Manger ses émotions, c’est se tourner vers la nourriture pour apaiser un ressenti (stress, ennui, tristesse, fatigue, mais aussi joie) plutôt que pour répondre à la faim. C’est un comportement très courant, qui n’est pas une maladie. Il devient un problème quand il est la seule réponse aux émotions, qu’il laisse de la culpabilité ou qu’il prend la forme de crises avec perte de contrôle : on entre alors dans le champ des troubles des conduites alimentaires, qui relèvent d’un médecin.
Cette page explique ce que recouvre l’alimentation émotionnelle, ce que la recherche a réellement mesuré (et qui contredit souvent ce qu’on lit), d’où vient ce réflexe, à quel moment il faut parler de trouble et consulter, et ce que l’on peut faire au quotidien. Elle dit enfin ce que l’hypnose peut apporter, avec les limites des données disponibles.
Points clés
- L’alimentation émotionnelle n’est pas un trouble : c’est une façon de réguler ses émotions par la nourriture, que presque tout le monde connaît.
- Le stress ne fait pas manger tout le monde : dans une enquête menée auprès de 212 étudiants, 38 % disaient manger davantage sous stress et 42 % moins.
- Une méta-analyse de 56 expériences montre que ce sont surtout les personnes qui se restreignent qui mangent plus sous le coup d’une émotion négative, et que les émotions positives font aussi manger.
- On parle d’hyperphagie boulimique quand des crises avec perte de contrôle reviennent au moins une fois par semaine depuis trois mois : c’est un trouble qui demande une prise en charge médicale.
- Nous n’avons trouvé aucun essai évaluant l’hypnose sur l’alimentation émotionnelle seule ; un essai français mené chez des adultes en obésité a observé un effet sur la perte de contrôle alimentaire, pas de différence significative de poids.
De quoi parle-t-on exactement ?
La scène est familière. Une journée tendue, un message désagréable, une soirée seul devant un écran, et la main part vers le placard sans que le ventre ait rien demandé. Le paquet de biscuits se vide en quelques minutes, souvent sans qu’on y ait vraiment goûté. Puis vient, parfois, une pointe de culpabilité qui n’arrange rien.
C’est ce que l’on appelle couramment manger ses émotions, et que les chercheurs nomment alimentation émotionnelle. L’expression désigne le fait de manger en réponse à un état émotionnel plutôt qu’à un besoin d’énergie. Elle se mesure par des questionnaires, comme le Dutch Eating Behaviour Questionnaire utilisé dans plusieurs des études citées plus bas, qui distingue trois styles de prise alimentaire : émotionnel, externe (manger parce que la nourriture est là) et restreint (contrôler ce que l’on mange pour ne pas grossir).
Ce n’est pas un diagnostic. L’alimentation émotionnelle ne figure pas parmi les troubles des conduites alimentaires décrits par la Haute Autorité de santé et l’Assurance Maladie (anorexie mentale, boulimie, hyperphagie boulimique), et manger pour se réconforter de temps en temps n’a rien d’anormal : partager un gâteau après une mauvaise nouvelle ou fêter une réussite autour d’un repas fait partie de la vie. La question n’est pas de savoir si l’on mange ses émotions, mais quelle place cela prend, et ce que cela coûte.
Ce coût peut être physique, quand ces prises alimentaires se répètent et s’ajoutent aux repas, et psychologique, quand elles laissent honte et culpabilité, ou qu’elles deviennent le seul moyen de faire baisser une tension. Plus loin, cette page détaille le point où un comportement courant devient un trouble des conduites alimentaires, et qui consulter dans ce cas.
Faim physique ou faim émotionnelle : les repères
Faire la différence entre les deux n’est pas toujours simple, surtout quand l’habitude est ancienne. Les repères ci-dessous sont des indices pour s’observer, pas un test : une même prise alimentaire peut mêler un peu de faim réelle et beaucoup d’émotion.

| Repère | Faim physique | Faim émotionnelle |
|---|---|---|
| Comment elle arrive | Progressivement, à distance du dernier repas | D’un coup, souvent après un événement ou à un moment précis de la journée |
| Ce qu’elle réclame | Plusieurs aliments conviennent | Un aliment précis, souvent sucré, gras ou croustillant |
| Ce que l’on ressent | Creux, gargouillements, baisse d’énergie | Tension, ennui, tristesse, colère, fatigue, sentiment de vide |
| Quand elle s’arrête | Quand on est rassasié | Souvent au-delà de la satiété, ou quand le paquet est vide |
| Ce qu’elle laisse | Une sensation de satiété, puis on passe à autre chose | Un soulagement bref, parfois suivi de culpabilité |
Pas seulement les émotions négatives
On associe l’alimentation émotionnelle au stress et à la tristesse. Les émotions agréables jouent pourtant un rôle comparable, et il a longtemps été négligé. En 2013, une équipe de l’université de Maastricht a provoqué une humeur joyeuse, triste ou neutre chez des étudiants, puis mesuré ce qu’ils mangeaient. Les personnes qui se décrivaient comme mangeurs émotionnels ont davantage mangé après l’humeur joyeuse qu’après l’humeur neutre, et aucun effet n’a été observé après l’humeur triste.
Ce résultat ne veut pas dire que la tristesse ne fait jamais manger. Il rappelle que la nourriture accompagne aussi la fête, la récompense et le soulagement, et que le réflexe à observer chez soi n’est pas forcément celui des soirées difficiles. Il peut aussi être celui du vendredi soir, de la fin d’un projet ou d’une nouvelle réjouissante.
Ce que la recherche a réellement mesuré
Sur ce sujet, beaucoup d’affirmations circulent sans source : le cortisol ferait systématiquement manger, le chocolat ferait baisser le stress, les émotions négatives pousseraient tout le monde vers le sucre. Les études disponibles donnent une image plus nuancée, et plus utile pour agir.
Le stress fait manger certains, et couper l’appétit à d’autres
En 1999, deux chercheurs de l’University College London ont interrogé 212 étudiants sur l’effet du stress sur leur alimentation. 73 % disaient grignoter davantage en période de stress, et consommer plus d’aliments de type en-cas, au détriment des fruits, des légumes, de la viande et du poisson.
Sur la quantité totale mangée, en revanche, les réponses se partageaient presque à égalité : 38 % mangeaient plus, 42 % mangeaient moins. Les personnes qui suivaient un régime étaient plus nombreuses à manger davantage sous stress, celles qui n’en suivaient pas à perdre l’appétit. Le stress ne pousse donc pas tout le monde vers la nourriture, et le fait d’être au régime semble peser dans la balance.
Une étude américaine de 2001 apporte une piste biologique. Cinquante-neuf femmes ont été exposées à une séance stressante et, un autre jour, à une séance neutre. Celles dont le taux de cortisol, l’hormone du stress, réagissait fortement ont mangé plus de calories le jour stressant que celles dont le cortisol réagissait peu, et elles ont consommé davantage d’aliments sucrés. Les deux groupes mangeaient autant le jour neutre.
Le cortisol joue donc un rôle, mais pas chez tout le monde de la même façon : c’est la réaction propre à chaque personne qui compte. Dans la même étude, plus l’humeur se dégradait sous l’effet du stress, plus la consommation augmentait. Ce n’est pas une fatalité hormonale, c’est une sensibilité qui varie d’une personne à l’autre.
Ceux qui se restreignent sont les plus exposés
La synthèse la plus complète sur le sujet a été publiée en 2018 par une équipe de l’université d’Utrecht. Elle a rassemblé 56 études expérimentales, portant au total sur 3 670 participants, qui provoquaient une émotion en laboratoire avant de mesurer ce que les personnes mangeaient. C’est le type d’étude qui permet de parler de cause, et pas seulement d’association.
Ses résultats bousculent plusieurs idées reçues. Les personnes qui contrôlent habituellement leur alimentation, ce que les chercheurs appellent les mangeurs restreints, mangeaient davantage après une émotion négative. En revanche, les émotions négatives ne modifiaient pas la quantité mangée chez les personnes en surpoids ou en obésité, chez celles qui souffraient d’un trouble alimentaire, ni chez celles qui se décrivaient elles-mêmes comme mangeurs émotionnels. Les émotions positives, elles, faisaient manger davantage dans tous les groupes.
Les auteurs soulignent que les études étaient très hétérogènes et qu’il faut les compléter par des observations dans la vie réelle, hors du laboratoire. Mais leur conclusion principale a une portée pratique : ce sont surtout les personnes qui se restreignent qui sont vulnérables à l’alimentation déclenchée par les émotions. Autrement dit, le régime strict, présenté comme une solution, entretient souvent le problème.
En pratique, sauter un repas, interdire certains aliments ou compenser un écart par une journée de privation entretient une frustration qui peut rendre la prochaine émotion plus difficile à traverser sans manger. La sortie passe rarement par plus de contrôle, et plus souvent par des repas réguliers et suffisants.
Un lien avec la dépression et le poids, surtout quand le sommeil manque
Plusieurs études de suivi ont cherché à savoir si l’alimentation émotionnelle fait le lien entre l’humeur et le poids. Une étude néerlandaise publiée en 2016 a suivi 294 mères et 298 pères pendant cinq ans. Chez les mères, les symptômes dépressifs étaient associés à une alimentation émotionnelle plus marquée, qui prédisait à son tour une prise de poids plus importante. Ce lien n’a pas été retrouvé chez les pères.
Une étude finlandaise publiée en 2019, menée auprès de 5 024 adultes de 25 à 74 ans examinés en 2007, puis revus sept ans plus tard, va dans le même sens : l’alimentation émotionnelle servait d’intermédiaire entre la dépression et l’augmentation de l’indice de masse corporelle et du tour de taille. Elle prédisait une prise de poids plus forte chez les personnes qui dormaient sept heures ou moins par nuit, mais pas chez celles qui dormaient neuf heures ou plus.
Ces études observent des associations et ne prouvent pas qu’une chose cause l’autre. Elles indiquent pourtant deux pistes concrètes : quand l’alimentation émotionnelle s’installe, il vaut la peine de regarder l’humeur de fond, et le sommeil.
D’où vient ce réflexe ?
Personne ne choisit de manger ses émotions. Le réflexe s’installe au fil des années, à partir de plusieurs ingrédients qui se combinent différemment chez chacun. En repérer l’origine aide à le regarder sans se juger.
Une habitude apprise tôt
Dès l’enfance, la nourriture sert à consoler, à récompenser ou à calmer : un bonbon après une piqûre, un dessert pour une bonne note, un goûter pour faire oublier un chagrin. Une étude britannique publiée en 2015 a suivi 41 familles. À 5 à 7 ans, les enfants exposés en laboratoire à une petite situation stressante mangeaient plus d’en-cas, sans avoir faim, que ceux d’un groupe témoin.
Surtout, les enfants dont les parents utilisaient davantage la nourriture comme récompense, ou qui restreignaient certains aliments pour des raisons de santé quand l’enfant avait 3 à 5 ans, mangeaient davantage sous le coup d’une émotion négative à 5 à 7 ans. Les auteurs en concluent que des parents trop contrôlants peuvent, sans le vouloir, apprendre à leur enfant à se tourner vers des aliments plaisir pour faire face à ses émotions.
Il ne s’agit pas de chercher un coupable. Ces pratiques sont très répandues et partent d’une bonne intention. Mais elles aident à comprendre pourquoi, à l’âge adulte, le réflexe se déclenche si vite, et pourquoi il ne se défait pas d’une simple décision.
Le manque de sommeil
Dormir moins pousse à manger davantage, indépendamment des émotions. Une méta-analyse publiée en 2017 par une équipe du King’s College de Londres a regroupé les études qui réduisaient expérimentalement la durée de sommeil. Sur 11 études regroupant 172 participants, une période de sommeil raccourci était suivie d’un apport énergétique supérieur de 385 kilocalories par jour en moyenne, sans augmentation de la dépense d’énergie.
La fatigue rend aussi plus réactif aux émotions de la journée. Un sommeil insuffisant cumule donc deux effets : plus d’appétit, et moins de ressources pour traverser une contrariété sans chercher un réconfort rapide. Quand les nuits se dégradent depuis des semaines, c’est un sujet à part entière, que la page consacrée aux troubles du sommeil aborde en détail.
Le stress, l’ennui, la solitude
Le stress chronique, l’ennui et la solitude reviennent dans tous les témoignages. Ils ont un point commun : la nourriture y répond vite, sans effort, à toute heure, et elle procure un plaisir immédiat. Elle occupe un moment vide, coupe une tension, tient compagnie. C’est précisément ce qui en fait une réponse si commode, et si difficile à remplacer.
Certaines personnes ont aussi du mal à identifier ce qu’elles ressentent : elles perçoivent une agitation ou un malaise, sans pouvoir dire s’il s’agit de colère, de tristesse ou d’inquiétude. Manger devient alors une réponse générale à un état mal défini. Apprendre à nommer ses émotions fait partie du travail, comme l’explique la page sur la gestion des émotions.
Une humeur dépressive ou une anxiété de fond
Quand l’alimentation émotionnelle s’intensifie, il est utile de se demander si elle ne répond pas à un état plus durable qu’une contrariété : une tristesse qui s’installe, une perte d’intérêt, une anxiété permanente. Les études citées plus haut montrent que la dépression et l’alimentation émotionnelle avancent souvent ensemble. Dans ce cas, c’est l’humeur qui doit être prise en charge en premier, et la page sur la dépression rappelle pourquoi le médecin est le premier interlocuteur.
Où s’arrête l’alimentation émotionnelle, où commence le trouble ?
C’est la question la plus importante de cette page. L’alimentation émotionnelle est un comportement ; les troubles des conduites alimentaires sont des maladies, qui demandent une prise en charge médicale. La frontière ne tient pas à la quantité de chocolat mangée un soir de déprime, mais à la perte de contrôle, à la fréquence et à la souffrance.
L’hyperphagie boulimique est le trouble le plus proche. Selon la Haute Autorité de santé, elle se caractérise par des épisodes récurrents de crises de boulimie, c’est-à-dire l’absorption d’une grande quantité de nourriture en un temps restreint avec un sentiment de perte de contrôle, sans les comportements compensatoires de la boulimie (vomissements provoqués, laxatifs, jeûne, sport excessif). Elle concerne 3 à 5 % de la population, presque autant d’hommes que de femmes, et elle est plus souvent diagnostiquée à l’âge adulte.
Les critères de diagnostic, issus du manuel de référence de l’Association américaine de psychiatrie (DSM-5-TR) et repris par le Manuel MSD et l’Assurance Maladie, sont précis. Les crises surviennent en moyenne au moins une fois par semaine depuis trois mois, avec une sensation de perte de contrôle. Elles s’accompagnent d’au moins trois des signes suivants : manger beaucoup plus vite que la normale, manger jusqu’à se sentir mal, manger de grandes quantités sans avoir faim, manger seul par honte, se sentir dégoûté, déprimé ou coupable ensuite. La personne en souffre.
| Alimentation émotionnelle | Hyperphagie boulimique | Boulimie | |
|---|---|---|---|
| Ce que c’est | Un comportement courant, pas un trouble | Un trouble des conduites alimentaires | Un trouble des conduites alimentaires |
| Quantités | Variables, souvent un en-cas ou un grignotage | Grande quantité en un temps restreint | Grande quantité en un temps restreint |
| Perte de contrôle | Non, ou rarement | Oui, pendant les crises | Oui, pendant les crises |
| Fréquence | Ponctuelle ou régulière | En moyenne au moins une fois par semaine depuis trois mois | En moyenne au moins une fois par semaine depuis trois mois |
| Comportements compensatoires | Non | Non | Oui : vomissements, laxatifs, jeûne, sport excessif |
| Que faire | S’observer, agir sur ses habitudes, consulter si cela pèse | Médecin traitant, prise en charge spécialisée | Médecin traitant, prise en charge spécialisée |
Entre les deux, il existe une zone grise : des épisodes plus rares, des crises sans tous les critères, ce que la Haute Autorité de santé appelle les formes partielles. Elles méritent aussi d’être prises au sérieux, car elles peuvent évoluer. La HAS rappelle que ces troubles sont insuffisamment repérés, et que plus la prise en charge est précoce, meilleur est le pronostic.
Si vous vous reconnaissez dans la description des crises, les pages consacrées à l’hyperphagie boulimique et à la boulimie détaillent ces troubles. Elles ne remplacent pas une consultation : le diagnostic se pose avec un médecin.
Les signes qui doivent faire consulter
Quelle que soit l’étiquette, certains signes justifient d’en parler à un professionnel de santé sans attendre :
- des crises où l’on mange beaucoup, vite, avec l’impression de ne pas pouvoir s’arrêter ;
- des vomissements provoqués, la prise de laxatifs ou de diurétiques, des jeûnes ou un sport excessif pour compenser ;
- des pensées autour de la nourriture, du poids ou de la silhouette qui occupent une grande partie de la journée ;
- le fait de manger en cachette, ou d’éviter les repas avec les autres par honte ;
- une tristesse durable, une perte d’intérêt, des idées noires ;
- une variation importante du poids, dans un sens ou dans l’autre.
Les adolescents et les jeunes adultes peuvent aussi appeler Fil Santé Jeunes au 0800 235 236, un numéro gratuit et anonyme qui informe sur les troubles du comportement alimentaire et oriente. Le service est d’abord destiné aux jeunes, mais il est ouvert à toute personne, parent compris.
Que faire au quotidien
Quand l’alimentation émotionnelle reste un comportement et non un trouble, plusieurs repères aident à la remettre à sa place. L’objectif n’est pas de ne plus jamais manger pour se réconforter, mais que ce ne soit plus la seule réponse, ni une réponse automatique.
- Manger régulièrement, et suffisamment. C’est le point le plus contre-intuitif et le plus solide : les personnes qui se restreignent sont les plus exposées. Trois repas réguliers, sans interdits stricts, réduisent le terrain sur lequel les émotions font craquer.
- Faire une pause avant de manger. Quelques respirations lentes, puis une question simple : ai-je faim, ou ai-je besoin d’autre chose ? Il ne s’agit pas de s’interdire de manger, mais de laisser un espace entre l’émotion et le geste.
- Noter ce qui se passe. Pendant quelques semaines, notez l’heure, ce que vous avez mangé, ce que vous ressentiez juste avant et votre niveau de fatigue. Des régularités apparaissent souvent : un moment de la journée, une personne, un type de situation.
- Préparer des alternatives. Une courte liste de choses qui font du bien et qui sont disponibles sur le moment : appeler quelqu’un, sortir marcher dix minutes, prendre une douche, écrire ce que l’on ressent. Elle sert quand l’envie arrive, pas à froid.
- Manger en prêtant attention. Sans écran, assis, en goûtant. Les approches de pleine conscience ont fait l’objet de nombreuses études sur ce sujet, détaillées plus bas.
- Regarder son sommeil. Des nuits courtes augmentent l’appétit et fragilisent face aux émotions. C’est souvent un levier plus efficace que la volonté.
- Laisser tomber la culpabilité. Un écart n’annule rien. La honte qui suit une prise alimentaire est elle-même une émotion difficile, qui peut relancer le cycle.
Ces repères demandent du temps. L’habitude s’est installée en des années, elle ne se défait pas en une semaine, et les rechutes font partie du chemin. Le simple fait de remarquer ce qui se passe, sans le juger, est déjà un changement.
La pleine conscience a été étudiée
Parmi les approches proposées, la méditation de pleine conscience est l’une des plus étudiées. Une revue systématique publiée en 2014 a examiné 14 études où elle était l’intervention principale. Ses auteurs concluent qu’elle réduit les crises alimentaires et l’alimentation émotionnelle chez les personnes qui présentent ces comportements, mais que les résultats sur le poids sont partagés, et que des études de plus long terme sont nécessaires.
Concrètement, il s’agit d’apprendre à porter attention à ce qui se passe dans le corps et dans la tête, sans chercher à le changer tout de suite : la tension qui monte, l’envie qui arrive, puis qui finit par redescendre si on la laisse passer. Cette capacité à rester quelques instants avec une émotion, sans y répondre aussitôt, est au cœur de la plupart des accompagnements.
Si c’est votre enfant
Si votre enfant se tourne vers la nourriture dès qu’il est contrarié, l’étude de 2015 citée plus haut suggère d’éviter de faire de la nourriture une récompense ou une consolation systématique, et de privilégier d’autres réponses : un câlin, des mots sur ce qu’il ressent, une activité partagée. Il ne s’agit pas non plus d’interdire, puisque la restriction est elle aussi associée au phénomène. En cas de doute sur son poids ou son comportement alimentaire, le pédiatre ou le médecin traitant est le bon interlocuteur.
Qui consulter ?
Quand l’alimentation émotionnelle pèse, sans aller jusqu’aux crises, plusieurs professionnels peuvent aider. Le diététicien ou le médecin nutritionniste travaille sur le rythme des repas et sur la sortie des régimes restrictifs. Le psychologue aide à comprendre ce que la nourriture vient apaiser et à trouver d’autres réponses ; le dispositif Mon soutien psy de l’Assurance Maladie permet de consulter un psychologue partenaire, avec un remboursement partiel des séances.
Quand il y a des crises, des comportements compensatoires ou une souffrance importante, le médecin traitant est le premier interlocuteur. Selon la Haute Autorité de santé, la prise en charge des troubles des conduites alimentaires est d’emblée pluridisciplinaire : somatique, psychologique, nutritionnelle, sociale et familiale. Selon le Manuel MSD, la thérapie cognitive et comportementale est le traitement le plus étudié de l’hyperphagie boulimique. La Fédération française anorexie boulimie tient un annuaire des centres et équipes spécialisés.
Préparer la consultation aide à ne rien oublier : depuis quand les prises alimentaires vous préoccupent, à quel rythme, dans quelles situations, si elles prennent la forme de crises, ce que vous ressentez ensuite, et l’évolution de votre poids et de votre sommeil. Les notes prises au fil des jours sont ici précieuses.
Et l’hypnose ?
Autant l’écrire clairement : au 22 octobre 2026, nous n’avons trouvé aucun essai contrôlé ayant évalué l’hypnose sur l’alimentation émotionnelle en tant que telle. Le rapport de l’Inserm de 2015 sur l’hypnose a retenu des données en sa faveur pour un petit nombre d’indications, notamment l’anesthésie et le syndrome de l’intestin irritable. Ce qui suit relève donc de l’accompagnement, pas d’un traitement démontré.
Un essai français s’en approche. L’essai HYPNODIET, mené à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière et publié en 2022 dans l’American Journal of Clinical Nutrition, a inclus 82 adultes en obésité dont le score de désinhibition, qui mesure la tendance à perdre le contrôle de son alimentation, était élevé. Tous ont suivi les mêmes ateliers d’éducation nutritionnelle ; la moitié a reçu en plus de l’hypnose ericksonienne et un apprentissage de l’autohypnose.
Après huit mois, 67,7 % des participants du groupe hypnose avaient normalisé leur score de désinhibition, contre 11,1 % dans le groupe témoin. Sur le poids en revanche, l’écart entre les deux groupes (1,8 kg) n’a pas atteint le seuil de significativité (p = 0,052). L’essai porte sur des personnes en obésité, sur un critère proche de l’alimentation émotionnelle sans s’y confondre, et il reste unique : il ne permet pas de conclure au-delà.
Une revue de 2021 consacrée à l’hypnose et à la pleine conscience dans la prise en charge de l’obésité juge ces deux approches prometteuses pour limiter les envies impérieuses de manger et l’alimentation émotionnelle, avec une meilleure efficacité quand elles s’ajoutent à d’autres prises en charge. Ses auteurs rappellent que des recherches sont encore nécessaires pour savoir si ces effets durent.
L’hypnose dont il est question ici n’a rien à voir avec l’hypnose de spectacle. C’est un accompagnement mené par un praticien, qui s’appuie sur un état d’attention concentrée : il guide, par la parole, vers un état de calme et propose des images ou des suggestions, que la personne reste libre de suivre. Rien ne s’y fait sans elle.
Ce que l’hypnose peut viser, dans ce cadre, tient en des objectifs modestes et proches de ceux de la pleine conscience : repérer ce qui précède l’envie de manger, retrouver un état de calme par la respiration et l’attention, et apprendre à laisser passer une émotion sans y répondre aussitôt. Quand il existe des crises, des comportements compensatoires ou une humeur dépressive, la prise en charge médicale passe en premier, et l’hypnose ne vient qu’en complément, en accord avec le médecin.
Comment se passe un accompagnement
Le premier rendez-vous sert d’abord à comprendre la situation : depuis quand la nourriture répond aux émotions, dans quels contextes, ce que cela coûte au quotidien, et s’il existe des signes qui relèvent d’abord d’un avis médical, comme des crises avec perte de contrôle. Si c’est le cas, la priorité est d’orienter vers le médecin.
Le travail porte ensuite sur des situations concrètes, choisies avec la personne : le retour du travail, la soirée seul, le moment qui suit une dispute. Les exercices appris en séance sont pensés pour être repris seul, au moment où l’envie arrive. L’accompagnement ne remplace pas un suivi diététique quand il est nécessaire, et il ne s’accompagne d’aucun régime. Le rythme et la durée dépendent de chacun et ne peuvent pas être annoncés à l’avance.
Pour aller plus loin
Plusieurs pages du site traitent de sujets proches, et la rubrique santé rassemble l’ensemble de ces thèmes :
- L’hyperphagie boulimique et l’hypnose, quand les prises alimentaires deviennent des crises avec perte de contrôle.
- L’addiction alimentaire, quand certains aliments prennent une place envahissante.
- L’envie de sucre, quand c’est presque toujours vers lui que l’on se tourne.
- Perdre du poids avec l’hypnose, quand la question du poids s’ajoute à celle des émotions.
- L’anorexie mentale, l’autre versant des troubles des conduites alimentaires.
Sources
- Evers C et coll. Émotions et prise alimentaire : méta-analyse des données expérimentales, Neuroscience and Biobehavioral Reviews, 2018
- Bongers P et coll. Manger quand on est heureux : le rôle sous-estimé de l’humeur positive, Appetite, 2013
- Oliver G, Wardle J. Effets perçus du stress sur les choix alimentaires, Physiology and Behavior, 1999
- Epel E et coll. Cortisol induit par le stress et comportement alimentaire chez la femme, Psychoneuroendocrinology, 2001
- Farrow CV, Haycraft E, Blissett JM. Pratiques alimentaires parentales et apparition de l’alimentation émotionnelle chez l’enfant, American Journal of Clinical Nutrition, 2015
- Al Khatib HK et coll. Effets d’une privation partielle de sommeil sur le bilan énergétique : revue systématique et méta-analyse, European Journal of Clinical Nutrition, 2017
- van Strien T et coll. L’alimentation émotionnelle, intermédiaire entre dépression et prise de poids, Appetite, 2016
- Konttinen H et coll. Dépression, alimentation émotionnelle et évolution du poids à long terme, International Journal of Behavioral Nutrition and Physical Activity, 2019
- Katterman SN et coll. La méditation de pleine conscience face aux crises alimentaires, à l’alimentation émotionnelle et au poids : revue systématique, Eating Behaviors, 2014
- Delestre F et coll. Essai HYPNODIET : l’hypnose réduit l’impulsivité alimentaire chez des patients en obésité, American Journal of Clinical Nutrition, 2022
- Pellegrini M et coll. Stratégies d’autogestion dans le traitement de l’obésité : revue centrée sur l’hypnose et la pleine conscience, Current Obesity Reports, 2021
- Haute Autorité de santé. Boulimie et hyperphagie boulimique : repérage et éléments généraux de prise en charge, 2019
- Manuel MSD, version pour professionnels de santé. Hyperphagie boulimique
- Assurance Maladie. Boulimie et hyperphagie boulimique : définition et causes
- Assurance Maladie. Boulimie et hyperphagie boulimique : repérer les premiers signes
- Assurance Maladie. Remboursement de séances chez le psychologue : dispositif Mon soutien psy
- Fédération française anorexie boulimie. Annuaire des centres et équipes spécialisés
- Fil Santé Jeunes
- Inserm. Évaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose, 2015
Est-ce grave de manger ses émotions ?
Non, pas en soi. Se réconforter avec de la nourriture de temps en temps est très courant et ce n’est pas un trouble. Cela devient un problème quand c’est la seule façon de faire baisser une tension, quand cela laisse de la culpabilité ou quand apparaissent des crises où l’on mange beaucoup, vite, avec une impression de perte de contrôle. Dans ce dernier cas, il faut en parler à son médecin.
Comment savoir si j'ai vraiment faim ou si c'est émotionnel ?
La faim physique arrive progressivement, se satisfait de plusieurs aliments et s’arrête quand on est rassasié. La faim émotionnelle surgit d’un coup, réclame un aliment précis, souvent sucré ou gras, et laisse un soulagement bref, parfois suivi de culpabilité. Avant de manger, une pause de quelques respirations et la question « ai-je faim, ou ai-je besoin d’autre chose ? » aident à faire la différence.
Pourquoi le stress donne-t-il envie de sucre ?
Pas chez tout le monde : dans une enquête auprès de 212 étudiants, 38 % mangeaient plus sous stress et 42 % moins. Chez certaines personnes, dont le cortisol réagit fortement au stress, une étude de 2001 a observé une consommation plus élevée de calories et d’aliments sucrés après une situation stressante. Le fait de suivre un régime augmente aussi cette tendance.
Quelle est la différence entre alimentation émotionnelle et hyperphagie boulimique ?
L’alimentation émotionnelle est un comportement courant, sans perte de contrôle. L’hyperphagie boulimique est un trouble des conduites alimentaires : des crises où l’on mange une grande quantité en peu de temps, avec perte de contrôle, en moyenne au moins une fois par semaine depuis trois mois, sans vomissements ni autres compensations. Elle concerne 3 à 5 % de la population selon la Haute Autorité de santé et demande une prise en charge médicale.
Faire un régime aide-t-il à arrêter de manger sous le coup des émotions ?
Plutôt l’inverse. Une méta-analyse de 56 expériences publiée en 2018 montre que ce sont surtout les personnes qui contrôlent habituellement leur alimentation qui mangent davantage après une émotion négative. Des repas réguliers et suffisants, sans interdits stricts, réduisent le terrain sur lequel les émotions font craquer.





