antidépresseur (ISRS) | Ce n’est pas une benzodiazépine. Il n’entraîne pas de dépendance au sens des benzodiazépines, mais un arrêt brutal expose à un syndrome de discontinuation. L’arrêt se décide avec le prescripteur. |
La distinction de la dernière ligne est celle qu’on lit le moins souvent, et c’est la plus utile. Un antidépresseur n’entretient pas le même type de dépendance qu’un anxiolytique : le confondre avec une benzodiazépine conduit à des décisions d’arrêt inadaptées, dans un sens comme dans l’autre.
L’ampleur du sujet est connue : selon l’état des lieux de l’Agence nationale de sécurité du médicament publié en avril 2017, 13,4 % de la population française a consommé au moins une benzodiazépine en 2015, ce qui plaçait la France au deuxième rang européen derrière l’Espagne.
Ce que dit la Haute Autorité de santé sur l’arrêt
La fiche mémo de la Haute Autorité de santé de juin 2015 encadre la démarche d’arrêt en médecine de ville. Elle est publique, et elle est plus précise que la plupart des pages qui traitent le sujet.
- Les durées prévues sont courtes. L’autorisation de mise sur le marché prévoit de quelques jours à quatre semaines pour une insomnie, et de huit à douze semaines pour des manifestations anxieuses sévères, phase de diminution comprise.
- Au-delà de trente jours de prise quotidienne, il est recommandé de proposer une stratégie d’arrêt.
- La diminution est toujours progressive, sur quelques semaines à plusieurs mois en cas de traitement chronique. La fiche précise que l’arrêt « peut prendre de 3 mois à un an, ou plus si nécessaire ».
- Le rythme appartient à la personne concernée. Le texte recommande d’assurer au patient qu’il est acteur du processus, en particulier sur le choix du rythme qui lui convient.
- Une diminution partielle est déjà un succès. La formulation est explicite : si l’objectif est l’arrêt, « l’obtention d’une diminution de posologie doit déjà être considérée comme un résultat favorable ».
Ce dernier point mérite d’être retenu par quiconque se juge sévèrement : réduire sa dose sans aller jusqu’à zéro n’est pas un échec, c’est le résultat que la recommandation elle-même considère comme favorable.
Ce que la recherche dit de l’hypnose sur ce sujet précis
Une seule étude porte directement sur l’hypnothérapie et les prescriptions de benzodiazépines. Elle est française, publiée en mai 2025 dans Complementary Therapies in Clinical Practice par une équipe du département de médecine générale de l’université de Rennes.
Ses résultats sont encourageants. Sur 73 patients traités depuis plus de trois mois et suivis douze mois après une hypnothérapie de type E2R, 79,5 % avaient réduit ou arrêté leur consommation, avec une réduction moyenne de 55 %. 57,5 % avaient complètement arrêté (intervalle de confiance à 95 % : 45,4 % à 69,0 %) et 21,9 % n’en prenaient plus qu’occasionnellement. La part de patients sous antidépresseurs est passée de 49,3 % à 31,5 %.
Ces chiffres ne permettent pourtant pas de conclure, et il vaut mieux dire pourquoi que de les citer seuls.
- Il n’y a pas de groupe témoin. L’étude est rétrospective et observationnelle : on ignore ce que seraient devenus ces 73 patients sans hypnothérapie. Or les personnes qui entament une démarche d’arrêt sont, par construction, déjà décidées à arrêter.
- Les auteurs le disent eux-mêmes. Leur conclusion se termine par une phrase sans ambiguïté : des essais contrôlés sont nécessaires pour confirmer l’efficacité.
- Un conflit d’intérêts est déclaré. L’un des auteurs est cofondateur et formateur rémunéré de l’organisme qui vend la formation à la méthode évaluée par l’étude. La revue l’a publié, et cela fait partie de la lecture.
C’est le seul travail disponible sur la question. Une recherche dans la base PubMed sur l’hypnose associée au sevrage médicamenteux ne ramène, au-delà de celui-ci, que des articles de pharmacologie où le mot « hypnotique » désigne un sédatif, et non l’hypnothérapie.
Ce qui est le mieux étayé aujourd’hui, et ce n’est pas l’hypnose
Une méta-analyse de référence, publiée dans le British Journal of Psychiatry en 2006, a comparé les stratégies d’arrêt d’un usage prolongé de benzodiazépines à partir de vingt-neuf articles. Ses résultats situent l’ordre de grandeur de ce qui fonctionne.
| Stratégie | Comparée à | Résultat |
|---|---|---|
| Intervention minimale : un courrier ou un conseil simple du médecin | Prise en charge habituelle | Odds ratio 2,8 (IC 95 % : 1,6 à 5,1) |
| Diminution systématique encadrée par un médecin ou un psychologue | Prise en charge habituelle | Odds ratio 6,1 (IC 95 % : 2,0 à 18,6) |
| Diminution systématique plus thérapie cognitivo-comportementale de groupe, chez des personnes insomniaques | Diminution systématique seule | Odds ratio 5,5 (IC 95 % : 2,3 à 14,2) |
La première ligne est la plus frappante : une simple lettre du médecin a un effet démontré. C’est un niveau d’exigence modeste, et l’hypnose n’a jamais été mesurée contre lui.
Une méta-analyse plus récente, parue en 2021 dans Psychiatry and Clinical Neurosciences, a rassemblé trois essais randomisés portant sur l’ajout d’une thérapie cognitivo-comportementale à une diminution progressive, chez des personnes souffrant de troubles anxieux. Cet ajout augmente la proportion de patients qui arrêtent, à court terme (risque relatif 1,96 ; IC 95 % : 1,29 à 2,98) comme à six ou douze mois (risque relatif 2,16 ; IC 95 % : 1,41 à 3,32). Il faut accompagner 2,8 personnes de cette façon pour obtenir un arrêt supplémentaire à long terme.
Écrire cela sur la page d’un cabinet d’hypnothérapie a un coût commercial évident. C’est aussi la seule façon honnête de présenter l’état des connaissances, et cela laisse à l’hypnose une place réelle, mais définie.
Où cet accompagnement peut s’insérer
La diminution ne bute presque jamais sur la posologie elle-même. Elle bute sur ce que le médicament tenait à distance : l’anxiété qui remonte, les nuits qui se dégradent, la crainte de la nuit suivante. C’est sur ce terrain, et non sur la molécule, qu’un travail en hypnose se discute.
- L’anxiété qui réapparaît pendant la baisse. Elle est attendue et transitoire, mais elle est le premier motif de renoncement. Un accompagnement peut aider à la traverser sans revenir en arrière.
- L’appréhension du coucher. Chez les personnes traitées pour insomnie, la peur de ne pas dormir sans comprimé s’installe souvent avant même la première nuit sans comprimé.
- L’apprentissage de l’autohypnose. C’est un outil que la personne garde après l’accompagnement, et qu’elle peut mobiliser au moment où l’envie de reprendre une dose se présente.
Une technique revient souvent dans ce cadre, celle de l’ancrage : associer volontairement un geste, une image ou un son à un état de détente déjà éprouvé, pour pouvoir le rappeler ensuite. Cela n’a rien de spectaculaire et ne remplace aucun traitement. C’est un outil de gestion de l’anxiété parmi d’autres, dont l’effet propre n’a pas été isolé dans un essai.
Ce que ce travail ne fait pas mérite d’être écrit aussi clairement : il ne remplace pas un anxiolytique, pas un somnifère, pas un antidépresseur, et il ne fixe pas le calendrier de diminution. Ce calendrier appartient au médecin prescripteur et à la personne concernée.
Quand la vigilance médicale prime
Certaines situations relèvent d’une prise en charge spécialisée, conjointe avec le médecin traitant. La fiche mémo de la Haute Autorité de santé cite notamment les consommations à doses très élevées, l’insomnie rebelle, la dépendance associée à l’alcool et les troubles psychiatriques sévères.
En pratique, deux réflexes évitent l’essentiel des accidents : ne jamais interrompre seul un traitement en cours, et signaler à son médecin tout symptôme inhabituel pendant la diminution. Un accompagnement en hypnose se met en place en parallèle du suivi médical, jamais à sa place, et il n’y a aucune raison d’en faire un secret vis-à-vis du prescripteur.
Pour aller plus loin
La dépendance médicamenteuse appartient à un ensemble plus large que nous traitons page par page : le panorama des différentes formes d’addiction accompagnées en hypnose donne le cadre général. Quand c’est le sommeil qui a motivé la première ordonnance, la page consacrée aux troubles du sommeil et à l’insomnie détaille le traitement de référence, la thérapie cognitivo-comportementale de l’insomnie. Si c’est l’anxiété qui est à l’origine du traitement, le travail sur l’anxiété généralisée décrit ce sur quoi l’accompagnement porte. Enfin, les méthodes d’arrêt du tabac s’appuient sur une littérature bien plus fournie, utile pour se représenter ce à quoi ressemble un niveau de preuve solide.
Sources
- Haute Autorité de santé, Arrêt des benzodiazépines et médicaments apparentés : démarche du médecin traitant en ambulatoire, fiche mémo, juin 2015.
- Bastian B, Martineau F, Esvan M, Mamoune SL, Mener E. Changes in the prescription of benzodiazepines and related drugs at month 12 after E2R hypnotherapy in previously treated patients. Complementary Therapies in Clinical Practice, mai 2025 ; 59:101971.
- Voshaar RC, Couvée JE, van Balkom AJ, Mulder PG, Zitman FG. Strategies for discontinuing long-term benzodiazepine use: meta-analysis. British Journal of Psychiatry, septembre 2006 ; 189:213-220.
- Takeshima M et coll. Does cognitive behavioral therapy for anxiety disorders assist the discontinuation of benzodiazepines among patients with anxiety disorders? A systematic review and meta-analysis. Psychiatry and Clinical Neurosciences, avril 2021 ; 75(4):119-127.
- Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, Bon usage des benzodiazépines et état des lieux de la consommation en France, avril 2017.
Peut-on arrêter un somnifère du jour au lendemain grâce à l’hypnose ?
Non, et c’est le point le plus important de cette page. La Haute Autorité de santé écrit que l’arrêt d’une benzodiazépine ou d’un médicament apparenté doit toujours être progressif. Après un usage prolongé, une interruption brutale expose à un syndrome de sevrage qui peut aller jusqu’aux crises convulsives. Le calendrier de diminution se décide avec le médecin qui a prescrit, jamais avec un praticien en hypnose.
L’hypnose peut-elle remplacer un anxiolytique ou un antidépresseur ?
Non. Un accompagnement en hypnose porte sur l’anxiété, le sommeil et l’appréhension qui accompagnent la diminution, pas sur la molécule. Il se met en place en parallèle du suivi médical, jamais à sa place, et il ne dispense d’aucune consultation.
Existe-t-il des études sur l’hypnose et l’arrêt des benzodiazépines ?
Une seule étude porte directement sur le sujet, publiée en mai 2025 par une équipe de l’université de Rennes. Sur 73 patients suivis douze mois, 57,5 % avaient complètement arrêté. Ce travail est toutefois rétrospectif et sans groupe témoin, ses auteurs demandent eux-mêmes des essais contrôlés, et un conflit d’intérêts y est déclaré. Il ne permet donc pas de conclure à une efficacité démontrée.
Combien de temps prend l’arrêt d’une benzodiazépine ?
Cela dépend de la durée du traitement et de la posologie. La fiche mémo de la Haute Autorité de santé évoque quelques semaines à plusieurs mois, et précise que l’arrêt peut prendre de trois mois à un an, ou plus si nécessaire. Elle recommande aussi que la personne choisisse elle-même le rythme qui lui convient, et considère une simple diminution de posologie comme un résultat déjà favorable.
Faut-il dire à son médecin qu’on consulte un hypnothérapeute ?
Oui, sans hésitation. Le médecin conduit la diminution et surveille les symptômes de sevrage : il a besoin de savoir ce qui est mis en place autour. Un praticien sérieux encourage cette transparence et oriente vers le médecin devant tout symptôme inhabituel.


