Perdre quelqu’un ne se répare pas. Le chagrin qui suit une mort n’est pas un dysfonctionnement à corriger, et la question n’est pas de le faire passer plus vite. C’est une réaction ordinaire à une perte, et chez la plupart des personnes il évolue sans aucun traitement.
Cette page sépare ce qui relève de ce chemin ordinaire et ce que la médecine a fini par identifier comme un trouble à part entière. Elle dit ce que la recherche a mesuré sur chacun, ce qu’une séance d’hypnose travaille concrètement, et où en sont réellement les preuves sur cette question précise. Elle dit aussi ce qu’on ignore, parce que c’est une part importante de la réponse.
Le deuil n’est pas une maladie
Le chagrin, la fatigue, la colère, les larmes qui reviennent sans prévenir des mois après, l’impression par moments que la personne va pousser la porte : rien de tout cela n’est anormal. Le deuil se vit par vagues plutôt qu’en pente régulière, et ces vagues se déclenchent souvent sur des détails ordinaires, une odeur, une chanson, une date.
Cette distinction compte parce qu’elle change ce qu’on vient chercher. Accompagner un deuil ne consiste pas à le raccourcir, et un chagrin qui dure n’est pas en soi le signe que quelque chose s’est mal passé. La majorité des personnes endeuillées traversées par ces vagues n’ont besoin ni d’un diagnostic ni d’une thérapie.
Ce qui soutient le plus grand nombre reste d’ailleurs ce dont on parle le moins dans les pages consacrées au sujet : l’entourage, la possibilité de raconter la personne disparue à quelqu’un qui écoute, les rituels collectifs, et le temps. Consulter n’est pas pour autant un aveu de faiblesse ni le signe qu’on aurait échoué quelque part. C’est utile quand quelque chose s’est figé, et les pages qui suivent décrivent à quoi cela ressemble.
Quand le chagrin devient un trouble reconnu
Il existe cependant une forme de deuil qui s’installe et empêche de vivre. Elle porte désormais un nom et des critères : le trouble du deuil prolongé. Il a été ajouté au manuel diagnostique américain DSM-5-TR en 2022, et figure également dans la classification internationale des maladies de l’Organisation mondiale de la santé. Le critère central est la persistance : un deuil dont l’intensité aiguë se maintient au-delà d’un an, avec un retentissement sur la vie quotidienne.
Sur la fréquence, deux méta-analyses donnent des ordres de grandeur très différents selon les circonstances du décès, et il vaut la peine de les lire avec leurs réserves.
| Population étudiée | Proportion concernée | Base de la mesure |
|---|---|---|
| Adultes endeuillés, décès de cause naturelle | 9,8 % (intervalle de confiance à 95 % : 6,8 à 14,0) | Méta-analyse de 14 études, Lundorff et coll., 2017 |
| Adultes endeuillés après une mort violente ou accidentelle | 49 % (intervalle de confiance à 95 % : 33,6 à 65,4) | Méta-analyse de 25 études, Djelantik et coll., 2021 |
Ces deux chiffres ne se comparent pas terme à terme. Le premier porte sur des deuils de cause naturelle et ses auteurs signalent eux-mêmes une hétérogénéité importante entre les études retenues. Le second porte sur les décès par accident, catastrophe, suicide ou homicide, et ses auteurs demandent explicitement qu’il soit interprété avec prudence pour la même raison. Ce qu’ils établissent ensemble est plus solide que chacun séparément : les circonstances de la mort pèsent lourdement sur le risque.
Une nuance importante accompagne ce diagnostic. Des travaux récents en anthropologie médicale rappellent que la durée attendue du deuil, l’intensité des émotions qu’on juge acceptable et le fait de continuer à percevoir la présence du défunt varient fortement d’une culture à l’autre. Le manuel lui-même prévoit que les symptômes doivent dépasser les normes du contexte de la personne. Autrement dit, le seuil d’un an n’est pas un chronomètre, et personne ne devrait se diagnostiquer soi-même à partir d’une date.
Ce que le modèle des étapes ne dit pas
Le déni, la colère, le marchandage, la dépression, l’acceptation : ce découpage en cinq étapes est probablement la chose la plus connue au sujet du deuil. Il est enseigné, repris partout, et beaucoup de personnes s’en servent pour évaluer si elles avancent correctement.
Il a pourtant été mis à l’épreuve. Une étude publiée dans le Journal of the American Medical Association a suivi 233 personnes endeuillées, d’un à vingt-quatre mois après la perte, en mesurant à intervalles réguliers les cinq indicateurs que le modèle prédit. Les résultats ne confirment le modèle qu’en partie. L’incrédulité n’était pas l’état dominant au départ, l’acceptation était au contraire l’item le plus souvent rapporté tout au long du suivi, et c’est le manque de l’autre, plus que la colère ou la dépression, qui dominait les émotions douloureuses du premier au vingt-quatrième mois. En revanche, une fois les mesures ramenées à la même échelle, chaque indicateur atteignait son maximum dans l’ordre prévu par le modèle, et les trois réactions douloureuses culminaient dans les six premiers mois environ. Autrement dit, le modèle décrit assez bien les pics d’une moyenne, mais pas la succession d’étapes que vit chacun.
La conséquence pratique est simple : personne ne doit à son deuil de passer par des étapes dans l’ordre. Ne pas ressentir de colère, ou éprouver de l’acceptation dès les premières semaines sans que le manque disparaisse pour autant, ne signifie pas qu’on s’y prend mal. L’origine de ce découpage, ce que son autrice en a dit elle-même et les modèles proposés à la place sont détaillés dans une page consacrée aux étapes du deuil.
Ce que la recherche a réellement mesuré
C’est ici que la plupart des pages consacrées au sujet deviennent vagues. Autant l’écrire nettement : sur l’hypnose et le deuil, les données cliniques sont très rares.
Une recherche dans la base biomédicale PubMed croisant l’hypnose et le deuil prolongé renvoie une seule référence, et ce n’est pas un essai : c’est l’éditorial d’un numéro spécial de revue consacré à l’hypnothérapie ericksonienne, qui constate lui-même que la recherche rigoureuse est très en retard sur la pratique. En élargissant à l’ensemble des essais portant sur l’hypnose et le deuil, on trouve trois références, dont une seule correspond à un essai randomisé ayant réellement inclus de l’hypnothérapie auprès de personnes endeuillées.
Cet essai date de 1989. Il a porté sur 112 personnes présentant des troubles post-traumatiques sévères à la suite d’un deuil, d’une agression ou d’un accident de la route survenu dans les cinq années précédentes. Trois prises en charge, dont l’hypnothérapie, ont été comparées à un groupe en liste d’attente : les personnes traitées présentaient significativement moins de symptômes liés au traumatisme que celles du groupe témoin.
Il faut le lire pour ce qu’il est. Ce qui était mesuré était la symptomatologie post-traumatique, pas le deuil comme tel ; l’échantillon mélangeait des causes très différentes ; et le travail a plus de trente-cinq ans. Aucun essai clinique moderne n’a testé l’hypnose sur le trouble du deuil prolongé tel qu’il est défini aujourd’hui.
Cela ne veut pas dire qu’une séance ne sert à rien. Cela veut dire que personne n’est en mesure de promettre un résultat chiffré sur cette indication, et que toute page qui le fait invente. Le contraste avec la prise en charge de référence est net : la thérapie spécifiquement conçue pour le deuil prolongé, d’orientation cognitive et comportementale, a été évaluée dans des essais randomisés contre placebo réunissant plusieurs centaines de patients.
Ce qu’une séance travaille concrètement
Une séance ne porte pas sur la perte, qui n’est pas modifiable, mais sur la façon dont certains souvenirs sont vécus au présent. C’est une distinction qui change beaucoup de choses à l’attente qu’on peut en avoir.
Ce sur quoi le travail porte habituellement :
- Les images intrusives, en particulier la scène de l’annonce ou celle de l’hôpital, qui reviennent en boucle sans qu’on puisse les arrêter.
- Le sommeil, très souvent désorganisé après un décès, et les réveils nocturnes.
- La culpabilité, notamment le sentiment de ne pas en avoir fait assez ou de n’avoir pas été là au bon moment.
- La capacité à évoquer la personne, à regarder une photo ou à parler d’elle sans être submergé.
- L’évitement des lieux, des objets et des dates, qui soulage sur le moment et entretient la difficulté à plus long terme.
Le déroulé n’a rien de spectaculaire. Un premier rendez-vous sert surtout à comprendre la situation, le lien avec la personne décédée et ce qui bloque aujourd’hui. Le travail lui-même se fait dans un état d’attention particulière, où la personne reste consciente, entend tout et garde la main. Il n’est jamais question d’effacer un souvenir ni d’atténuer l’attachement.
Hypnose, thérapie du deuil, suivi médical : ce qui les distingue
Ces approches ne visent pas la même chose et ne disposent pas du même niveau de preuve sur cette indication précise. Le tableau ci-dessous sépare les deux questions, parce qu’on les confond souvent.
| Approche | Ce qu’elle vise en priorité | Niveau de preuve sur le deuil prolongé |
|---|---|---|
| Thérapie du deuil prolongé, d’orientation cognitive et comportementale | L’évitement et les pensées entretenant le blocage, avec un travail progressif sur le récit de la perte | Évaluée dans plusieurs essais randomisés contre placebo, sur des effectifs de plusieurs centaines de patients |
| Hypnose thérapeutique | Le vécu des images intrusives, le sommeil, la culpabilité, la capacité à évoquer la personne | Aucun essai clinique moderne sur cette indication ; une seule étude randomisée ancienne, portant sur les symptômes post-traumatiques |
| Accompagnement par un médecin traitant ou un psychiatre | Le repérage d’une dépression ou d’un risque suicidaire associé, et la coordination du suivi | Prise en charge de référence dès qu’un trouble associé est suspecté |
Ces approches ne s’opposent pas. Un accompagnement par l’hypnose peut se mener en parallèle d’un suivi médical, et c’est même la règle dès qu’un traitement est en cours.
Les signes qui imposent un avis médical
Certaines situations relèvent d’un médecin avant toute autre démarche, et il n’y a aucune raison d’attendre :
- Des pensées suicidaires, ou l’idée de rejoindre la personne décédée.
- Une perte de poids importante, ou l’impossibilité de s’alimenter correctement.
- Une consommation d’alcool ou de médicaments qui augmente depuis le décès.
- L’impossibilité de reprendre une activité ou de s’occuper de ses proches au-delà de plusieurs mois.
- Un deuil dont l’intensité aiguë ne diminue pas après un an.
En cas de détresse immédiate, le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement 24 heures sur 24.
Pour aller plus loin avec l’hypnose
D’autres pages de ce site traitent de difficultés qui accompagnent souvent un deuil, sans se confondre avec lui :
- l’accompagnement du stress, de l’angoisse et de l’anxiété, souvent réveillés par une perte ;
- la douleur liée à une séparation, qui est une perte d’une autre nature et se travaille différemment ;
- les troubles du sommeil et l’insomnie, très fréquents dans les mois qui suivent un décès ;
- l’accompagnement de la dépression, à distinguer du deuil lui-même ;
- la gestion des émotions au quotidien.
Si vous envisagez une séance, nos repères pour choisir un praticien détaillent ce qu’il est légitime de demander avant un premier rendez-vous.
Sources
- Lundorff M, Holmgren H, Zachariae R, Farver-Vestergaard I. Prevalence of prolonged grief disorder in adult bereavement: a systematic review and meta-analysis. Journal of Affective Disorders, 2017. doi.org/10.1016/j.jad.2017.01.030
- Djelantik AAAMJ, Smid GE, Mroz A, Kleber RJ. The prevalence of prolonged grief disorder in bereaved individuals following unnatural losses. Journal of Affective Disorders, 2021. doi.org/10.1016/j.jad.2020.01.034
- Maciejewski PK, Zhang B, Block SD, Prigerson HG. An empirical examination of the stage theory of grief. JAMA, 2007. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/17312291
- Brom D, Kleber RJ, Defares PB. Brief psychotherapy for posttraumatic stress disorders. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 1989. doi.org/10.1037/0022-006X.57.5.607
- Posttraumatic distress symptoms and their response to treatment in adults with prolonged grief disorder. Journal of Clinical Psychiatry, 2021. doi.org/10.4088/JCP.20m13576
L'hypnose peut-elle aider à faire son deuil ?
Elle ne travaille pas sur la perte, qui n’est pas modifiable, mais sur la façon dont certains souvenirs sont vécus au présent : images intrusives, sommeil désorganisé, culpabilité, difficulté à évoquer la personne sans être submergé. Il faut savoir qu’aucun essai clinique moderne n’a mesuré son effet sur le deuil prolongé : personne ne peut donc promettre un résultat chiffré sur cette indication.
Combien de temps dure un deuil normal ?
Il n’y a pas de durée attendue, et le deuil évolue par vagues plutôt qu’en pente régulière. Le repère d’un an utilisé par les classifications médicales ne dit pas quand un deuil devrait être fini : il sert à repérer les situations où l’intensité aiguë se maintient et empêche de vivre, ce qui concerne une minorité de personnes endeuillées.
Qu'est-ce que le trouble du deuil prolongé ?
C’est un diagnostic ajouté au manuel DSM-5-TR en 2022 et présent dans la classification de l’Organisation mondiale de la santé. Il désigne un deuil dont l’intensité aiguë persiste au-delà d’un an avec un retentissement sur la vie quotidienne. Une méta-analyse de 2017 l’estime à 9,8 % des adultes endeuillés après un décès de cause naturelle, une proportion nettement plus élevée après une mort violente ou accidentelle.
Faut-il passer par les cinq étapes du deuil ?
Non. Ce découpage a été mis à l’épreuve dans une étude de suivi portant sur 233 personnes endeuillées, publiée dans le JAMA : les indicateurs ne se succèdent pas dans l’ordre annoncé, l’acceptation est l’item le plus souvent rapporté dès le début, et c’est le manque de l’autre qui domine les émotions douloureuses pendant deux ans. Ne pas ressentir de colère ou de déni ne signifie pas qu’on fait son deuil de travers.
Quand faut-il consulter un médecin après un décès ?
Sans attendre en cas de pensées suicidaires, de perte de poids importante, d’augmentation de la consommation d’alcool ou de médicaments, d’impossibilité de reprendre une activité au-delà de plusieurs mois, ou si l’intensité aiguë du deuil ne diminue pas après un an. En cas de détresse immédiate, le 3114 est joignable gratuitement 24 heures sur 24.





