La peur des serpents, ou ophiophobie, est l’une des peurs d’animaux les plus répandues. Elle devient une phobie lorsqu’elle échappe au contrôle de la personne, qu’elle retentit sur sa vie quotidienne et qu’elle l’amène à éviter des lieux ou des situations. Une simple appréhension devant un serpent, elle, est banale et ne relève d’aucun soin.
Une peur très commune, mais rarement invalidante
La donnée de référence sur ce point vient d’une enquête suédoise en population générale (Fredrikson, Annas et coll., Behaviour Research and Therapy, 1996), menée auprès de 704 personnes tirées au sort parmi mille adultes de 18 à 70 ans. Une phobie n’y est comptée que si la peur échappe au contrôle conscient, gêne la vie de la personne et l’amène à fuir ce qu’elle craint.
Les auteurs y relèvent une phobie spécifique chez 19,9 % des personnes interrogées, soit 26,5 % des femmes et 12,4 % des hommes. Pour les phobies animales précisément, la prévalence est de 12,1 % chez les femmes et 3,3 % chez les hommes. Cette catégorie mérite d’être précisée, et pour une fois la précision joue en faveur de cette page : l’analyse statistique de l’étude ne construit la catégorie « phobie animale » qu’à partir de deux items, les araignées et les serpents. Le chiffre porte donc bien sur ce dont il est question ici.
Il faut distinguer la peur de la phobie. Sursauter devant un serpent est une réaction que partage la majorité des gens et qui n’a rien de pathologique. Ce qui fait basculer dans la phobie, c’est le retentissement : renoncer à une randonnée, à un jardin, à un voyage, ne pas pouvoir regarder une photographie ou un documentaire.
D’où vient cette peur
L’hypothèse la plus souvent avancée est celle d’une prédisposition héritée : au fil de l’évolution, les primates auraient acquis une aptitude à repérer et à craindre rapidement certains dangers, dont les serpents. Cette hypothèse est sérieuse et largement discutée dans la littérature, mais elle reste une hypothèse, et il faut se méfier de la présenter comme un fait acquis inscrit dans les gènes.
Une étude de 2021 invite d’ailleurs à la nuancer sérieusement, et son résultat est contre-intuitif (Coelho, Polák et coll., BMC Psychiatry). Les auteurs ont comparé la peur des serpents dans trois groupes : des spécialistes des serpents, des pompiers et des étudiants. Les personnes les plus familières des serpents sont les moins effrayées. Plus frappant encore, celles qui ont déjà été mordues, par un serpent venimeux ou non, obtiennent des scores de peur des serpents plus bas que les autres, sans que leur peur des autres objets phobiques soit modifiée pour autant. Les auteurs en concluent qu’une exposition bénigne et répétée pourrait « immuniser » contre ces peurs pourtant réputées biologiquement préparées.
Ce résultat est à prendre pour ce qu’il est : une comparaison entre groupes existants, qui ne permet pas d’affirmer le sens de la relation. Il est possible que les personnes les moins craintives se dirigent vers ces métiers plutôt que l’inverse. Il n’en reste pas moins que l’idée d’une peur figée par l’hérédité, contre laquelle on ne pourrait rien, ne résiste pas à l’observation.
Comment elle se manifeste
En présence d’un serpent, ou parfois de sa seule image, la personne concernée peut se figer, ressentir une oppression respiratoire, des tremblements, une transpiration excessive, une accélération du rythme cardiaque. L’évitement s’installe ensuite : les zoos et les vivariums d’abord, puis les lieux où la rencontre est simplement possible, la campagne, les vacances dans certaines régions, et parfois jusqu’aux images dans un livre ou à la télévision.
Cet évitement mérite une attention particulière, parce qu’il est à la fois le symptôme le plus visible et le principal moteur du problème.
Éviter les serpents n’est pas une solution, c’est le mécanisme du problème
C’est le point le plus important de cette page, et il corrige ce qu’elle affirmait auparavant. Il peut sembler raisonnable de se dire qu’il suffit d’éviter les lieux à serpents pour ne plus souffrir, puisque la peur ne se manifeste pas en leur absence. C’est une erreur, et elle se démontre de deux façons.
D’abord par la définition même du trouble : dans l’enquête de prévalence citée plus haut, l’évitement de l’objet redouté fait partie des critères qui font qualifier une peur de phobie. Éviter, ce n’est donc pas résoudre, c’est remplir un critère du diagnostic.
Ensuite par le mécanisme. Chaque évitement réussi apporte un soulagement immédiat, et ce soulagement enseigne au cerveau que le danger était réel et que la fuite l’a écarté. La peur n’a jamais l’occasion d’être démentie par l’expérience. Elle se maintient, et le périmètre des situations évitées s’élargit avec le temps. C’est le mécanisme commun à l’ensemble des phobies spécifiques.
Le traitement de référence est l’exposition progressive
Puisque l’évitement entretient le trouble, le traitement consiste à faire l’inverse, de façon organisée et graduelle : se confronter à ce qui fait peur, par étapes choisies avec un professionnel, en commençant très en deçà du seuil de panique. Une photographie, puis une vidéo, puis un terrarium à distance, et ainsi de suite. Le but n’est pas de tenir bon en serrant les dents, c’est de laisser à l’expérience le temps de contredire la prédiction catastrophique.
L’exposition en situation réelle est décrite comme le traitement de choix des phobies spécifiques. Un essai randomisé espagnol portant sur les phobies des petits animaux (Botella, Pérez-Ara et coll., PLoS One, 2016) a comparé cette exposition réelle à une exposition en réalité augmentée chez 63 participants. L’exposition réelle donnait de meilleurs résultats juste après le traitement, mais l’écart entre les deux avait disparu aux évaluations de trois et six mois. Nous citons ce résultat avec sa part gênante pour les approches alternatives comme pour la nôtre : ce qui est démontré, c’est l’exposition.
La place de l’hypnose, dite sans la surestimer
Nous accompagnons des personnes concernées par cette peur, et nous n’allons pas prétendre que l’hypnose remplace ce qui précède. Aucune étude ne place l’hypnose au rang de traitement de référence des phobies spécifiques, et nous ne connaissons pas d’essai randomisé portant sur l’hypnose dans la peur des serpents en particulier.
Ce que l’hypnose peut apporter se situe à côté, et il est plus modeste que ce que promettent beaucoup de pages sur le sujet : travailler l’anxiété d’anticipation, qui précède souvent de plusieurs jours une situation redoutée ; apprendre à réduire l’activation physique au moment où elle monte ; et préparer par l’imagerie mentale les étapes d’une exposition qui sera ensuite menée pour de bon. C’est un appui, pas un raccourci qui permettrait de faire l’économie de la confrontation.
Nous ne promettons ni un nombre de séances, ni un délai, ni un résultat. Nous n’utilisons pas non plus les approches qui prétendent retrouver l’événement à l’origine de la peur : la recherche d’un souvenir déclencheur sous hypnose expose à un risque documenté de fabrication de souvenirs, et elle n’est pas nécessaire pour que l’exposition fasse son effet.
Quand consulter un médecin d’abord
Une peur d’animal ne relève pas d’un avis médical en soi. Certaines situations le justifient néanmoins avant toute démarche d’accompagnement :
- des attaques de panique à répétition, y compris en dehors de toute rencontre avec un serpent
- une peur qui s’étend progressivement à d’autres animaux ou à d’autres situations
- un retentissement sur le travail, le sommeil ou la vie familiale
- une humeur triste durable, une perte d’élan, des idées noires
- chez l’enfant, un refus de sortir ou d’aller à l’école
Quand la peur des serpents s’inscrit dans un tableau anxieux plus large, c’est ce tableau qu’il faut traiter en premier. Les crises d’angoisse et attaques de panique relèvent d’une prise en charge propre.
Pour aller plus loin avec l’hypnose
- Peurs et phobies : le mécanisme commun et la place de l’exposition progressive.
- Peur des animaux (zoophobie) : la page d’ensemble du silo, pour les peurs portant sur plusieurs espèces.
- Peur des araignées : l’autre moitié de la catégorie « phobie animale » de l’étude citée sur cette page.
Sources
- Fredrikson M, Annas P et coll. Gender and age differences in the prevalence of specific fears and phobias. Behaviour Research and Therapy, 1996. PubMed
- Coelho CM, Polák J et coll. Fear inoculation among snake experts. BMC Psychiatry, 2021. PubMed
- Botella C, Pérez-Ara MÁ et coll. In Vivo versus Augmented Reality Exposure in the Treatment of Small Animal Phobia: A Randomized Controlled Trial. PLoS One, 2016. PubMed
La peur des serpents est-elle une vraie phobie ?
Elle le devient quand elle échappe au contrôle de la personne, qu’elle gêne sa vie quotidienne et qu’elle la conduit à éviter des lieux ou des situations. Sursauter devant un serpent est une réaction banale que partage la majorité des gens. Dans une enquête suédoise sur 704 adultes, une phobie animale, catégorie construite sur les araignées et les serpents, concernait 12,1 % des femmes et 3,3 % des hommes.
Comment s'appelle la peur des serpents ?
On parle d’ophiophobie. Le terme désigne la peur des serpents en particulier, à distinguer de la zoophobie, qui recouvre les peurs portant sur les animaux en général, et de l’herpétophobie, qui englobe l’ensemble des reptiles.
Est-ce qu'éviter les serpents suffit à régler le problème ?
Non, et c’est même le contraire. L’évitement apporte un soulagement immédiat qui enseigne au cerveau que le danger était réel et que la fuite l’a écarté : la peur n’est jamais démentie par l’expérience, donc elle se maintient et le périmètre des situations évitées s’élargit. L’évitement fait d’ailleurs partie des critères qui font qualifier une peur de phobie.
Quel est le traitement reconnu de la peur des serpents ?
L’exposition progressive en situation réelle, encadrée par un professionnel, est décrite comme le traitement de choix des phobies spécifiques. Elle consiste à se confronter par étapes graduelles, en commençant très en deçà du seuil de panique, pour laisser l’expérience contredire la prédiction catastrophique.
L'hypnose peut-elle aider ?
Elle n’est pas le traitement de référence et nous ne connaissons pas d’essai randomisé portant sur l’hypnose dans la peur des serpents. Elle peut intervenir à côté de l’exposition, sur l’anxiété d’anticipation, sur la réduction de l’activation physique et sur la préparation mentale des étapes. Nous n’utilisons pas les approches qui cherchent à retrouver un souvenir déclencheur, en raison du risque documenté de fabrication de souvenirs.





