Les étapes du deuil les plus connues sont les cinq décrites par la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross en 1969 : le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation. Elle les avait observées chez des malades en fin de vie, et non chez des personnes endeuillées. Les études menées depuis montrent qu’elles ne se succèdent pas comme les marches d’un escalier : le manque de la personne disparue domine, l’acceptation est présente dès le premier mois, et les modèles actuels décrivent un aller-retour plutôt qu’une progression.

Cette page reprend chaque étape telle qu’on la décrit aujourd’hui, puis remonte à la source : ce que Kübler-Ross a réellement dessiné dans son livre, ce qu’elle en a dit ensuite, ce que les chercheurs ont mesuré chez des centaines de personnes en deuil, et le modèle qu’ils proposent à la place. Elle indique aussi combien de temps peut durer un deuil, et à partir de quand il est utile de consulter.

Points clés

  • Les cinq étapes, déni, colère, marchandage, dépression et acceptation, viennent d’observations faites auprès de plus de deux cents patients mourants, publiées en 1969.
  • Le schéma du livre de Kübler-Ross comptait dix bandes qui se chevauchent, dont l’espoir sur toute la durée : la liste en cinq points n’en est qu’un résumé.
  • Chez 233 personnes endeuillées suivies pendant deux ans, le manque du défunt était l’émotion douloureuse dominante et l’acceptation l’état le plus souvent rapporté, dès le premier mois.
  • Parmi les modèles proposés à la place, celui du double processus décrit un aller-retour entre le travail sur la perte et la reconstruction du quotidien, avec des pauses.
  • Un deuil n’a pas de durée normale. Un manque intense qui dure au-delà d’un an chez l’adulte, avec un retentissement sur la vie quotidienne, justifie un avis médical.

Les cinq étapes du deuil, une par une

Les descriptions qui suivent sont celles que l’on retrouve aujourd’hui dans la plupart des ouvrages et des associations d’accompagnement. Elles décrivent des réactions possibles, que beaucoup de personnes reconnaissent, et non un programme à suivre. Une personne peut en vivre plusieurs en même temps, en sauter une, ou revenir à une étape qu’elle croyait derrière elle.

Le déni, ou l’incrédulité

Juste après l’annonce d’un décès, beaucoup de personnes décrivent un sentiment d’irréalité : la nouvelle est entendue, mais elle ne « rentre » pas. On continue d’agir comme si rien n’avait changé, on s’attend à voir la personne revenir, on s’occupe des démarches avec une efficacité qui surprend l’entourage. Ce n’est pas de l’indifférence. C’est une façon de recevoir la perte par petites quantités, le temps de pouvoir l’encaisser.

La colère

La colère peut viser les soignants, un proche, le destin, la personne disparue elle-même, ou soi. Elle s’accompagne souvent d’un sentiment d’injustice et de questions sans réponse : pourquoi lui, pourquoi maintenant, pourquoi personne n’a rien vu. Elle surprend parce qu’elle ne correspond pas à l’image que l’on se fait du chagrin, et certaines personnes s’en veulent de la ressentir. Elle n’est pourtant ni rare ni honteuse, et elle n’est pas obligatoire non plus.

Le marchandage

Le marchandage désigne les tentatives de négocier avec la réalité. Chez les malades qu’observait Kübler-Ross, il touchait au temps qui restait. David Kessler, qui a adapté les étapes au deuil, le décrit avant la perte comme une promesse faite pour que l’être aimé soit épargné, et après comme un dédale de « si seulement » et de « et si » : si seulement j’avais appelé ce jour-là, si seulement on avait consulté plus tôt. On rejoue la scène en changeant un détail, comme si cela pouvait changer la fin. Cette étape nourrit souvent la culpabilité.

La dépression, ou plutôt la tristesse

Quand la réalité de la perte s’impose, la tristesse prend le dessus : fatigue, envie de s’isoler, perte d’intérêt pour ce qui comptait, pleurs qui surgissent sans prévenir. Le mot « dépression » prête à confusion, car cette tristesse du deuil n’est pas une maladie. La dépression au sens médical est un trouble distinct, qui peut survenir après un décès et qui se soigne : un médecin sait faire la différence, et il ne faut pas hésiter à lui poser la question.

L’acceptation

L’acceptation ne veut pas dire que l’on va bien, ni que l’on a oublié. Elle désigne le fait d’intégrer que la perte est définitive, et de commencer à organiser sa vie avec cette absence. Elle cohabite souvent avec la tristesse pendant longtemps. Contrairement à ce que laisse croire la liste, elle n’arrive pas forcément à la fin : dans la principale étude sur le sujet, c’était l’état le plus souvent rapporté dès le premier mois.

ÉtapeCe que l’on peut ressentirCe qu’a observé l’étude de Yale (233 personnes, 2007)
Déni, incrédulité« Ce n’est pas possible », sentiment d’irréalitéAu plus haut le premier mois, puis en baisse
ColèreInjustice, reproches envers les autres ou envers soiPic moyen vers le cinquième mois
Marchandage« Si seulement », scénarios refaits en boucleNon mesuré dans cette étude
DépressionTristesse, retrait, fatiguePic moyen vers le sixième mois
AcceptationIntégrer que la perte est définitiveÉtat le plus souvent rapporté, en hausse tout au long du suivi
Le manque (absent de la liste)Penser sans cesse à la personne, la chercherÉmotion douloureuse dominante, du premier au vingt-quatrième mois

D’où viennent ces étapes : des malades en fin de vie

Elisabeth Kübler-Ross était une psychiatre d’origine suisse installée aux États-Unis. En 1965, elle commence à l’Université de Chicago un séminaire fondé sur des entretiens avec des patients atteints d’une maladie mortelle. De ces entretiens naît en 1969 son livre « On Death and Dying », traduit en français sous le titre « Les derniers instants de la vie ».

Le livre s’appuie sur le contact avec plus de deux cents patients mourants. Il ne s’agit pas d’une étude au sens scientifique : le chercheur Colin Murray Parkes, dont les travaux portent sur le deuil, l’a décrit comme un recueil d’études de cas sous la forme de conversations avec des malades. Les étapes décrivent ce que traversaient ces patients face à leur propre mort, pas ce que vit une famille après un décès.

Kübler-Ross notait déjà, dans le même livre, que les proches traversaient des réactions comparables pendant la maladie, avant la perte. C’est ce pont qui a permis, plus tard, de transposer la liste à toutes les personnes endeuillées. Le glissement s’est fait progressivement, au point que l’on présente souvent aujourd’hui les étapes du deuil comme une description de ce que vivent les familles.

L’idée de phases du deuil n’est d’ailleurs pas née avec elle. Selon Parkes, elle remonte aux observations de John Bowlby, à l’origine de la théorie de l’attachement, et de James Robertson sur de jeunes enfants séparés de leur mère, publiées en 1952, que Bowlby et Parkes ont ensuite appliquées aux adultes endeuillés. Bowlby se montrait prudent : pour lui, ces phases n’étaient pas nettement délimitées, et une même personne pouvait osciller un temps de l’une à l’autre.

Ce que Kübler-Ross a réellement dessiné

La liste en cinq points est la version qui a marqué les esprits, mais elle ne correspond pas au schéma du livre. Selon la fondation qui gère aujourd’hui son œuvre, ce schéma comporte dix bandes qui se chevauchent : le choc, le déni, le déni partiel, la colère, le marchandage, le chagrin préparatoire, la dépression, l’acceptation, le détachement et l’espoir. Seules cinq d’entre elles sont numérotées, et l’espoir court sous toutes les autres, du début à la fin.

La même fondation rappelle que les éditions allemandes du livre, publiées à partir de 1971 dans la langue maternelle de l’autrice, parlent de « Phasen », des phases qui peuvent revenir ou se superposer, et non de « Stadien », des stades que l’on franchit une fois pour toutes. En français, la différence entre « étape » et « phase » porte une nuance proche, et elle n’est pas anodine pour une personne qui se demande si elle « avance » correctement.

Kübler-Ross a fait évoluer son modèle pendant une quinzaine d’années. En 1974, elle l’applique à d’autres pertes, comme la cécité ou la paralysie. En 1978, elle le dessine sous forme de cercles imbriqués, sans ordre ni numéro. Et selon la fondation, elle finit en 1980 par parler des étapes comme d’une affaire ancienne, lassée d’un public qui y cherchait une formule.

L’adaptation explicite au deuil est venue plus tard. Dans « On Grief and Grieving », publié en 2005, Kübler-Ross et David Kessler présentent les étapes appliquées aux personnes endeuillées. Kessler, qui revendique cette adaptation, insiste sur un point : les étapes ne sont pas des arrêts sur une ligne du temps, tout le monde ne les traverse pas toutes, et pas dans un ordre prescrit. Il a ensuite proposé une sixième étape, le sens que l’on finit par trouver après la perte.

Trois, quatre, sept phases : pourquoi les listes ne concordent pas

Une recherche sur les phases du deuil fait apparaître des listes de trois, quatre, cinq, sept ou neuf étapes. Certaines ajoutent le choc avant le déni, la culpabilité ou la peur au milieu, la reconstruction ou la sérénité à la fin. Les listes en sept étapes sont parfois attribuées à Kübler-Ross, alors qu’elles ne correspondent ni à sa liste en cinq points ni au schéma de son livre.

Cette diversité n’est pas un détail. Une revue publiée en 2017 par les chercheurs Margaret Stroebe, Henk Schut et Kathrin Boerner rappelle que les formulations en étapes proposées depuis les années 1970 varient dans leurs noms, l’incrédulité, l’engourdissement, le manque, le choc ou la culpabilité selon les auteurs, et dans leur nombre. Si le deuil suivait vraiment un chemin fixe, on s’attendrait à ce que ceux qui l’observent décrivent le même.

Certaines institutions ont choisi une présentation plus souple. Le gouvernement du Québec décrit ainsi quatre phases, en précisant d’emblée qu’une personne endeuillée ne les traverse pas nécessairement toutes, ni dans l’ordre, qu’elles peuvent se chevaucher et qu’on peut revenir à une phase déjà vécue :

Ce que la recherche a mesuré

Deux ans de suivi auprès de 233 personnes endeuillées

En 2007, une équipe de l’université Yale a publié dans le Journal of the American Medical Association la première mise à l’épreuve chiffrée du modèle. Elle a suivi 233 personnes ayant perdu un proche de mort naturelle, d’un à vingt-quatre mois après le décès, en mesurant cinq indicateurs : l’incrédulité, le manque, la colère, la dépression et l’acceptation. Le marchandage ne faisait pas partie des indicateurs mesurés, le manque du défunt si.

Les résultats sont plus nuancés qu’on ne le lit souvent. D’un côté, contrairement à la théorie, l’incrédulité n’était pas l’état dominant au départ : l’acceptation était l’item le plus souvent rapporté, et le manque l’émotion douloureuse dominante sur toute la durée. De l’autre, une fois les courbes ramenées à la même échelle, chaque indicateur atteignait son maximum dans l’ordre prévu : l’incrédulité le premier mois, le manque vers le quatrième, la colère vers le cinquième, la dépression vers le sixième, l’acceptation augmentant jusqu’au bout.

Ces pics sont des moyennes calculées sur l’ensemble des participants : ils ne disent pas que chaque personne passe par ces états dans cet ordre. L’étude a d’ailleurs suscité plusieurs lettres de lecteurs dans la même revue, auxquelles les auteurs ont répondu. Les auteurs en tirent surtout une indication pratique : les indicateurs douloureux culminant en moyenne dans les six premiers mois, une personne qui reste à un niveau élevé au-delà pourrait bénéficier d’une évaluation.

La résilience, trajectoire la plus fréquente

Une autre étude, publiée en 2002 par le psychologue George Bonanno et ses collègues, a eu l’avantage rare de disposer de données recueillies plusieurs années avant le décès. Elle a suivi 205 personnes dont le conjoint est ensuite décédé, puis les a revues six et dix-huit mois après la perte. Cinq trajectoires sont apparues, dont le deuil chronique, la dépression chronique et l’amélioration après le décès.

Le résultat le plus frappant est ailleurs : le parcours que les auteurs appellent le deuil commun, celui que l’on imagine typique, était relativement peu fréquent. La trajectoire la plus courante était celle que les auteurs appellent la résilience. Ne pas vivre de détresse marquée et durable après un décès n’est donc pas, en soi, le signe d’un deuil « bloqué » : dans cette étude, c’était le cas le plus répandu.

Un modèle que des chercheurs demandent de ranger

Dans leur revue de 2017, Stroebe, Schut et Boerner vont plus loin. Ils reprochent au modèle l’absence de preuves empiriques solides, son manque d’utilité pour orienter les soins et le fait qu’il n’aide pas à repérer les personnes en difficulté. Surtout, ils soulignent que l’attente de devoir passer par des étapes peut faire du tort à ceux qui ne les vivent pas, et concluent qu’il faudrait le reléguer à l’histoire.

Une analyse publiée en 2021 dans la revue Frontiers in Psychology montre pourquoi l’enjeu est concret. Ses auteurs ont examiné 72 sites consacrés au deuil, repérés par une recherche Google : 44 d’entre eux, soit 61,1 %, présentaient le modèle en cinq étapes, le plus souvent sans le critiquer ni signaler ses limites. Ils y voient un risque réel : donner l’impression que vivre ces étapes est la seule façon normale d’être en deuil.

Un modèle plus proche de la réalité : l’aller-retour

Parmi les modèles que les chercheurs proposent à la place figure le modèle du double processus. Il a été proposé en 1999 par Margaret Stroebe et Henk Schut, de l’université d’Utrecht. Il ne décrit pas une succession d’étapes mais deux types de difficultés à affronter : celles qui sont orientées vers la perte elle-même, et celles qui sont orientées vers la restauration, c’est-à-dire tout ce que la perte oblige à reconstruire dans la vie quotidienne.

Schéma du modèle du double processus : une case orientée vers la perte et une case orientée vers la restauration, reliées par des flèches d'oscillation, au-dessus d'une bande intitulée la vie quotidienne
Le modèle du double processus : la personne en deuil passe de l’un à l’autre, au fil de la vie quotidienne, au lieu de franchir des étapes.

Le cœur du modèle est l’oscillation. La personne endeuillée tantôt se confronte à la perte, tantôt la met de côté pour s’occuper d’autre chose, et c’est ce va-et-vient qui est jugé sain. Les auteurs insistent aussi sur le besoin de répit : prendre une pause, se distraire, rire un soir, ne trahit pas la personne disparue. C’est une partie normale du processus, pas une fuite.

Concrètement, une même journée peut contenir un moment où l’on regarde des photos en pleurant, un autre où l’on remplit un dossier administratif ou où l’on apprend à faire ce que l’autre faisait, et un autre encore où l’on pense à tout autre chose. Selon ce modèle, aucun de ces moments n’est en avance ou en retard sur les autres.

Une revue systématique publiée en 2021 a recensé vingt-deux études quantitatives ou mixtes consacrées à ce modèle entre 1999 et 2016. Elle conclut qu’il représente fidèlement l’expérience du deuil, tout en demandant davantage de recherches sur l’oscillation elle-même et des mesures plus homogènes d’une étude à l’autre.

Une autre idée reçue a été revue dans le même mouvement : celle qu’un deuil réussi passerait par le détachement complet de la personne disparue. Garder un lien intérieur avec elle, lui parler, se demander ce qu’elle aurait pensé, est fréquent. Stroebe, Schut et Boerner relèvent en 2010 que la littérature ne permet pas encore de dire quand ce lien maintenu aide et quand il gêne : la réponse dépend probablement de la personne et de la nature du lien.

Combien de temps dure un deuil ?

Il n’existe pas de durée normale du deuil. Les vagues de chagrin peuvent revenir des années après, à l’occasion d’un anniversaire, d’une fête de famille ou d’un détail du quotidien, sans que cela signifie que quelque chose s’est mal passé. Le gouvernement du Québec situe la phase de réorganisation entre quelques mois et quelques années, et l’étude de Yale situe en moyenne le pic des émotions douloureuses dans les six premiers mois.

Les classifications médicales ont toutefois défini un trouble du deuil prolongé, pour les cas où le deuil s’installe et empêche de vivre. La classification internationale de l’Organisation mondiale de la santé retient une durée anormalement longue, d’au moins six mois après la perte. Le manuel américain DSM-5-TR, qui l’a ajouté en mars 2022, demande chez l’adulte qu’au moins un an se soit écoulé depuis le décès, et au moins six mois chez l’enfant et l’adolescent.

Selon l’Association américaine de psychiatrie, le diagnostic suppose aussi un manque intense de la personne disparue ou une préoccupation envahissante à son sujet, et au moins trois autres symptômes presque tous les jours au cours du dernier mois, avec un deuil qui dépasse nettement les normes sociales, culturelles ou religieuses de la personne. Elle estime que 4 à 15 % des adultes endeuillés sont concernés, avec un risque plus élevé après une mort soudaine ou violente.

Ces seuils ne sont pas un chronomètre. Une enquête publiée en 2024 sur un échantillon représentatif de la population allemande montre que, parmi les 1 071 participants ayant perdu un proche, la proportion concernée varie de 4,7 à 6,8 % selon la définition retenue. C’est un médecin ou un psychologue qui pose ce diagnostic, et la page consacrée à l’accompagnement du deuil par l’hypnose détaille ce qui distingue le deuil ordinaire du deuil qui se fige.

Quand faut-il consulter ?

La plupart des deuils évoluent sans traitement, avec le soutien de l’entourage et le temps. Certaines situations justifient pourtant de demander de l’aide, sans attendre d’avoir « fini » une étape ou atteint une durée particulière :

En cas de pensées suicidaires, le 3114, numéro national de prévention du suicide, est joignable gratuitement 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, partout en France. Le médecin traitant est le premier interlocuteur pour le reste : il peut repérer une dépression associée, proposer un suivi et orienter vers un psychologue, notamment dans le cadre du dispositif Mon soutien psy de l’Assurance Maladie, qui rembourse des séances pour une souffrance psychique d’intensité légère à modérée.

Quand le deuil prolongé est installé, ce sont les thérapies cognitives et comportementales centrées sur le deuil qui disposent des preuves les plus solides. Une méta-analyse publiée en 2024 a réuni 22 essais randomisés portant sur 2 602 adultes endeuillés : elle retrouve un effet moyen sur les symptômes de deuil prolongé, tout en appelant à la prudence en raison des écarts entre les études.

Accompagner un proche sans lui imposer d’étapes

Pour l’entourage, la liste des cinq étapes a un effet pervers : elle pousse à évaluer la personne endeuillée au lieu de l’écouter. « Tu en es encore à la colère ? », « tu devrais être passé à l’acceptation » : ces phrases, même bien intentionnées, transforment un chagrin en examen à réussir. C’est précisément le risque que décrivent les chercheurs d’Utrecht.

Le modèle du double processus suggère une autre attitude, plus simple. Accepter que la personne aille bien un jour et mal le lendemain, sans y voir un recul. Proposer une aide concrète sur le versant de la restauration, les démarches, les repas, les tâches que le défunt assurait. Et ne pas s’inquiéter de la voir rire ou sortir : le répit fait partie du chemin.

On peut aussi parler de la personne disparue, prononcer son prénom, se souvenir des dates qui comptent, plutôt que d’éviter le sujet par peur de raviver la peine : c’est à la personne endeuillée de dire ce qui lui fait du bien, et cela peut changer d’un jour à l’autre. Et si un proche semble s’enfermer dans le retrait ou évoque l’envie de mourir, il est légitime de le lui dire et de l’accompagner vers un médecin.

Ces repères valent aussi au-delà d’un décès. Kübler-Ross elle-même appliquait ses étapes à d’autres pertes, et beaucoup de personnes les retrouvent après une rupture : la page consacrée à la douleur d’une séparation aborde ce deuil d’une autre nature, qui se travaille différemment.

Et l’hypnose dans tout cela ?

Autant l’écrire clairement : au 10 octobre 2026, une recherche croisant l’hypnose et les étapes du deuil dans la base médicale PubMed ne renvoie aucune référence. Une étude randomisée de 1989 a bien inclus de l’hypnothérapie auprès de personnes notamment endeuillées, mais elle mesurait des symptômes post-traumatiques, pas le deuil lui-même. Le rapport d’évaluation de l’Inserm de 2015, qui fait référence en France, retient un intérêt de l’hypnose en anesthésie et dans le syndrome de l’intestin irritable, pas dans le deuil. L’hypnose ne fait donc pas passer d’une étape à l’autre, et elle ne raccourcit pas un deuil.

Ce qu’elle peut viser, en complément d’un suivi médical ou psychologique quand il est nécessaire, tient à des difficultés précises qui accompagnent souvent la perte : un sommeil désorganisé, des pensées qui tournent en boucle, la tension qui monte à l’approche d’une date, ou la difficulté à évoquer la personne sans être submergé. Ce travail repose sur l’expérience des praticiens, pas sur des essais comparatifs.

Le premier rendez-vous sert à comprendre la situation et à vérifier que rien ne relève d’abord d’une autre prise en charge, en particulier une dépression ou des idées noires. Le déroulé, les limites et l’état des preuves sont détaillés sur la page dédiée à l’hypnose face au deuil. Quand la perte réveille une peur de la mort envahissante, c’est un sujet distinct, qui a sa propre page.

Pour aller plus loin avec l’hypnose

Plusieurs pages du site traitent de difficultés qui accompagnent souvent un deuil, et la rubrique épanouissement rassemble l’ensemble des sujets de ce type :

Sources

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William Charron s’intéresse depuis de nombreuses années à l’hypnose et à ses applications thérapeutiques.

William Charron

Passionné par le bien-être et le développement personnel, je m’intéresse depuis de nombreuses années à l’hypnose et à ses applications thérapeutiques.

  • Qu'est-ce que le marchandage dans le deuil ?

    C’est l’une des cinq étapes décrites par Elisabeth Kübler-Ross : une tentative de négocier avec la réalité. Avant la perte, il peut prendre la forme d’une promesse faite pour que l’être aimé soit épargné ; après un décès, plutôt celle de « si seulement » et de scénarios refaits en boucle, qui nourrissent souvent la culpabilité. Tout le monde ne le vit pas.

  • Combien de temps dure le déni après un décès ?

    Il n’y a pas de durée fixe. Le gouvernement du Québec situe la phase de choc et de déni entre quelques minutes et quelques semaines. Dans l’étude de Yale menée auprès de 233 personnes endeuillées, l’incrédulité était au plus haut le premier mois, puis diminuait. Un sentiment d’irréalité qui persiste longtemps et empêche de vivre mérite d’en parler à un médecin.

  • Quelle est l'étape la plus longue du deuil ?

    Aucune étape n’a de durée universelle. Dans l’étude de Yale, ce n’est pas une étape de la liste qui dominait, mais le manque de la personne disparue, présent du premier au vingt-quatrième mois. Les émotions douloureuses culminaient en moyenne dans les six premiers mois, et l’acceptation progressait tout au long du suivi.

  • Les phases du deuil s'appliquent-elles à une rupture amoureuse ?

    Kübler-Ross elle-même a appliqué ses étapes à d’autres pertes que la mort, et beaucoup de personnes reconnaissent après une rupture la colère, les « si seulement » ou la tristesse. Les mêmes réserves valent : ces réactions ne suivent pas d’ordre obligatoire. Une rupture reste une perte d’une autre nature, que l’on peut se faire aider à traverser.

  • Combien de temps dure un deuil normal ?

    Il n’existe pas de durée normale, et des vagues de chagrin peuvent revenir des années plus tard sans que ce soit anormal. Les classifications médicales parlent de trouble du deuil prolongé quand un manque intense et invalidant persiste au-delà de six mois selon l’OMS, ou d’un an chez l’adulte selon le DSM-5-TR. Seul un professionnel peut poser ce diagnostic.

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