Les-bienfaits-de-lhypnose-et-de-la-grossesse

L’hypnose revient souvent dans les conversations autour de la grossesse : pour mieux vivre les premiers mois, pour aborder l’accouchement autrement, pour calmer une appréhension qui s’installe. Les promesses qu’on lit à ce sujet sont généralement larges, et rarement sourcées.

Cette page prend le problème dans l’autre sens. Il existe une revue systématique Cochrane sur l’hypnose et la douleur de l’accouchement, et une revue systématique sur les approches psychologiques des nausées de grossesse. Toutes deux sont consultables, et elles sont plus nuancées que le discours habituel. Voici ce qu’elles établissent, ce qu’elles n’établissent pas, et le cadre médical dans lequel tout cela s’inscrit.

Points clés

  • La revue Cochrane de 2016 rassemble 9 essais et 2 954 femmes. Les femmes du groupe hypnose recourent moins aux antalgiques pendant le travail, mais le niveau de preuve est jugé très faible pour ce résultat.
  • Sur les critères qui comptent le plus, aucune différence nette : ni sur le recours à la péridurale, ni sur l’accouchement par voie basse spontanée, ni sur le sentiment de faire face au travail.
  • Comparée à la prise en charge habituelle et à un simple entraînement à la relaxation, l’hypnose ne montre pas de différence nette sur les critères principaux.
  • Sur les nausées de grossesse, une revue systématique n’a retenu que 6 essais cliniques, tous de qualité méthodologique jugée médiocre. Il n’y a pas de preuve solide.
  • Rien de tout cela ne remplace le suivi de grossesse. Des vomissements importants, une perte de poids ou une déshydratation relèvent d’un avis médical, pas d’un accompagnement psychologique.

Ce dont on parle, et ce dont on ne parle pas

L’hypnose thérapeutique désigne un état d’attention focalisée, obtenu par la parole, dans lequel la personne reste consciente et garde le contrôle de ce qu’elle fait. Ce n’est ni un sommeil, ni une perte de volonté, ni le numéro de scène qui a durablement brouillé l’image de cette pratique.

Dans le champ périnatal, elle est généralement proposée sous deux formes : des séances accompagnées par un praticien, et l’apprentissage de l’autohypnose, que la personne pratique ensuite seule. La grande majorité des essais évalués portent sur une préparation faite pendant la grossesse, et non sur une intervention au moment du travail.

Ce que la revue Cochrane établit sur la douleur de l’accouchement

La référence sur le sujet est la revue Cochrane de Madden et ses collègues, mise à jour en mai 2016. Elle rassemble neuf essais randomisés et 2 954 femmes. C’est le travail le plus complet disponible, et il mérite d’être lu en entier plutôt que résumé par sa ligne la plus favorable.

Ce qui a été mesuréRésultatNiveau de preuve
Recours à un antalgique pendant le travailRéduit : risque relatif 0,73 (IC 95 % : 0,57 à 0,94), 8 études, 2 916 femmesTrès faible
Recours à la périduralePas de différence netteFaible
Accouchement par voie basse spontanéePas de différence nette : risque relatif 1,12 (IC 95 % : 0,96 à 1,32), 6 études, 2 361 femmesFaible
Sentiment de faire face au travailPas de différence nette : différence moyenne 0,22 (IC 95 % : -0,14 à 0,58), 1 étude, 420 femmesFaible
Satisfaction vis-à-vis du soulagement de la douleurPas de différence netteFaible

Le seul résultat favorable, la moindre consommation d’antalgiques, est aussi celui dont la qualité de preuve est la plus basse de tout le tableau. Les auteurs expliquent ce classement par l’hétérogénéité des résultats, des limites de conception et un manque de précision.

Un détail de la revue est rarement rapporté et change pourtant la lecture. Les auteurs ont comparé l’hypnose non pas à un seul témoin, mais à trois situations distinctes. Face à la prise en charge habituelle et face à un simple entraînement à la relaxation, aucune différence nette n’apparaît sur les critères principaux. L’écart favorable se manifeste surtout par rapport à un groupe recevant du soutien par entretiens. Autrement dit, une partie de l’effet observé pourrait tenir à la préparation et à l’attention reçue, plus qu’à l’hypnose en tant que telle.

La conclusion des auteurs est sobre : l’hypnose peut réduire le recours global aux antalgiques pendant le travail, mais pas à la péridurale, et des essais randomisés de grande taille restent nécessaires pour savoir si elle a une valeur dans cette indication.

Enfin, la revue publie ses déclarations d’intérêts, et elles font partie de la lecture : l’autrice principale a eu recours à l’hypnose pour ses propres accouchements et a animé des cours de préparation à la naissance, et un autre auteur a conduit l’un des essais inclus. Cochrane l’écrit noir sur blanc. Cela n’invalide pas le travail, cela invite à ne pas surinterpréter son résultat le plus favorable.

Nausées et vomissements : la preuve manque

C’est la promesse la plus répandue, et c’est la moins étayée. Une revue systématique publiée en 2018 dans le Taiwanese Journal of Obstetrics and Gynecology a passé au crible les approches psychologiques des nausées et vomissements de la grossesse. Sur 174 270 articles parcourus entre 1985 et 2017, six essais cliniques seulement ont pu être retenus, répartis entre thérapie comportementale, thérapie cognitive basée sur la pleine conscience, hypnose et relaxation musculaire progressive.

Le verdict des auteurs est sans détour : évalués avec l’échelle de Jadad, tous ces travaux sont de qualité méthodologique médiocre, et des études supplémentaires sont nécessaires pour obtenir une preuve solide.

Il serait donc malhonnête d’écrire que l’hypnose soulage les nausées de grossesse. Ce qu’on peut dire est plus modeste : la question a été peu étudiée, les rares travaux disponibles ne permettent pas de trancher, et une personne qui souhaite essayer doit le faire en sachant cela.

Un point de vigilance s’ajoute ici, et il est important. Des nausées et vomissements sévères, avec perte de poids ou signes de déshydratation, peuvent relever d’une hyperémèse gravidique, une situation médicale qui se prend en charge et se surveille. Elle ne se traite pas par un accompagnement psychologique. Devant des vomissements qui empêchent de s’alimenter ou de boire, l’interlocuteur est la sage-femme ou le médecin qui suit la grossesse.

Accompagnement périnatal : ce qui reste plausible

Dire que les preuves d’efficacité sont minces ne revient pas à dire que la démarche est vaine. Cela déplace simplement ce qu’on peut en attendre, et sur quoi elle porte réellement.

Ce que l’hypnose ne fait pas, en revanche, doit être dit aussi nettement : elle ne déclenche pas un accouchement, ne garantit pas un accouchement moins douloureux, ne dispense d’aucun examen de suivi, et ne constitue jamais une raison de refuser une péridurale ou un geste médical proposé le jour venu.

La question de la sécurité, posée correctement

On lit fréquemment que la méthode serait dénuée de tout risque, au motif qu’elle ne fait appel à aucune substance. Le raisonnement est incomplet, et il mérite d’être repris.

La revue Cochrane s’était donné pour objectif d’examiner l’efficacité et la sécurité de l’hypnose dans cette indication. Elle n’a pas mis en évidence de signal de danger sur les 2 954 femmes incluses. Avec neuf essais et un niveau de preuve globalement faible, l’absence de danger démontré n’équivaut pas à une sécurité démontrée : elle signifie que la question a été peu explorée.

Le risque réel, dans ce domaine, n’est d’ailleurs pas celui d’un effet indésirable direct. Il tient à ce qu’un accompagnement peut retarder : un symptôme mis sur le compte du stress alors qu’il justifiait un examen, une consultation repoussée, une confiance placée dans une préparation au point de vivre comme un échec le recours à la péridurale. Un praticien sérieux tient ce cadre lui-même et oriente vers l’équipe médicale sans hésiter.

Deux repères pratiques en découlent. Le suivi de grossesse reste la référence, et l’équipe qui l’assure doit être informée de la démarche. Et toutes les personnes ne répondent pas de la même façon à ce type de travail : c’est une variabilité individuelle bien connue, elle n’a rien à voir avec la volonté ou la motivation de qui que ce soit.

Situer cette approche parmi les autres préparations

ApprocheCe qu’elle viseOù elle en est côté preuves
Préparation classique à la naissance, avec une sage-femmeInformation, repères sur le déroulement, respiration, posturePrise en charge de référence, intégrée au parcours de suivi
PériduraleSoulagement de la douleur du travailMéthode antalgique la mieux documentée. L’hypnose ne réduit pas son recours
Hypnose et autohypnoseAnxiété, gestion de l’attention, appréhension du jour JRéduction du recours global aux antalgiques, mais preuve de très faible niveau
Relaxation, sophrologieDétente, respiration, préparation mentaleDans la revue Cochrane, pas de différence nette avec l’hypnose sur les critères principaux

La dernière ligne est celle qu’un cabinet d’hypnothérapie aurait intérêt à taire. Elle est pourtant utile à connaître : si vous suivez déjà une préparation en relaxation ou en sophrologie et qu’elle vous convient, les données disponibles ne donnent aucune raison d’en changer pour de l’hypnose.

Pour aller plus loin

Si c’est l’anxiété qui domine, plus que la grossesse elle-même, la page consacrée à l’accompagnement du stress et de l’angoisse décrit le travail de fond. Pour les nuits difficiles du dernier trimestre, celle qui traite des troubles du sommeil et de l’insomnie présente le traitement de référence, la thérapie cognitivo-comportementale de l’insomnie. Et sur la douleur en général, au-delà du seul accouchement, l’approche de la douleur chronique par l’hypnose donne l’état des connaissances dans un domaine où elles sont nettement plus fournies.

Sources

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William Charron s’intéresse depuis de nombreuses années à l’hypnose et à ses applications thérapeutiques.

William Charron

Passionné par le bien-être et le développement personnel, je m’intéresse depuis de nombreuses années à l’hypnose et à ses applications thérapeutiques.

  • L’hypnose diminue-t-elle la douleur de l’accouchement ?

    La revue Cochrane de 2016, qui rassemble neuf essais et 2 954 femmes, observe un moindre recours global aux antalgiques pendant le travail (risque relatif 0,73). Le niveau de preuve de ce résultat est cependant jugé très faible, et aucune différence nette n’apparaît sur le recours à la péridurale ni sur le sentiment de faire face au travail.

  • L’hypnose présente-t-elle un risque pendant la grossesse ?

    La revue Cochrane s’était donné pour objectif d’examiner aussi la sécurité, et n’a pas mis en évidence de signal de danger sur les 2 954 femmes incluses. Avec neuf essais et un niveau de preuve faible, cela signifie surtout que la question a été peu explorée. Le risque principal reste indirect : celui de retarder un avis médical en attribuant au stress un symptôme qui méritait un examen.

  • L’hypnose soulage-t-elle les nausées de grossesse ?

    Rien ne permet de l’affirmer. Une revue systématique de 2018 n’a retenu que six essais cliniques sur les approches psychologiques des nausées et vomissements de la grossesse, tous de qualité méthodologique jugée médiocre. Par ailleurs, des vomissements sévères avec perte de poids ou déshydratation peuvent relever d’une hyperémèse gravidique, qui appelle une prise en charge médicale et non un accompagnement psychologique.

  • À quel moment de la grossesse commencer ?

    Il n’existe pas de moment optimal établi. Huit des neuf essais de la revue Cochrane portaient sur une préparation faite pendant la grossesse, avec des différences importantes de calendrier et de technique entre les études, et un seul essai proposait l’hypnose pendant le travail lui-même. Le moment se discute avec l’équipe qui suit la grossesse.

  • L’hypnose remplace-t-elle la préparation à la naissance ?

    Non. La préparation classique accompagnée par une sage-femme fait partie du parcours de suivi et reste la référence. La revue Cochrane ne montre d’ailleurs pas de différence nette entre l’hypnose et un simple entraînement à la relaxation sur les critères principaux : si une préparation vous convient déjà, les données disponibles ne donnent pas de raison d’en changer.

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