Remettre au lendemain une tâche qu’on pourrait faire aujourd’hui n’a pas grand chose à voir avec la paresse ni avec une mauvaise gestion du temps. Les personnes qui procrastinent savent en général très bien ce qu’elles ont à faire, dans quel ordre, et pour quand. Ce qui les arrête se joue ailleurs : dans ce que la tâche leur fait ressentir au moment où elles s’apprêtent à la commencer.
Cette page explique ce mécanisme, ce que la recherche a effectivement mesuré des conséquences du report chronique, ce qu’une séance d’hypnose peut travailler, et surtout où en sont réellement les preuves sur cette question précise. Les chiffres cités renvoient tous à leur publication d’origine, consultable en fin de page.

Pourquoi on remet à demain ce qu’on pourrait faire aujourd’hui
Le report ne porte presque jamais sur la tâche elle-même, mais sur l’émotion qui lui est attachée : l’ennui qu’elle annonce, la crainte de mal la faire, l’incertitude sur la façon de s’y prendre, ou le sentiment qu’elle va révéler une insuffisance. Repousser fait disparaître cette émotion sur le champ. C’est un soulagement réel, immédiat, et c’est précisément ce qui rend le mécanisme si difficile à enrayer par la seule volonté.
Le coût, lui, arrive plus tard, et il se paie deux fois. Une première fois sous forme de temps perdu et d’urgence accumulée. Une seconde fois sous forme de reproche envers soi-même, qui vient s’ajouter à la charge émotionnelle déjà attachée à la tâche. Au tour suivant, commencer est donc devenu un peu plus pénible qu’avant. C’est ce cercle qui transforme un report ponctuel, que tout le monde connaît, en fonctionnement installé.
Les déclencheurs les plus fréquemment rapportés se regroupent en quelques familles. Elles se combinent souvent chez une même personne.
- Le perfectionnisme. Tant que le travail n’est pas commencé, il reste parfait en puissance. Le commencer, c’est accepter qu’il sera imparfait.
- La peur de l’échec. Si le résultat est vécu comme un verdict sur la personne plutôt que sur le travail, différer revient à différer le jugement.
- La tâche mal définie. Une consigne floue n’offre aucun premier geste évident. En l’absence de point d’entrée, l’attention se déporte vers ce qui en a un.
- Le doute sur sa propre capacité. Quand on ne se croit pas capable de mener la chose à bien, l’évitement protège une estime de soi déjà fragile.
- La fatigue et la surcharge. La capacité à se mettre en route baisse quand les ressources sont déjà consommées ailleurs.
Ce que la recherche associe à la procrastination
C’est le point où la plupart des pages consacrées au sujet deviennent vagues, ou citent des chiffres sans origine. Une étude permet pourtant d’être précis. Publiée en 2023 dans la revue JAMA Network Open, elle a suivi 3 525 étudiants de huit universités de la région de Stockholm et d’Örebro, et mesuré leur état de santé neuf mois après avoir évalué leur tendance à remettre au lendemain. Le taux de suivi a été de 73 %.
Pour chaque écart-type supplémentaire sur l’échelle de procrastination, les auteurs relèvent neuf mois plus tard des niveaux un peu plus élevés de symptômes dépressifs, d’anxiété et de stress, ainsi qu’un risque un peu plus élevé de douleurs invalidantes des membres supérieurs, de mauvais sommeil, d’inactivité physique, de solitude et de difficultés financières. Les résultats tiennent après ajustement sur un large jeu de facteurs de confusion.
Deux réserves doivent accompagner ces chiffres, et elles comptent autant qu’eux. D’abord, les écarts sont faibles : un risque relatif de 1,09 sur la qualité du sommeil signifie une augmentation modeste, pas un basculement. Ensuite, la population étudiée est étudiante, dans un seul pays, et les mesures sont déclaratives. Ces résultats décrivent une tendance d’ensemble, ils ne prédisent rien pour une personne en particulier.
| Ce qui est mesuré neuf mois plus tard | Ampleur rapportée pour +1 écart-type |
|---|---|
| Symptômes dépressifs | coefficient 0,13 (intervalle de confiance 0,09 à 0,17) |
| Symptômes de stress | coefficient 0,11 (0,08 à 0,15) |
| Symptômes d’anxiété | coefficient 0,08 (0,04 à 0,12) |
| Douleur invalidante, membres supérieurs | risque relatif 1,27 (1,14 à 1,42) |
| Difficultés économiques | risque relatif 1,15 (1,02 à 1,30) |
| Mauvaise qualité de sommeil | risque relatif 1,09 (1,05 à 1,14) |
| Inactivité physique | risque relatif 1,07 (1,04 à 1,11) |
| Sentiment de solitude | risque relatif 1,07 (1,02 à 1,12) |
Une seconde publication, parue dans le Journal of Behavioral Medicine, a examiné le lien entre tendance à procrastiner et hypertension ou maladie cardiovasculaire, en comparant 182 personnes déclarant l’une ou l’autre à 564 personnes sans antécédent. Une association ressort. Il faut toutefois lire ce travail pour ce qu’il est : une enquête transversale, c’est-à-dire une photographie prise à un instant donné, sur des données déclarées par les participants eux-mêmes. Elle ne permet pas de dire que l’un provoque l’autre, et ses auteurs ne le prétendent pas.
Ce que ce fonctionnement n’est pas
Remettre au lendemain, même de façon installée, ne constitue pas un trouble médical. La procrastination ne figure dans aucune classification diagnostique : ce n’est ni une maladie, ni un diagnostic qu’un professionnel pourrait poser. Les pages qui la présentent comme une pathologie se trompent, et cette erreur n’est pas neutre : elle installe l’idée qu’il faudrait se soigner alors qu’il s’agit d’un fonctionnement que l’on peut faire évoluer.
La nuance importante est ailleurs. Un report massif et durable accompagne parfois un épisode dépressif ou un trouble de l’attention, et dans ce cas c’est cette situation là qu’il faut traiter en premier. Quelques signes doivent orienter vers un médecin plutôt que vers un accompagnement bref : une perte d’intérêt qui déborde largement le travail, un sommeil durablement désorganisé, une tristesse installée depuis plusieurs semaines, ou des difficultés d’attention présentes depuis l’enfance dans tous les domaines de la vie.
Ce que l’hypnose travaille réellement
Une séance ne consiste pas à injecter de la motivation ni à faire disparaître une réticence par suggestion directe. Le travail porte sur le moment précis où la personne s’apprête à commencer, et sur ce qui se déclenche à cet instant.
- L’anticipation de la tâche. Une grande partie de la charge émotionnelle se joue avant même d’avoir commencé, dans la représentation que l’on s’en fait. C’est cette représentation qui est travaillée en priorité.
- Le premier geste. Beaucoup de blocages cèdent quand le point d’entrée devient concret et petit, au lieu de rester la masse indistincte que constitue « ce dossier ».
- Le rapport à l’erreur. Quand le report protège d’un jugement redouté, c’est le poids de ce jugement qui est abordé, pas la tâche.
- La capacité à rester sur une chose. Le travail rejoint alors celui mené sur la concentration, quand l’attention décroche dès que l’effort devient inconfortable.
- Le climat général. Lorsque l’évitement est entretenu par un fond de tension permanente, travailler sur le stress est souvent plus utile que travailler sur l’organisation.
L’approche employée est généralement conversationnelle : un échange, une attention orientée, des images de travail choisies avec la personne. Vous restez présent à ce qui vous entoure, vous pouvez parler, bouger ou interrompre à tout moment.
Où en sont les preuves scientifiques
Cette question mérite une réponse franche, et elle est rarement donnée. Sur la procrastination, l’approche qui dispose de données d’essais est la thérapie cognitivo-comportementale. Un travail publié en 2026 dans Behaviour Research and Therapy a réuni les données de deux essais randomisés comparant une telle prise en charge à une liste d’attente, soit 459 participants, pour comprendre par quels mécanismes elle agit. Ses auteurs la décrivent comme l’intervention la plus prometteuse sur cette indication.
Du côté de l’hypnose, il faut dire les choses simplement : il n’existe pas d’essai clinique portant sur la procrastination. Une recherche dans la base PubMed croisant les deux termes renvoie deux références, qui se révèlent être le même article théorique publié deux fois, à treize ans d’intervalle. Il porte sur la mémoire et l’orientation vers le futur en psychothérapie brève, et non sur le report des tâches.
Ce que l’on peut donc affirmer sans forcer se résume à ceci. L’hypnose dispose de données sur l’anxiété et sur le stress, qui sont fréquemment les moteurs du report ; elle n’en a pas sur le report lui-même. Un praticien honnête vous dira qu’il travaille sur les mécanismes en amont, pas qu’il traite la procrastination. Et si votre situation relève d’abord d’une prise en charge cognitivo-comportementale, c’est vers elle qu’il faut aller.
Comment se déroule un accompagnement
Le déroulé varie d’un praticien à l’autre, mais l’ossature reste comparable. Aucune de ces étapes n’a de durée prescrite, et la longueur d’un accompagnement ne peut pas être annoncée avant d’avoir reçu la personne.
- L’échange initial. Il sert à identifier ce qui est réellement repoussé. Une personne qui diffère une déclaration administrative et une personne qui n’ouvre plus son mémoire depuis six mois ne décrivent pas la même difficulté.
- Le choix d’une situation concrète. Le travail a besoin d’un cas précis, avec son contexte, plutôt que d’une intention générale de mieux s’organiser.
- La séance proprement dite. Attention focalisée, travail sur la représentation de la tâche et sur le moment du démarrage.
- Ce qui se poursuit entre les rendez-vous. C’est souvent là que se joue l’essentiel. Des exercices d’auto-hypnose peuvent être transmis pour retrouver seul, avant une tâche, l’état travaillé en séance.
Hypnose, thérapie cognitivo-comportementale, coaching : ce qui les distingue
Ces approches ne visent pas la même chose et ne reposent pas sur le même niveau de preuve. Le tableau ci-dessous résume ce sur quoi chacune agit et ce qu’elle a effectivement démontré sur cette question.
| Approche | Ce sur quoi elle agit | Niveau de preuve sur le report de tâches |
|---|---|---|
| Thérapie cognitivo-comportementale | Les pensées qui précèdent l’évitement, le découpage des tâches, l’expérimentation de nouveaux comportements | Essais randomisés contre liste d’attente |
| Hypnose | La charge émotionnelle attachée à la tâche, le moment du démarrage, le rapport au jugement | Aucun essai clinique sur cette indication ; données existantes sur l’anxiété et le stress |
| Coaching et méthodes d’organisation | La planification, la priorisation, l’environnement de travail | Utile quand l’obstacle est organisationnel, sans effet attendu quand il est émotionnel |
| Prise en charge médicale | Le trouble sous-jacent lorsqu’il en existe un (état dépressif, trouble de l’attention) | À privilégier en premier si les signes évoqués plus haut sont présents |
Pour aller plus loin avec l’hypnose
- Confiance et estime de soi : le socle le plus souvent en jeu derrière un report installé.
- La peur de l’échec : quand ce qui est différé, c’est le verdict plutôt que le travail.
- Améliorer sa concentration : pour les situations où l’attention décroche dès que l’effort devient inconfortable.
- L’auto-hypnose : ce qui peut être pratiqué seul entre deux rendez-vous.
Sources
- Johansson F, Rozental A, Edlund K et coll. Associations Between Procrastination and Subsequent Health Outcomes Among University Students in Sweden. JAMA Network Open, 2023. Étude de cohorte, 3 525 étudiants, suivi à neuf mois.
- Sirois FM. Is procrastination a vulnerability factor for hypertension and cardiovascular disease? Journal of Behavioral Medicine, 2016. Enquête transversale, 182 cas et 564 témoins.
- Pietruch M, Kowalski J, Browarczyk J et coll. Processes of change in cognitive-behavioral psychotherapy for procrastination. Behaviour Research and Therapy, 2026. Données groupées de deux essais randomisés, 459 participants.
- Rossi EL. The future orientation of constructive memory. American Journal of Clinical Hypnosis. Article théorique, cité ici pour établir qu’il constitue, avec sa réédition, l’unique résultat du croisement « hypnose et procrastination » dans PubMed.
Si vous souhaitez faire le point sur votre situation, nous vous recevons au cabinet. Vous trouverez aussi nos repères pour choisir un praticien, que vous choisissiez de nous consulter ou non.
L'hypnose peut-elle vraiment aider à sortir de la procrastination ?
Il n’existe pas d’essai clinique portant sur cette indication précise : personne ne peut donc affirmer que l’hypnose traite la procrastination. Ce qu’elle travaille, ce sont les mécanismes qui l’alimentent souvent, comme l’anxiété d’anticipation, la crainte du jugement ou le rapport à l’erreur, pour lesquels des données existent.
La procrastination est-elle une maladie ?
Non. Elle ne figure dans aucune classification diagnostique et aucun professionnel ne pose ce diagnostic. En revanche, un report massif et durable accompagne parfois un état dépressif ou un trouble de l’attention, et c’est alors cette situation qui doit être évaluée en premier par un médecin.
Combien de temps dure un accompagnement ?
Cela dépend de ce qui est repoussé et de ce qui l’entretient, et cela ne peut pas être annoncé avant un premier échange. Se méfier d’un praticien qui promet une durée ou un résultat avant de vous avoir reçu.
Faut-il plutôt se tourner vers une thérapie cognitivo-comportementale ?
Sur cette question, c’est l’approche qui dispose des données les plus solides, avec des essais randomisés. Si votre difficulté est ancienne et envahissante, c’est une piste à considérer en priorité. Les deux approches ne s’excluent pas.
Peut-on travailler seul avec l'auto-hypnose ?
Des exercices d’auto-hypnose peuvent être transmis pour retrouver avant une tâche l’état travaillé en séance. Ils viennent en complément d’un accompagnement, et se prêtent mal à un démarrage en autonomie complète quand le blocage est installé depuis longtemps.





