En France, l’hypnothérapeute n’est soumis à aucun code de déontologie fixé par la loi : il n’existe ni ordre professionnel ni diplôme d’État de l’hypnose. Les règles éthiques de la profession sont des chartes privées, rédigées par des associations, des écoles et des syndicats, auxquelles le praticien adhère volontairement. Elles n’en sont pas moins utiles : elles disent ce qu’un praticien sérieux s’engage à faire, et surtout à ne pas faire. Le cadre légal, lui, tient en quelques lignes du Code de la santé publique et du Code pénal, qui protègent le patient quel que soit le praticien.
Points clés
- Le rapport de l’Inserm de 2015 constate que la pratique de l’hypnose est encadrée par des chartes éthiques, mais qu’il n’existe pas d’encadrement légal clair.
- Les chartes ne disent pas toutes la même chose : certaines réservent l’hypnose thérapeutique aux professionnels de santé diplômés, d’autres reconnaissent l’hypnothérapie comme une profession à part entière.
- Poser un diagnostic ou traiter une maladie sans être médecin relève de l’exercice illégal de la médecine (article L4161-1 du Code de la santé publique).
- Depuis le 12 mai 2024, pousser une personne malade à abandonner son traitement est un délit puni d’un an d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende (article 223-1-2 du Code pénal).
- Le secteur de la santé et du bien-être est le premier secteur pour lequel la Miviludes reçoit des signalements, selon son communiqué du 29 septembre 2026.
Une mise au point nécessaire sur l’hypnose thérapeutique
L’hypnothérapeute se réserve le droit de refuser un accompagnement par hypnose pour certaines pathologies et de vous orienter vers un confrère plus expérimenté sur cette problématique, et cela dans votre propre intérêt. Savoir bien choisir son hypnothérapeute commence par là : un praticien qui accepte toutes les demandes sans poser de limite n’est pas un gage de sérieux.
Ce site a pour vocation de vous donner une information aussi complète et vérifiable que possible sur la pratique de l’hypnose thérapeutique. Les engagements ci-dessous sont ceux que nous appliquons, et ceux que vous êtes en droit d’attendre de tout praticien.
- L’hypnothérapeute n’est pas médecin, sauf s’il en a le diplôme. Il utilise une technique complémentaire de la médecine, mais il ne peut en aucun cas remplacer votre médecin habituel, ni votre traitement médical.
- L’hypnothérapeute orientera son patient vers un psychiatre dans les cas psychopathologiques graves, notamment lorsque la vie du patient ou de son entourage est en jeu.
- L’hypnothérapeute ne recevra pas une personne qui souffre d’une douleur physique sans qu’elle ait consulté au préalable un médecin.
- Quelle que soit la situation, si l’hypnothérapeute a le moindre doute sur l’état de son patient, il se réserve le droit de refuser la séance et d’orienter son patient vers un médecin.
Ce que dit la loi française sur l’exercice de l’hypnose
L’expertise collective de l’Inserm publiée en 2015 résume la situation en une phrase : la pratique de l’hypnose est « encadrée par des chartes éthiques, mais il n’y a pas à ce jour d’encadrement légal clair ». Les auteurs relèvent aussi qu’il existe des organismes délivrant des diplômes de « praticien en hypnose » ouverts aux personnes qui ne sont pas professionnelles de santé. Ces certificats attestent d’une formation privée. Ils ne font pas de leur titulaire un soignant au sens de la loi.
Trois textes posent néanmoins des limites nettes, qui s’appliquent à tout praticien, quelle que soit sa formation.
L’exercice illégal de la médecine. L’article L4161-1 du Code de la santé publique vise toute personne qui prend part habituellement « à l’établissement d’un diagnostic ou au traitement de maladies, congénitales ou acquises, réelles ou supposées », sans être titulaire d’un diplôme de médecin. Un hypnothérapeute non médecin ne peut donc ni poser un diagnostic, ni prétendre traiter une maladie, ni modifier une prescription.
Le titre de psychothérapeute. L’article 52 de la loi du 9 août 2004 réserve l’usage de ce titre aux professionnels inscrits au registre national des psychothérapeutes, tenu par les agences régionales de santé. La formation qui y donne accès est elle-même réservée aux médecins et aux titulaires d’un master de psychologie ou de psychanalyse. Une formation en hypnose, même longue, ne permet donc pas de se présenter comme psychothérapeute.
La provocation à l’abandon de soins. Créé par la loi du 10 mai 2024 visant à renforcer la lutte contre les dérives sectaires, l’article 223-1-2 du Code pénal punit d’un an d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende le fait de pousser, par des pressions ou des manœuvres répétées, une personne malade à abandonner ou à ne pas suivre un traitement médical, en présentant cet abandon comme bénéfique. Les peines passent à trois ans et 45 000 euros lorsque la personne a effectivement renoncé à se soigner.
Les chartes qui existent réellement
À défaut de code légal, chaque organisation de praticiens publie le sien. Nous avons lu ceux qui reviennent le plus souvent, dans leur version en ligne ou telle que l’Inserm la reproduit. Ils se répartissent en deux familles qui ne répondent pas de la même façon à la question centrale : qui a le droit de pratiquer l’hypnose à visée thérapeutique ?
La première famille réserve l’hypnose thérapeutique aux professionnels de santé. Le code éthique de la Confédération francophone d’hypnose et de thérapies brèves (CFHTB), cité par l’Inserm, pose que « la connaissance des techniques d’hypnose ne saurait constituer une base suffisante pour l’activité thérapeutique » et que le praticien doit détenir les diplômes de son champ d’exercice : médecin, chirurgien-dentiste, psychologue, sage-femme, infirmier, kinésithérapeute. La charte de l’Institut Français d’Hypnose (IFH) reprend la même règle et demande à ceux qu’il forme de ne pas enseigner l’hypnose à des personnes sans qualification adéquate.
La seconde famille reconnaît l’hypnothérapie comme un métier en soi. Le code de déontologie du Syndicat National des Hypnothérapeutes (SNH) décrit une profession « libérale et indépendante », exercée soit comme activité à part entière, soit en complément d’une profession de santé. La charte du Syndicat des Métiers de l’Hypnose distingue l’« hypnologue », qui intervient dans un cadre non médical, de l’hypnothérapeute, qui exerce dans le domaine du soin.
| Charte | Qui peut pratiquer | Engagements marquants | Sanction prévue |
|---|---|---|---|
| CFHTB (code éthique, cité par l’Inserm) | Professionnels de santé diplômés, l’hypnose venant en complément | Intérêt du patient prioritaire, pratique limitée à son champ de compétence, aucun spectacle | Exclusion de l’association, de la formation ou refus des attestations |
| IFH (charte éthique) | Professionnels de santé diplômés ; supervision recommandée pour les paramédicaux | Accord informé du patient, aucun spectacle, pas d’enseignement à des personnes non qualifiées | Attestation de formation subordonnée au respect de la charte |
| SNH (code de déontologie) | Hypnothérapeutes formés, à titre principal ou en complément | Clause de conscience, honoraires annoncés, publicité sans promesse irréaliste ni sigle médical usurpé | De l’avertissement à l’exclusion |
| Syndicat des Métiers de l’Hypnose (charte éthique) | « Hypnologues » en cadre non médical | Clause de conscience, obligation de moyens, confidentialité, refus de toute action contraire à la volonté du sujet | Non précisée dans la charte |
Les engagements communs à toutes ces chartes
Au-delà de leur désaccord sur l’accès au métier, ces textes convergent sur un socle que tout patient peut exiger, que son praticien ait signé une charte ou non.
- L’intérêt du patient d’abord. C’est l’article premier du code de la CFHTB et de la charte de l’IFH. Toute demande qui irait contre cet intérêt doit être refusée.
- Rester dans son champ de compétence. Le praticien n’utilise l’hypnose que dans les domaines où sa formation l’y autorise, et oriente vers un médecin dès que la situation le dépasse.
- Le consentement éclairé. L’IFH exige l’accord informé du patient pour toute situation qui l’exposerait à un stress inhabituel ou à un risque.
- Le secret. Le Syndicat des Métiers de l’Hypnose fait de la confidentialité une obligation, et le SNH compte le secret parmi les principes de son code.
- Pas de spectacle. L’IFH et la CFHTB proscrivent toute participation à des spectacles publics : l’hypnose thérapeutique et l’hypnose de spectacle ne relèvent pas du même registre.
- Une information honnête. Le SNH interdit toute publicité mensongère, « promesses irréalistes » comprises, et demande que les tarifs soient communiqués sans ambiguïté avant la séance.
Ce dernier point mérite d’être lu à l’envers. Un praticien qui vous annonce un résultat certain, un nombre de rendez-vous fixé d’avance ou un taux de réussite contrevient à la charte même dont il se réclame peut-être. Aucun accompagnement ne peut promettre un résultat avant d’avoir reçu la personne, et notre page sur les promesses de résultats garantis détaille pourquoi.
Ce qu’un code de déontologie ne garantit pas
Une charte est un engagement volontaire envers une association. Sa sanction la plus lourde est l’exclusion de cette association, qui n’empêche pas d’exercer. Elle ne remplace ni un contrôle de l’État ni la vérification que vous pouvez faire vous-même.
L’Inserm situe d’ailleurs le principal risque de l’hypnose sur ce terrain : « l’enjeu semble plutôt se situer au niveau éthico-juridique ». Le rapport cite un travail universitaire qui avait recensé seize décisions de justice impliquant l’hypnose, dont quinze en France, principalement des agressions sexuelles commises sur des personnes sous hypnose et des cas d’exercice illégal de la médecine. Les auteurs ajoutent que ce risque apparaît très limité lorsque l’hypnose est pratiquée comme outil complémentaire par des professionnels de santé déjà qualifiés. Notre page consacrée aux dangers de l’hypnose reprend ces données en détail.
La vigilance des pouvoirs publics s’est renforcée depuis. Le 29 septembre 2026, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) a publié un guide « Santé et dérives sectaires », en indiquant que la santé et le bien-être sont aujourd’hui le premier secteur d’activité pour lequel elle reçoit des signalements et des demandes d’information. Elle y cite les pertes de chance liées à l’abandon de soins conventionnels, les préjudices financiers et l’isolement des victimes.
Vérifier un praticien avant le premier rendez-vous
Quelques questions simples suffisent à faire le tri, et un praticien sérieux y répond sans difficulté.
- Quelle est votre profession d’origine ? Si le praticien se dit médecin, psychologue, infirmier ou sage-femme, son inscription se vérifie dans l’annuaire santé de l’Assurance Maladie ou dans l’annuaire de son ordre. Notre page sur l’hypnose médicale explique cette vérification pas à pas.
- Où vous êtes-vous formé, et à quelle charte adhérez-vous ? Une charte se lit en quelques minutes sur le site de l’organisme qui la publie. Demandez laquelle, puis lisez-la.
- Quels sont vos tarifs ? Le montant d’une séance doit être connu avant la séance, pas découvert à la fin.
- Que se passe-t-il si mon état demande un avis médical ? La bonne réponse est une orientation vers votre médecin, pas une promesse de tout prendre en charge.
Le Dérivomètre, publié en juin 2026 par la Miviludes et la Mutualité française, décrit les signaux qui doivent alerter dans tout parcours de soins non conventionnel : la « promesse de guérison miraculeuse », la remise en cause de la médecine, l’éloignement des proches, la culpabilisation du patient, la dépendance envers le praticien et les préjudices financiers. Il rappelle aussi les réflexes de base : garder le dialogue avec son médecin, en parler à ses proches, vérifier la fiabilité des sources.
Que faire face à une pratique abusive ?
Si un praticien vous incite à arrêter un traitement, vous dissuade de consulter, vous isole de votre entourage ou vous demande des sommes croissantes, interrompez le suivi et parlez-en à votre médecin traitant. Ces comportements contreviennent à toutes les chartes citées plus haut, et certains tombent sous le coup de la loi.
La Miviludes propose un formulaire en ligne pour l’informer d’une situation de dérive, et une démarche distincte pour obtenir son avis. Si le praticien se réclame d’une association, signalez-lui également les faits : c’est elle qui fait vivre sa propre charte. Enfin, lorsque des faits relèvent du Code pénal, comme la provocation à l’abandon de soins, porter plainte reste possible.
Pour aller plus loin avec l’hypnose
- L’hypnose médicale : qui la pratique, dans quel cadre, et comment vérifier le statut d’un soignant.
- Les dangers de l’hypnose : effets indésirables recensés et risques réels.
- Ce que le rapport de l’Inserm conclut sur l’efficacité de l’hypnose, indication par indication.
Sources
- Gueguen J, Barry C, Hassler C, Falissard B. Évaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose, Inserm, juin 2015, chapitre « Sécurité ». Rapport sur le site de l’Inserm.
- Code de la santé publique, article L4161-1 (exercice illégal de la médecine), Légifrance.
- Loi n° 2004-806 du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique, article 52 (titre de psychothérapeute), Légifrance.
- Code pénal, article 223-1-2 (provocation à l’abandon de soins, créé par la loi n° 2024-420 du 10 mai 2024), Légifrance.
- Institut Français d’Hypnose, Charte éthique de l’IFH.
- Syndicat National des Hypnothérapeutes, Code de déontologie.
- Syndicat des Métiers de l’Hypnose, Charte éthique de l’hypnologue.
- Miviludes, Santé et dérives sectaires : de nouveaux outils pour mieux repérer et prévenir les situations à risque, 29 septembre 2026.
- Miviludes et Mutualité française, le Dérivomètre, 18 juin 2026.
- Miviludes, Informer la Miviludes d’une dérive sectaire.
L'hypnothérapeute est-il soumis à un code de déontologie ?
Pas à un code fixé par la loi : il n’existe ni ordre professionnel ni diplôme d’État de l’hypnose. Les règles déontologiques viennent de chartes privées, publiées par des associations, des écoles et des syndicats de praticiens, auxquelles chacun adhère volontairement. Le rapport de l’Inserm de 2015 constatait déjà que la pratique était encadrée par ces chartes, sans encadrement légal clair.
Le métier d'hypnothérapeute est-il réglementé en France ?
Il n’a pas de statut propre, mais la loi fixe des limites qui s’appliquent à tous. Poser un diagnostic ou traiter une maladie sans être médecin relève de l’exercice illégal de la médecine (article L4161-1 du Code de la santé publique). Et depuis la loi du 10 mai 2024, pousser une personne malade à abandonner son traitement est un délit (article 223-1-2 du Code pénal).
Un hypnothérapeute peut-il se présenter comme psychothérapeute ?
Seulement s’il est inscrit au registre national des psychothérapeutes. L’article 52 de la loi du 9 août 2004 réserve ce titre aux professionnels inscrits, et la formation qui y donne accès est elle-même réservée aux médecins et aux titulaires d’un master de psychologie ou de psychanalyse. Une formation en hypnose ne suffit pas.
Comment vérifier qu'un hypnothérapeute est sérieux ?
Demandez-lui sa profession d’origine, sa formation et la charte à laquelle il adhère, puis lisez cette charte. S’il se dit médecin, psychologue ou infirmier, vérifiez son inscription dans l’annuaire santé de l’Assurance Maladie. Ses tarifs doivent être annoncés avant la séance, et un praticien qui promet un résultat certain se met en contradiction avec les chartes de sa propre profession.
Que faire si un praticien vous conseille d'arrêter un traitement ?
Ne modifiez rien sans en parler à votre médecin traitant, et interrompez le suivi. Aucune charte d’hypnose n’autorise un praticien à se substituer à un traitement médical, et la provocation à l’abandon de soins est punie par l’article 223-1-2 du Code pénal. Vous pouvez informer la Miviludes de la situation par son formulaire en ligne.





