L’hypersensibilité émotionnelle désigne une réactivité plus forte que la moyenne aux situations chargées d’émotion : on est touché plus vite, plus fort, et plus longtemps que les autres, pour des choses qui les laissent tièdes. Ce n’est pas une maladie et cela ne se soigne pas, parce qu’il n’y a rien à guérir : la recherche la décrit comme un trait de tempérament, présent dès l’enfance, mesuré par une échelle de personnalité et non par un examen.
Le sujet est mal servi en français. Les deux pages les mieux placées sur cette requête donnent chacune un chiffre de prévalence, ces chiffres se contredisent, et aucune des deux ne cite sa source. Cette page part des publications elles-mêmes : l’étude de 1997 qui a construit l’outil de mesure, celle de 2018 qui a compté les personnes concernées sur 906 adultes, et la revue critique de 2019 écrite par les chercheurs du domaine. Elle dit aussi, à sa place, ce que l’hypnose peut faire ici et ce qu’aucune étude ne lui a jamais demandé.
L’essentiel
- C’est un trait de tempérament, pas un trouble : il se mesure par une échelle de personnalité auto-administrée de 27 items (Aron et Aron, Journal of Personality and Social Psychology, 1997), pas par des critères diagnostiques.
- Les chiffres qui circulent, 20 % d’un côté, 30 % de l’autre, viennent d’un modèle que la recherche a abandonné. Sur 906 adultes, on trouve non pas deux groupes mais trois : 31 % de très sensibles, 40 % de moyennement sensibles, 29 % de peu sensibles (Lionetti et coll., Translational Psychiatry, 2018).
- La sensibilité joue dans les deux sens : elle majore les difficultés en environnement défavorable, et elle procure un bénéfice supérieur en environnement favorable (Greven et coll., Neuroscience and Biobehavioral Reviews, 2019). C’est pourquoi la cible d’un accompagnement est l’environnement et les conséquences, jamais le trait lui-même.
- Ce qui relève d’un soin, ce sont les conséquences quand elles s’installent : anxiété, épuisement, sommeil dégradé, retrait social.
- Aucun essai clinique n’a évalué l’hypnose sur l’hypersensibilité elle-même. Ce que la recherche mesure, c’est son effet sur la détresse psychologique et le stress.
Ce que recouvre l’hypersensibilité émotionnelle
Le terme grand public recouvre un objet que la recherche appelle autrement : la sensibilité au traitement sensoriel (en anglais sensory-processing sensitivity). Il désigne une façon de traiter l’information plus profonde et plus réactive que la moyenne, qui porte sur les émotions mais pas seulement. La psychologue américaine Elaine Aron en a posé les bases en 1997, dans une série de sept études qui ont abouti à une échelle de mesure de 27 items.
Ce travail a établi deux choses qui comptent pour la suite. D’abord, la sensibilité forme une dimension cohérente, et non un assemblage de traits disparates. Ensuite, elle est partiellement indépendante de l’introversion et de l’émotivité, deux notions avec lesquelles on la confondait jusque-là. Autrement dit : être hypersensible n’est pas être timide, et n’est pas non plus être simplement émotif.
Dans l’usage courant, la sensibilité s’exprime dans quatre registres qui se combinent différemment selon les personnes. Rares sont ceux qui les cumulent tous.
| Registre | Ce qui déclenche | À quoi ça ressemble au quotidien |
|---|---|---|
| Émotionnel | Les situations chargées affectivement, les siennes comme celles des autres | Larmes qui montent vite, joie intense, difficulté à laisser retomber une émotion |
| Sensoriel | Le bruit, la lumière, les odeurs, les textures, la foule | Un plateau de bureaux ouvert devient épuisant sans qu’on sache dire pourquoi |
| Cognitif | L’information à traiter, les scénarios possibles | On analyse beaucoup, on anticipe, on rumine, on décide lentement |
| Relationnel | Le jugement, la critique, la tension chez l’autre | Une remarque anodine pour un collègue reste en tête plusieurs jours |
Cette page traite du registre émotionnel, qui est celui que les gens nomment en premier. Si votre difficulté porte d’abord sur l’intensité des émotions et sur ce que vous en faites, la page consacrée à la gestion des émotions par l’hypnose décrit le travail correspondant.
Combien de personnes sont concernées, et pourquoi les chiffres se contredisent
Sur cette requête, la première page de Google donne deux chiffres différents. Un site annonce « jusqu’à 30 % », un autre « une personne sur cinq, soit 20 % ». Ni l’un ni l’autre ne renvoie à une publication. Ce n’est pas un détail : ces deux chiffres reposent sur un modèle que la recherche a depuis abandonné.
Le modèle en question partage la population en deux, les sensibles et les autres, selon une métaphore devenue courante : les orchidées, fragiles et dépendantes de leurs conditions, et les pissenlits, qui poussent partout. En 2018, une équipe a testé ce découpage sur 906 adultes ayant rempli l’échelle de sensibilité, par une méthode qui laisse les groupes émerger des données au lieu de les fixer d’avance. Le résultat contredit le modèle : il n’y a pas deux groupes, il y en a trois.
| Groupe | Part de l’échantillon | Ce que ça décrit |
|---|---|---|
| Très sensibles (« orchidées ») | 31 % | Forte réactivité à l’environnement, dans le bon comme dans le mauvais sens |
| Moyennement sensibles (« tulipes ») | 40 % | Le groupe le plus nombreux, et le grand absent du modèle en deux catégories |
| Peu sensibles (« pissenlits ») | 29 % | Faible réactivité aux variations de l’environnement |
Lionetti et coll., Translational Psychiatry, 2018, sur 906 adultes.
La conclusion utile n’est pas le pourcentage, c’est la forme de la distribution. La sensibilité est un continuum, pas une case dans laquelle on tombe ou non. La question « suis-je hypersensible, oui ou non ? » est donc mal posée. Celle qui a un sens est : où est-ce que je me situe, et est-ce que ça me coûte quelque chose dans ma vie telle qu’elle est organisée aujourd’hui ?
Cela explique aussi pourquoi tant de gens se reconnaissent partiellement dans les descriptions qu’ils lisent. Avec 40 % de la population dans un groupe intermédiaire, l’identification partielle est le cas le plus fréquent, pas l’exception.
Les signes qui reviennent le plus souvent
Aucun de ces éléments ne suffit à lui seul, et personne ne les présente tous. Ils dessinent une tendance, pas une grille à cocher. Ce qui les rend significatifs, c’est leur constance : ils décrivent votre fonctionnement habituel depuis longtemps, pas votre état des trois derniers mois.
- Les émotions montent vite et redescendent lentement, y compris les agréables.
- Vous percevez les tensions d’une pièce avant qu’on vous en parle.
- Une critique, même formulée sans dureté, occupe votre esprit bien après.
- Vous avez besoin de temps seul pour récupérer après une journée dense en interactions.
- Les environnements très stimulants, bruit, lumière, foule, vous épuisent plus vite que les autres.
- Vous anticipez beaucoup, vous imaginez les issues possibles, vous décidez lentement.
- Les films, la musique, les œuvres vous touchent avec une intensité qui surprend votre entourage.
- Vous vous chargez des émotions des autres au point de ne plus distinguer les vôtres.
Le dernier point mérite une nuance. Ressentir fortement ce que vit l’autre est un trait d’empathie, il n’est pas problématique en soi. Il le devient quand il n’y a plus de frontière : quand la tristesse d’un proche devient la vôtre pour la journée, ou quand vous ajustez en permanence votre comportement à l’humeur des autres. C’est cette porosité qui use, pas la sensibilité elle-même.
Ce qui se passe du côté du système nerveux
La question revient toujours : est-ce que le cerveau des personnes très sensibles est différent ? La réponse honnête est qu’il n’est pas différent dans sa structure, mais que certaines régions y répondent plus fortement. Une revue publiée en 2018 dans les Philosophical Transactions of the Royal Society B a rassemblé les travaux d’imagerie du domaine et décrit un ensemble de circuits plus mobilisés chez les personnes à haute sensibilité, notamment ceux impliqués dans l’attention aux détails et dans le traitement des signaux émotionnels d’autrui.
Une précaution s’impose sur ce terrain, parce que c’est celui où circulent le plus d’affirmations fausses. Une réponse cérébrale plus marquée n’explique pas un comportement, elle l’accompagne. Elle ne dit pas non plus qu’un fonctionnement serait défectueux : les mêmes travaux insistent sur le fait que cette réactivité est un trait commun, héritable, et présent chez de nombreuses espèces animales, ce qui ne va pas dans le sens d’une anomalie mais dans celui d’une stratégie adaptative parmi d’autres.
Sur le plan pratique, cette base biologique a une conséquence directe et souvent mal reçue : on ne se débarrasse pas de sa sensibilité. Ce qui change, c’est ce qu’on en fait, et l’environnement dans lequel on la vit.
Un trait de tempérament, et non un diagnostic
Il n’existe pas d’examen, de prise de sang ni d’entretien standardisé qui établirait l’hypersensibilité. L’outil de référence est un questionnaire que la personne remplit elle-même : l’échelle de 27 items construite en 1997. C’est un instrument de recherche en psychologie de la personnalité, au même titre qu’une échelle d’extraversion, et non un instrument clinique. Les tests en ligne qui vous annoncent que vous êtes « hypersensible à 87 % » n’ont pas d’autre fondement que celui-là, souvent en moins rigoureux.
Cette distinction a une portée concrète. Un trait de tempérament ne se traite pas, et personne ne devrait vous proposer de le faire. Ce qui se traite, ce sont les états qui peuvent s’installer par-dessus, et ceux-là ont bel et bien une définition clinique.
| Ce qui relève du trait | Ce qui relève d’un état à prendre en charge |
|---|---|
| Être touché fortement et durablement par les émotions | Une anxiété présente presque tous les jours qui gêne le travail ou les relations |
| Avoir besoin de calme et de solitude pour récupérer | Un retrait social qui s’étend et se maintient malgré l’envie de voir du monde |
| Percevoir finement l’état émotionnel des autres | Un épuisement qui ne cède plus au repos, avec perte d’élan et de plaisir |
| Décider lentement, anticiper beaucoup | Des ruminations qui empêchent de dormir ou de fonctionner dans la journée |
La colonne de gauche décrit une manière d’être. Celle de droite décrit des situations où consulter est justifié, qu’on soit sensible ou non. Le premier interlocuteur est votre médecin traitant, qui écartera ce qui doit l’être et orientera. Une humeur durablement basse ou une anxiété qui s’installe relèvent d’un avis médical, jamais d’une lecture de personnalité.
La sensibilité joue dans les deux sens
C’est le point le plus utile de la recherche récente, et le plus systématiquement absent des pages qui traitent le sujet. Elles concluent presque toutes par un encouragement, « votre sensibilité est une force », sans jamais dire d’où vient cette idée. Elle vient d’un résultat précis, et il est plus intéressant que le slogan.
La revue critique publiée en 2019 dans Neuroscience and Biobehavioral Reviews, signée par les principaux chercheurs du domaine, formule les choses ainsi : une haute sensibilité augmente le risque de difficultés liées au stress en réponse à des environnements défavorables, mais procure aussi un bénéfice supérieur des expériences positives et des environnements soutenants. Ce n’est pas une vulnérabilité, c’est une réactivité accrue à ce qui vous entoure, dans les deux directions.
Ce résultat déplace complètement la question. Si le même trait produit plus de dégâts dans un mauvais contexte et plus de bénéfices dans un bon, alors la variable sur laquelle agir n’est pas la sensibilité : c’est le contexte. Concrètement, cela veut dire que la personne très sensible qui va mal dans un poste bruyant, sous un management dur et sans récupération, n’a pas un problème de tempérament. Elle a un problème d’environnement, et son tempérament le lui fait payer plus cher qu’à son voisin.
Cela explique aussi une observation courante : deux personnes également sensibles peuvent avoir des trajectoires opposées. Celle qui a grandi et travaille dans un cadre prévisible et soutenant peut tirer de sa sensibilité un avantage réel, en finesse de perception et en qualité de lien. Celle qui enchaîne les environnements hostiles accumule.
Ne pas confondre avec d’autres profils
Plusieurs notions circulent autour de celle-ci, et elles ne désignent pas la même chose. La confusion est fréquente, y compris dans les articles les mieux classés, où hypersensibilité et hyperémotivité sont parfois employées l’une pour l’autre.
| Notion | Ce qui la caractérise | Ce qui la distingue |
|---|---|---|
| Hyperémotivité | Une réactivité principalement émotionnelle, avec des manifestations visibles | Plus étroite : elle ne couvre ni le registre sensoriel ni le traitement cognitif approfondi |
| Haut potentiel intellectuel | Un fonctionnement cognitif particulier, évalué par un test standardisé | Notion distincte, évaluée autrement. Les deux peuvent coexister, aucune n’implique l’autre |
| Trouble du spectre de l’autisme | Un trouble du neurodéveloppement, avec critères diagnostiques et évaluation spécialisée | Des particularités sensorielles peuvent se ressembler de l’extérieur. Le diagnostic revient à une équipe spécialisée, jamais à un questionnaire en ligne |
| Trouble de la personnalité borderline | Une instabilité de l’humeur, de l’image de soi et des relations, avec impulsivité | L’intensité émotionnelle y est associée à une instabilité que le trait de sensibilité ne comporte pas |
| Hypersensibilité sensorielle isolée | Une gêne marquée au bruit, à la lumière ou au toucher, sans versant émotionnel | Peut relever d’un avis médical à part entière, notamment en cas d’apparition récente |
Une règle simple aide à s’y retrouver : un trait est stable et ancien. Si l’intensité émotionnelle est apparue récemment, s’est aggravée en quelques mois, ou s’accompagne de signes physiques nouveaux, ce n’est pas de tempérament qu’il s’agit et un avis médical s’impose.
Vivre avec, sans chercher à s’en débarrasser
Puisque le levier est l’environnement plus que le trait, les mesures qui aident sont d’abord des mesures d’organisation. Elles paraissent modestes ; elles portent sur ce qui est réellement modifiable.
- Prévoir la récupération, ne pas l’espérer. Après une journée dense en interactions, un temps seul n’est pas un caprice, c’est ce qui évite l’accumulation. Inscrit à l’avance, il tient ; laissé au hasard, il saute.
- Réduire la charge sensorielle là où c’est possible. Un casque, un bureau plus calme, une lumière moins agressive. Ce sont les leviers les plus rentables parce qu’ils ne demandent aucun changement personnel.
- Nommer l’émotion au lieu de la subir. Mettre un mot précis sur ce qui se passe réduit l’impression de débordement et rend la situation discutable avec les autres.
- Distinguer ce qui est à vous de ce qui ne l’est pas. Se demander, devant une émotion forte, si elle répond à votre situation ou à celle de quelqu’un d’autre.
- Protéger le sommeil en priorité. Une nuit courte augmente la réactivité émotionnelle de tout le monde ; sur un terrain déjà réactif, l’effet se voit tout de suite.
- Choisir ses environnements quand on peut les choisir. C’est la mesure la plus efficace et la moins évoquée, parce qu’elle est la plus coûteuse à mettre en œuvre.
Deux points annexes valent d’être posés. Le premier : l’entourage comprend rarement de lui-même, et une explication brève vaut mieux qu’un long procès. Le second : chercher à « devenir moins sensible » revient à s’entraîner à moins percevoir, ce qui ne fonctionne pas et coûte de l’énergie. Les personnes qui s’en sortent le mieux ne sont pas devenues insensibles, elles ont changé le cadre et gagné en marge de manœuvre.
Si l’épuisement est déjà installé et que le repos ne suffit plus, la question dépasse l’aménagement du quotidien : la page sur le burn-out et l’hypnose décrit ce cas de figure et ses limites.
Où se situe l’hypnose, et où elle ne se situe pas
Commençons par ce que la recherche ne dit pas. Aucun essai clinique n’a évalué l’hypnose sur l’hypersensibilité en tant que telle. Une recherche dans la base PubMed le 9 septembre 2026 ramène une vingtaine de travaux associant hypnose et haute sensibilité : lus un par un, ils portent tous sur autre chose, en général sur l’hypnotisabilité, l’intéroception ou la douleur. Aucun ne traite du trait dont parle cette page. Il serait donc malhonnête de présenter l’hypnose comme une réponse documentée à l’hypersensibilité.
Il y a une raison de fond à cette absence, et elle vaut mieux qu’un regret : un trait de tempérament n’est pas une cible thérapeutique. Si l’hypersensibilité seule est le motif de consultation, la question n’est pas médicale.
Ce qui est mesuré, en revanche, c’est l’effet de l’hypnothérapie sur la détresse psychologique. Une méta-analyse parue en 2026 dans Behavioral Sciences a réuni cinq essais randomisés et rapporte une réduction de la détresse psychologique (g de Hedges = 0,61, intervalle de confiance à 95 % [0,10 ; 1,12]) et du stress (g = 0,75 [0,34 ; 1,16]). Ces résultats méritent d’être lus avec leurs limites, que les auteurs posent eux-mêmes : cinq essais seulement, un intervalle de confiance large sur la détresse, et un besoin explicite de groupes témoins actifs dans les travaux à venir.
La conclusion pratique tient en une phrase : ce sur quoi l’hypnose peut travailler, ce sont les conséquences d’une sensibilité vécue dans un environnement mal ajusté, pas la sensibilité elle-même.
| Motif | Ce que l’hypnose peut viser | Niveau de preuve |
|---|---|---|
| Anxiété et stress installés | Réduction de la détresse et du stress | Cinq essais randomisés, effet mesuré, effectifs limités |
| Sommeil dégradé par les ruminations | Travail sur l’endormissement et sur la rumination du soir | Documenté sur le sommeil en général, pas sur ce profil en particulier |
| Confiance entamée par des années d’incompréhension | Travail sur l’image de soi et sur la place accordée au jugement des autres | Aucun essai sur ce profil, travail clinique courant |
| Le trait de sensibilité lui-même | Rien : ce n’est pas une cible, et c’est aussi un atout selon le contexte | Aucun essai, et aucune raison d’en attendre un |
Un dernier point, souvent source de malentendu sur une page qui parle d’hypnose. L’hypersensibilité et l’hypnotisabilité, c’est-à-dire l’aptitude à répondre aux suggestions, sont deux traits distincts, mesurés par des échelles différentes. Être très sensible ne rend ni plus ni moins réceptif à l’hypnose. Les deux mots se ressemblent, les notions n’ont pas de lien établi.
Ce sur quoi porte le travail en séance
Un accompagnement qui prend ce sujet au sérieux commence par une clarification : sur quoi travaille-t-on exactement ? La réponse n’est jamais « votre sensibilité ». Elle porte sur un point précis qui vous coûte quelque chose, et qui doit pouvoir se formuler en une phrase : le sommeil, la charge d’une situation professionnelle, une difficulté à poser des limites, une réaction disproportionnée dans un contexte identifié.
Le premier rendez-vous sert à ça. Il sert aussi à écarter ce qui ne relève pas de l’hypnose : si les éléments décrits évoquent un état dépressif, un trouble anxieux caractérisé ou un épuisement avancé, l’orientation vers un médecin passe avant, et l’hypnose ne vient qu’en complément d’une prise en charge, jamais à sa place.
Le travail lui-même s’appuie sur des situations concrètes plutôt que sur des notions générales. On part d’un moment identifié, on regarde ce qui s’y déclenche, et on cherche des marges là où il y en a : l’anticipation, la façon dont l’émotion est interprétée sur le moment, la récupération après coup. Des exercices d’auto-hypnose contre le stress peuvent prolonger ce travail entre les rendez-vous, à condition d’être utilisés pour ce qu’ils sont : un outil de régulation, pas un traitement.
Il ne s’agit pas de vous rendre moins sensible, et un praticien qui vous le promet vous promet quelque chose qu’il ne peut pas tenir.
Pour aller plus loin
Plusieurs sujets voisins sont traités en détail ailleurs sur le site. Si votre difficulté porte d’abord sur l’intensité des émotions et leur régulation, la page gestion des émotions par l’hypnose est la plus proche de ce que vous cherchez. Si c’est l’anxiété qui domine, voyez stress, angoisse et anxiété.
Quand la sensibilité se paie surtout au travail, deux pages abordent la suite du parcours : le burn-out lorsque l’épuisement est installé, et le travail sur la confiance et l’estime de soi quand des années de « tu es trop sensible » ont laissé des traces. Si ce sont les nuits qui se dégradent, la page sur les troubles du sommeil et l’insomnie traite le sujet à part entière.
L’ensemble de nos contenus sur ces thèmes est regroupé dans la rubrique épanouissement. Et si vous préférez poser vos questions directement, vous pouvez nous contacter.
Sources
- Aron E.N., Aron A., Sensory-processing sensitivity and its relation to introversion and emotionality, Journal of Personality and Social Psychology, 1997 (PMID 9248053)
- Lionetti F. et coll., Dandelions, tulips and orchids: evidence for the existence of low-sensitive, medium-sensitive and high-sensitive individuals, Translational Psychiatry, 2018 (PMID 29353876)
- Greven C.U. et coll., Sensory Processing Sensitivity in the context of Environmental Sensitivity: A critical review and development of research agenda, Neuroscience and Biobehavioral Reviews, 2019 (PMID 30639671)
- Acevedo B. et coll., The functional highly sensitive brain: a review of the brain circuits underlying sensory processing sensitivity, Philosophical Transactions of the Royal Society B, 2018 (PMID 29483346)
- Aron E.N., Aron A., Jagiellowicz J., Sensory processing sensitivity: a review in the light of the evolution of biological responsivity, Personality and Social Psychology Review, 2012 (PMID 22291044)
- Belsky J., Pluess M., Beyond risk, resilience, and dysregulation: phenotypic plasticity and human development, Development and Psychopathology, 2013 (PMID 24342838)
- Lionetti F., Pluess M. et coll., Distinguishing differential susceptibility, diathesis-stress, and vantage sensitivity, Development and Psychopathology, 2020 (PMID 30626458)
- Effect of Mindful Hypnotherapy on Psychological Distress: A Systematic Review and Meta-Analysis, Behavioral Sciences, 2026 (PMID 41595048)
- Acevedo B. et coll., Sensory Processing Sensitivity Predicts Individual Differences in Resting-State Functional Connectivity, Neuropsychobiology, 2021 (PMID 33561863)
- Inserm, Evaluation de l’efficacite de la pratique de l’hypnose, rapport d’expertise collective, 2015
L'hypersensibilité émotionnelle est-elle une maladie ?
Non. La recherche la décrit comme un trait de tempérament, c’est-à-dire une façon d’être stable et ancienne, et non comme un trouble. Elle se mesure d’ailleurs par un questionnaire de personnalité auto-administré, l’échelle de 27 items construite par Elaine Aron en 1997, et non par des critères diagnostiques ni par un examen. Ce qui peut relever d’un soin, ce sont les états qui s’installent par-dessus quand l’environnement ne convient pas : anxiété, épuisement, sommeil dégradé.
Quel pourcentage de la population est hypersensible ?
Les chiffres qui circulent, souvent 20 % ou 30 %, viennent d’un modèle qui partage la population en deux et que la recherche a abandonné. En 2018, une étude portant sur 906 adultes a laissé les groupes émerger des données et en a trouvé trois : 31 % de personnes très sensibles, 40 % de moyennement sensibles et 29 % de peu sensibles. La lecture utile n’est pas le pourcentage mais la forme : la sensibilité est un continuum, pas une case.
Quelle différence entre hypersensibilité et hyperémotivité ?
L’hyperémotivité désigne une réactivité principalement émotionnelle, avec des manifestations visibles. L’hypersensibilité est plus large : elle englobe le versant émotionnel mais aussi le versant sensoriel, le traitement cognitif approfondi et la réactivité au jugement d’autrui. Les deux termes sont souvent employés l’un pour l’autre, y compris dans des articles bien classés, mais ils ne recouvrent pas la même chose.
Peut-on devenir moins hypersensible ?
Ce n’est ni possible ni souhaitable de la façon dont la question est posée. Le trait est stable et il a une base biologique. Surtout, la recherche montre qu’il agit dans les deux sens : une haute sensibilité majore les difficultés dans un environnement défavorable, mais procure aussi un bénéfice supérieur dans un environnement soutenant. Chercher à moins percevoir revient donc à renoncer aussi à cet avantage. Ce qui change réellement les choses, c’est l’aménagement de l’environnement et le travail sur les conséquences.
L'hypnose peut-elle aider une personne hypersensible ?
Pas sur le trait lui-même : aucun essai clinique n’a évalué l’hypnose sur l’hypersensibilité, et un tempérament n’est pas une cible thérapeutique. Ce qui est mesuré, c’est l’effet de l’hypnothérapie sur la détresse psychologique et sur le stress, avec des résultats positifs mais reposant sur un petit nombre d’essais. L’hypnose peut donc être envisagée pour des conséquences précises, anxiété, ruminations du soir, confiance entamée, en complément d’un avis médical lorsque la situation le justifie.





