La bélénophobie est la peur des aiguilles et des gestes qui en comportent : prise de sang, vaccin, pose de perfusion, anesthésie dentaire. Tout le monde ou presque préfère éviter une piqûre ; on parle de phobie quand la peur devient assez forte pour faire repousser ou refuser un soin. C’est là que se joue son coût réel. La piqûre dure quelques secondes, le renoncement qu’elle entraîne peut durer des années.

Le sujet est mal documenté en français. Les pages les mieux placées reprennent des chiffres anciens, aucune ne cite de publication récente, et deux d’entre elles affirment que cette peur s’aggrave avec l’âge, ce qui est l’inverse de ce que montre la revue de référence. Cette page s’appuie sur les travaux disponibles : la méta-analyse de 2019 qui a rassemblé 119 études, les deux recommandations de pratique clinique qui encadrent le sujet, et la revue Cochrane qui mesure l’effet des approches psychologiques, hypnose comprise. Elle dit aussi ce que ces textes recommandent en premier, et ce n’est pas l’hypnose.

L’essentiel

  • Deux graphies circulent pour le même trouble, bélénophobie et bélonéphobie. Les classifications le rangent parmi les phobies spécifiques, dans le sous-type sang-injection-blessure.
  • Elle concerne la majorité des enfants, 20 à 50 % des adolescents et 20 à 30 % des jeunes adultes, et elle décroît avec l’âge (McLenon et Rogers, Journal of Advanced Nursing, 2019).
  • Son coût réel est le renoncement aux soins : 16 % des patients adultes et 27 % des employés d’hôpital évitent la vaccination antigrippale à cause d’elle.
  • L’évanouissement n’en est pas la signature : la réaction en deux temps a été observée chez jusqu’à 20 % des sujets phobiques, et chez 26,6 % des sujets témoins.
  • Les deux recommandations de pratique clinique du domaine placent en première intention l’exposition graduée, pas l’hypnose.
  • Dans la revue Cochrane de référence, l’hypnose obtient les plus fortes tailles d’effet du champ, sur le niveau de preuve le plus faible : cinq essais, 176 participants, qualité classée très basse.

Ce que le mot recouvre, et ce qu’il ne recouvre pas

Deux graphies coexistent en français pour désigner la même chose : bélénophobie, la plus répandue dans les publications grand public, et bélonéphobie, celle que retient l’article encyclopédique de référence, formée sur le grec belónê, l’aiguille. Un troisième nom, la trypanophobie, circule dans la littérature scientifique. Les trois désignent le même objet.

Les classifications psychiatriques, elles, ne retiennent aucun de ces noms. Elles rangent le trouble parmi les phobies spécifiques, dans le sous-type sang-injection-blessure, qui regroupe la peur du sang, celle des aiguilles et celle des blessures. C’est ce sous-type que mesurent les instruments utilisés dans les travaux cités plus bas, notamment l’échelle employée par Daniel Freeman et son équipe sur plus de quinze mille adultes britanniques.

Quatre mots, quatre périmètres

TermeCe qui déclencheCe que cela change en pratique
Bélénophobie (ou bélonéphobie)L’aiguille et le geste qui la met en jeu : vaccin, prise de sang, perfusion, anesthésie dentaireL’évitement porte sur des soins précis et datés, souvent longtemps à l’avance
TrypanophobieLe même objet, sous un autre nom, plus fréquent dans la littérature scientifiqueRien sur le fond : c’est un synonyme
AichmophobieTous les objets pointus, aiguilles comprises : épingles, couteaux, ciseauxLa gêne déborde du cadre médical et touche la vie courante
HématophobieLe sang, le sien ou celui d’un autre, y compris en image ou au récitLe malaise vagal y est central, et la méthode de référence n’est pas la même

La distinction n’est pas de la finesse de vocabulaire. Une personne qui perd connaissance à la vue du sang et une personne qui redoute l’aiguille sans jamais faire de malaise ne relèvent pas du même travail. C’est pourquoi la peur du sang a sa page distincte sur ce site, comme chacune des autres peurs et phobies que nous accompagnons.

Qui est concerné, et à quel âge

La référence sur ce point est la revue systématique avec méta-analyse de Jennifer McLenon et Mary Rogers, publiée en 2019 dans le Journal of Advanced Nursing. Elle a retenu 119 travaux originaux, dont 35 comportaient assez de données pour être agrégés, sans restriction d’âge, de sexe, de langue ni de pays.

Ses résultats sont nets. La majorité des enfants présentent une peur des aiguilles. Les estimations vont de 20 à 50 % chez les adolescents, et de 20 à 30 % chez les jeunes adultes. La peur, comme la phobie caractérisée, est plus fréquente chez les femmes que chez les hommes.

Et surtout, écrivent les auteurs, la peur des aiguilles décroît quand l’âge augmente. C’est l’inverse de ce qu’on lit sur plusieurs pages françaises très visibles, qui affirment que cette phobie s’aggrave avec les années, sans citer de source. La nuance a son importance : cela ne veut pas dire qu’une peur d’adulte est rare, ni qu’elle disparaît toute seule. Cela veut dire que le pic se situe dans l’enfance, et que c’est là que se joue la prévention.

PopulationFréquence de la peur des aiguillesSource
EnfantsLa majoritéMcLenon et Rogers, 2019
Adolescents20 à 50 %McLenon et Rogers, 2019
Jeunes adultes20 à 30 %McLenon et Rogers, 2019
Adultes suivis en cancérologie17 à 52 %Duncanson et coll., 2021
Adultes en insuffisance rénale chronique25 à 47 %Duncanson et coll., 2021
Adultes vivant avec un diabète0,2 à 80 % selon les étudesDuncanson et coll., 2021

Les trois dernières lignes viennent d’une revue de portée publiée en 2021 dans PLoS One, consacrée à une population que le reste de la littérature laisse de côté : les personnes dont la maladie impose des piqûres à répétition pendant des années. L’écart considérable des chiffres du diabète tient à l’hétérogénéité des outils de mesure d’une étude à l’autre, et les auteurs le signalent eux-mêmes. Leur seconde conclusion est plus gênante : chez ces patients, les interventions destinées à réduire la peur reposent sur un socle de preuves pauvre.

Le malaise en deux temps n’est pas la règle

Le lieu commun veut qu’une personne qui a peur des aiguilles tombe dans les pommes. Le mécanisme invoqué s’appelle la réaction diphasique, ou en deux temps : la fréquence cardiaque et la pression artérielle montent d’abord brutalement, comme dans n’importe quelle réaction de peur, puis chutent aussi brutalement. Le débit sanguin cérébral suit, et la personne peut perdre connaissance.

Ce mécanisme existe. Il est loin d’être général. Une équipe a exposé 60 personnes phobiques du sang, des injections et des blessures, ainsi que 20 personnes témoins, à des films opératoires, en mesurant fréquence cardiaque, pression artérielle, respiration et gaz carbonique expiré. Une réponse en deux temps répondant aux critères retenus a été observée chez jusqu’à 20 % des sujets phobiques selon le paramètre considéré, et chez 26,6 % des témoins. Elle n’est donc ni fréquente chez les phobiques, ni absente chez ceux qui ne le sont pas.

Les auteurs relèvent en revanche que les personnes présentant ce profil sur plusieurs paramètres à la fois rapportent la peur la plus marquée des injections et des prises de sang, les symptômes physiques les plus intenses, et la plus forte tendance à l’hyperventilation. La respiration n’est donc pas un détail périphérique : c’est un des mécanismes du malaise, et une des rares choses sur lesquelles il est possible d’agir sur place.

Ce qu’il faut en retenir concrètement : si vous perdez connaissance, le sujet principal n’est probablement pas l’aiguille mais le sang et la blessure. La méthode de référence dans ce cas, la tension appliquée, consiste à contracter volontairement de grands groupes musculaires pour faire remonter la pression artérielle ; elle est décrite en détail sur notre page consacrée à l’hématophobie, et elle a montré un effet durable sur l’évanouissement, mesuré jusqu’à un an.

Le coût réel : les soins qu’on repousse

C’est ici que ce trouble cesse d’être un désagrément personnel. La même méta-analyse de 2019 a mesuré la part de personnes qui évitent la vaccination antigrippale à cause de leur peur des aiguilles, selon la population.

PopulationÉvite la vaccination antigrippale à cause de la peur des aiguilles
Patients adultes16 %
Employés d’hôpital27 %
Salariés d’établissements de long séjour18 %
Soignants exerçant à l’hôpital8 %

Le chiffre des employés d’hôpital est le plus instructif du lot : plus d’un sur quatre. Travailler au contact des soins et connaître l’intérêt du vaccin ne protège pas de la peur. L’argument rationnel ne suffit donc pas à la traiter, ce qui est cohérent avec la définition même d’une phobie : la personne sait que sa réaction est disproportionnée, et cela ne la réduit pas.

Un second jeu de données donne l’ordre de grandeur en santé publique. Une enquête britannique menée en janvier et février 2021 auprès de 15 014 adultes, échantillonnés par quotas sur l’âge, le sexe, l’origine, le revenu et la région, a dépisté une phobie de type sang-injection-blessure chez 26,2 % des répondants. Chez eux, l’hésitation à se faire vacciner contre la Covid-19 atteignait 22,0 %, contre 11,5 % chez les autres, soit un rapport de cotes de 2,18. Les auteurs estiment que la disparition de ces peurs éviterait environ 10 % de l’ensemble des cas d’hésitation vaccinale.

Chez l’enfant, une revue systématique publiée dans Vaccine en 2022 a agrégé 45 estimations issues de 26 études. La douleur de l’injection ou la peur de l’aiguille sont citées comme motif de non-vaccination dans 5 à 13 % des cas en population générale, et dans 8 à 28 % des cas chez les enfants déjà sous-vaccinés.

Le renoncement ne s’arrête pas au vaccin. Il touche les bilans sanguins repoussés d’année en année, les traitements injectables espacés sans en parler au médecin, et les soins dentaires, où l’anesthésie locale est parfois le seul véritable obstacle, un motif qui recoupe largement la peur du dentiste.

D’où vient cette peur

Elle commence presque toujours dans l’enfance. Les auteurs de la recommandation canadienne sur la douleur des injections sont explicites sur ce point : une douleur non prise en charge lors des gestes de l’enfance expose à un dommage à long terme, précisément le développement d’une peur des aiguilles et d’un évitement des soins. Le geste banal mal vécu à cinq ans produit l’adulte qui repousse sa prise de sang à quarante.

Trois voies d’apprentissage se combinent le plus souvent. L’expérience directe d’abord : une piqûre douloureuse, un prélèvement raté, plusieurs tentatives. L’observation ensuite : un parent qui exprime sa propre appréhension avant le rendez-vous, une scène vue à l’hôpital. Le récit enfin : ce qu’on raconte de l’aiguille avant même de l’avoir vue.

Puis l’évitement s’installe, et c’est lui qui entretient le trouble. Chaque rendez-vous annulé apporte un soulagement immédiat, qui renforce le réflexe d’annuler la fois suivante. La peur n’a jamais l’occasion d’être démentie par l’expérience, et l’échéance repoussée devient plus lourde à mesure qu’elle approche. C’est le mécanisme qui rend les phobies spécifiques si stables dans le temps, et c’est aussi celui que toutes les prises en charge efficaces cherchent à casser.

Ce que recommandent les sociétés savantes au moment de la piqûre

Une recommandation de pratique clinique existe, publiée en 2015 dans le Journal de l’Association médicale canadienne par l’équipe HELPinKids&Adults. Elle a traité 49 questions cliniques selon les méthodes AGREE II et GRADE, et couvre tous les âges de la vie. Aucune page française grand public ne la cite, alors qu’elle répond exactement à la question que se pose le lecteur avant un rendez-vous.

Recommandation fortePour quiConfiance dans l’estimation de l’effet
Ne pas pratiquer d’aspiration lors d’une injection intramusculaireTous les âgesTrès basse
Injecter le vaccin le plus douloureux en dernierTous les âgesModérée
Rester assis plutôt qu’allongé pendant l’injectionÀ partir de 3 ans, et adultesBasse
Appliquer un anesthésique local avant le gesteJusqu’à 12 ansTrès basse
Allaiter pendant l’injectionJusqu’à 2 ansTrès basse
Donner une solution sucrée avant l’injectionJusqu’à 2 ansModérée
Tenir l’enfant dans les bras plutôt que l’allongerJusqu’à 3 ansTrès basse
Assurer la présence du parent pendant le gesteJusqu’à 10 ansTrès basse
Informer la personne sur la gestion de la douleur le jour mêmeÀ partir de 3 ans, et adultesTrès basse

Plusieurs de ces recommandations sont fortes tout en reposant sur une confiance très basse dans l’estimation de l’effet, et ce n’est pas une contradiction. Le groupe a considéré que la douleur d’un geste médical est un dommage évitable, et qu’un bénéfice même modeste justifie de recommander une mesure qui ne coûte rien et ne présente pas de risque. La lecture honnête est donc celle-ci : ces gestes valent la peine d’être demandés, sans en attendre de transformation.

La même équipe a formalisé un plan d’action tenant en quatre mots, connu sous l’acronyme anglais CARD : confort, aide, relaxation, distraction. L’idée est d’organiser le rendez-vous avant, pendant et après plutôt que de le subir : arriver installé et non pressé, poser ses questions pour savoir exactement ce qui va se passer, prévoir de quoi occuper son attention, et dire au soignant qu’on a peur au lieu de le cacher.

Une réserve importante sur la position assise. Cette recommandation vise à réduire la douleur et la peur pendant une vaccination ; elle ne dit rien du cas particulier de la personne qui a déjà perdu connaissance lors d’un prélèvement, pour qui la conduite à tenir se décide avec le soignant qui réalise le geste. Chez l’enfant, l’ensemble de ces mesures se combine avec un accompagnement adapté à son âge, et l’hypnose avec les enfants suit la même logique de préparation.

Ce qui est recommandé quand la peur est déjà installée

La recommandation précédente concerne le geste. Une seconde, publiée en 2016 dans Cognitive Behaviour Therapy par Meghan McMurtry et son équipe, porte précisément sur les personnes très effrayées par les aiguilles, celles qui reportent ou refusent les soins. Elle formule deux recommandations fortes.

La première : l’exposition graduée en situation réelle est recommandée pour les enfants à partir de sept ans et pour les adultes. Il s’agit d’approcher progressivement ce qui fait peur, du plus lointain au plus proche, sans jamais franchir le seuil où la personne décroche. La seconde : pour ceux qui refusent l’exposition en situation réelle, l’exposition non réelle, en imagination ou sur écran, est recommandée plutôt que rien.

Ce qui a été mesuréPopulation (effectif)Taille d’effetÀ distance
Exposition en situation réelleEnfants de 7 ans et plus (234)-1,71 [-2,72 ; -0,70]Non mesuré
Exposition en situation réelleAdultes (20)-1,09 [-2,04 ; -0,14]-0,28 [-1,16 ; 0,60] à 1 an
Exposition en imagination ou sur écranEnfants (41)-0,88 [-1,70 ; -0,05]-0,89 [-1,73 ; -0,04] à 3 mois (24 sujets)
Exposition en imagination ou sur écranAdultes (68)-0,62 [-1,11 ; -0,14]Non mesuré
Tension appliquée, sur l’évanouissementAdultes (20)-1,16 [-2,12 ; -0,19]-0,97 [-1,91 ; -0,03] à 1 an

Clé de lecture : une valeur négative signale une amélioration, et l’intervalle entre crochets donne la fourchette dans laquelle se situe vraisemblablement l’effet réel. Quand cet intervalle contient zéro, comme pour l’exposition chez l’adulte à un an, le résultat n’est plus distinguable de l’absence d’effet.

Deux choses sautent aux yeux dans ce tableau. Les effectifs sont minuscules, vingt adultes pour la ligne la plus citée. Et l’effet chez l’adulte ne se maintient pas à un an. Les auteurs de la recommandation l’écrivent sans détour : la preuve incluse est, en moyenne, de très basse qualité. C’est l’état du champ, pas un défaut de cette revue.

La même revue a comparé une séance unique à un protocole plus long : l’avantage du protocole long est net juste après le traitement, à -0,66 [-1,08 ; -0,24] sur 93 sujets, et il a lui aussi disparu un an plus tard, à -0,37 [-0,87 ; 0,13] sur 83 sujets. Ce résultat décrit le protocole d’essais publiés, il ne dit rien de la durée d’un accompagnement, qui ne se décide qu’après avoir reçu la personne.

Où se situe l’hypnose dans cette littérature

Il faut commencer par ce qui ne nous arrange pas. Aucune des deux recommandations de pratique clinique citées plus haut ne recommande l’hypnose. Celle de 2016, qui porte pourtant exactement sur notre lecteur, ne retient que l’exposition graduée. C’est le traitement de première intention, et une page de cabinet qui laisserait entendre le contraire tromperait son lecteur.

Ce qui existe, en revanche, c’est une mesure. La revue Cochrane de référence sur les interventions psychologiques pendant les gestes avec aiguille chez l’enfant et l’adolescent a été mise à jour en 2018 : 59 essais randomisés, 5 550 participants, dont huit essais consacrés à l’hypnose.

InterventionCritère mesuréTaille d’effetEssais / sujetsQualité de preuve
HypnoseDétresse rapportée par l’enfant-2,53 [-3,93 ; -1,12]5 / 176Très basse
HypnoseDouleur rapportée par l’enfant-1,40 [-2,32 ; -0,48]5 / 176Très basse
HypnoseDouleur observée par un tiers-0,38 [-1,57 ; 0,81]2 / 69Non concluant
DistractionDouleur rapportée par l’enfant-0,56 [-0,78 ; -0,33]30 / 2 802Très basse à basse
Thérapie cognitivo-comportementaleDouleur observée par un tiers-0,52 [-0,73 ; -0,30]4 / 385Très basse à basse
Réalité virtuelleDouleur et détresseAucune preuve, version 2013 de la revue

Les tailles d’effet de l’hypnose sont les plus grandes de toute la revue. C’est exactement le genre de chiffre qu’un site de cabinet met volontiers en avant tout seul, et il faut donc dire le reste dans la même phrase : ces résultats reposent sur cinq essais et 176 enfants, la revue classe leur qualité en très basse, l’hypnose ne montre aucun effet sur la douleur observée par un tiers, et l’ensemble porte sur des enfants et des adolescents qui subissent un geste, non sur des adultes phobiques. Une grande taille d’effet mesurée sur un petit nombre d’essais fragiles n’est pas une preuve solide : c’est une piste sérieuse.

La dernière ligne du tableau mérite d’être retenue elle aussi, et elle demande une précision de source. C’est la version 2013 de cette même revue Cochrane qui conclut qu’aucune preuve n’était alors disponible pour la réalité virtuelle sur ce type de geste ; la mise à jour de 2018 ne la fait pas davantage figurer parmi les interventions dont l’efficacité est établie. Plusieurs pages françaises très bien placées la présentent pourtant comme donnant de bons résultats.

Un point relie tout de même les deux littératures. La recommandation de 2016 prévoit, pour les personnes qui refusent d’approcher réellement une aiguille, une exposition en imagination ou sur écran, et elle la recommande fortement. Le travail hypnotique sur ce type de peur consiste largement à cela : approcher la situation redoutée en imagination, dans un état de détente suffisant pour que l’approche reste tenable, et refaire le trajet jusqu’à ce qu’il cesse de déclencher la réaction. Ce n’est pas une preuve d’efficacité de l’hypnose, c’est une convergence de mécanisme, et c’est ainsi qu’il faut la lire.

Ce sur quoi porte le travail en séance

Le premier rendez-vous sert à situer le problème plutôt qu’à le traiter, parce que « peur des aiguilles » recouvre des situations très différentes.

Le travail lui-même reprend la logique de l’exposition en imagination : reconstituer la scène par étapes, du trajet vers le cabinet médical jusqu’au moment du geste, en s’arrêtant à chaque marche tant qu’elle reste supportable. S’y ajoutent la respiration, dont on a vu qu’elle joue un rôle dans le malaise, et l’orientation de l’attention pendant les quelques secondes qui comptent.

L’hypnose ne remplace ni le geste, ni le soignant qui le réalise, ni la prise en charge proposée par votre médecin. Elle intervient en complément, sur ce qui se passe dans la tête avant et pendant le rendez-vous. Pour les interventions plus lourdes, il existe un autre usage documenté de l’hypnose, au bloc opératoire, décrit sur notre page consacrée à l’opération sous hypnose.

Quand ce n’est pas l’aiguille, le vrai sujet

Plusieurs situations ressemblent à cette phobie sans en être une, et elles n’appellent pas le même travail.

Un dernier point qui relève du médecin et non du praticien en hypnose : un malaise répété lors d’un prélèvement mérite un avis, ne serait-ce que pour ne pas mettre sur le compte de la peur ce qui pourrait relever d’autre chose.

Pour aller plus loin avec l’hypnose

Cette peur appartient à une famille plus large, présentée sur notre page consacrée aux peurs et phobies. Quand l’appréhension déborde du seul rendez-vous médical et s’installe en fond, c’est plutôt du côté de l’anxiété et des crises d’angoisse qu’il faut regarder. Et si vous voulez en parler avant de décider quoi que ce soit, notre page de contact est là pour ça.

Sources

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William Charron s’intéresse depuis de nombreuses années à l’hypnose et à ses applications thérapeutiques.

William Charron

Passionné par le bien-être et le développement personnel, je m’intéresse depuis de nombreuses années à l’hypnose et à ses applications thérapeutiques.

  • Comment s'appelle la phobie des aiguilles ?

    Deux graphies circulent en français pour la désigner, bélénophobie et bélonéphobie, cette dernière étant formée sur le grec belónê, l’aiguille. Un troisième nom, la trypanophobie, s’emploie dans la littérature scientifique. Les classifications psychiatriques ne retiennent aucun de ces termes et rangent le trouble parmi les phobies spécifiques, dans le sous-type sang-injection-blessure.

  • La peur des aiguilles s'aggrave-t-elle avec l'âge ?

    Non, c’est l’inverse. La revue systématique de référence, qui a rassemblé 119 travaux, conclut que la peur des aiguilles décroît quand l’âge augmente : elle concerne la majorité des enfants, 20 à 50 % des adolescents et 20 à 30 % des jeunes adultes. Cela ne veut pas dire qu’elle disparaît toute seule chez l’adulte, seulement que son pic se situe dans l’enfance.

  • Est-ce qu'on s'évanouit forcément quand on a peur des aiguilles ?

    Non. La réaction dite en deux temps, celle qui conduit au malaise, a été observée chez jusqu’à 20 % des personnes phobiques du sang, des injections et des blessures, et chez 26,6 % des sujets témoins d’une même étude. L’évanouissement n’est donc ni la règle chez les personnes phobiques, ni le signe d’une phobie chez les autres. Quand il se produit, c’est plutôt du côté de la peur du sang qu’il faut regarder.

  • Que faire avant une prise de sang quand on a peur des aiguilles ?

    Prévenir le soignant plutôt que cacher sa peur, arriver en avance pour ne pas ajouter la précipitation, demander ce qui va se passer, prévoir de quoi occuper son attention et ne pas regarder le geste. La recommandation clinique de référence conseille aussi de rester assis plutôt qu’allongé pendant une vaccination, et prévoit l’application d’un anesthésique local chez l’enfant. Si vous avez déjà perdu connaissance lors d’un prélèvement, dites-le : la conduite à tenir n’est alors plus la même et se décide avec le soignant.

  • L'hypnose est-elle efficace contre la peur des aiguilles ?

    Les recommandations de pratique clinique du domaine placent en première intention l’exposition graduée, pas l’hypnose. La revue Cochrane de référence, qui porte sur les enfants et adolescents subissant un geste avec aiguille, mesure pour l’hypnose les plus grandes tailles d’effet de tout le champ sur la douleur et la détresse rapportées, mais sur cinq essais et 176 participants seulement, avec une qualité de preuve classée très basse et aucun effet démontré sur la douleur observée par un tiers. L’accompagnement se conçoit donc en complément d’une prise en charge médicale, jamais à sa place.

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