Pleurer sans raison apparente arrive à beaucoup de monde, et ce n’est pas en soi un signe de maladie : les larmes viennent souvent d’une fatigue, d’un stress accumulé, d’une variation hormonale ou d’une émotion que l’on n’a pas encore identifiée. Quand ces pleurs reviennent presque tous les jours depuis plus de deux semaines, qu’ils ne soulagent plus ou qu’ils s’accompagnent d’autres signes, ils peuvent révéler une dépression, et c’est un motif d’en parler à son médecin.

Cette page explique ce que la recherche sait réellement des larmes (y compris ce qu’elle a démenti), passe en revue les causes les plus fréquentes, donne des repères pour distinguer des pleurs passagers d’un signal d’alerte, et précise ce qui change chez l’homme, l’adolescent ou la jeune mère. Elle dit enfin ce que l’hypnose peut apporter, et surtout ce qu’elle ne remplace pas.

Points clés

  • Pleurer « sans raison » veut presque toujours dire que la cause n’est pas encore identifiée : fatigue, stress, hormones, deuil ou émotion absorbée.
  • Les larmes n’apaisent pas tout de suite : dans une étude de 2015, l’humeur des personnes qui avaient pleuré était plus sombre juste après, puis meilleure qu’au départ 90 minutes plus tard.
  • Des pleurs presque quotidiens depuis au moins deux semaines, avec fatigue, perte d’intérêt ou troubles du sommeil, doivent faire consulter : en 2024, 15,6 % des adultes ont vécu un épisode dépressif, et 44 % d’entre eux n’ont reçu aucune prise en charge.
  • Quand pleurer ne soulage plus, c’est un signal : deux études ont observé un effet apaisant des larmes moins net chez les personnes déprimées.
  • Aucune étude n’a évalué l’hypnose sur les pleurs inexpliqués : elle peut accompagner un travail sur les émotions, après l’avis du médecin et en complément d’un suivi.

« Sans raison » ne veut pas dire sans cause

La scène est presque toujours la même. Les larmes montent au volant, devant une publicité, au milieu d’une réunion ou le soir dans son lit, sans mauvaise nouvelle, sans dispute, sans film triste. On ne comprend pas ce qui arrive, et cette incompréhension inquiète souvent davantage que les larmes elles-mêmes : on se demande si l’on est en train de craquer, ou si quelque chose ne va pas.

Dans l’immense majorité des cas, l’expression « sans raison » décrit une cause que l’on n’a pas encore identifiée, pas une cause absente. Une fatigue qui s’installe depuis des semaines, un stress dont on ne mesure plus le poids parce qu’il est devenu le quotidien, un anniversaire de deuil, la fin du cycle menstruel, une émotion ressentie au contact d’un proche : les déclencheurs sont réels, ils sont simplement en arrière-plan.

Pleurer de temps en temps sans savoir tout de suite pourquoi n’a donc rien d’anormal. Ce qui doit retenir l’attention, c’est un changement : des pleurs qui deviennent fréquents, qui surviennent presque tous les jours, qui s’accompagnent d’une tristesse durable, d’une fatigue ou d’une perte d’intérêt, ou qui ne correspondent à aucune émotion. La suite de cette page aide à faire la différence, puis indique vers qui se tourner.

Un premier repère tient en une question simple : est-ce que pleurer vous soulage encore ? Des larmes qui laissent fatigué mais plus léger après coup ne ressemblent pas à des larmes qui laissent vide, ou qui ne s’arrêtent pas. Cette distinction n’est pas une impression : elle s’appuie sur des études présentées plus bas.

Ce que la recherche sait vraiment des larmes

Les larmes ont longtemps été peu étudiées. Ces dernières années, une petite communauté de chercheurs, réunie notamment autour d’Ad Vingerhoets à l’université de Tilburg, aux Pays-Bas, les a prises au sérieux. Leurs travaux confirment certaines idées reçues, en nuancent d’autres et en démentent quelques-unes, parmi les plus répétées sur internet.

Des larmes propres à l’être humain

L’œil produit en permanence des larmes qui l’humidifient, et d’autres en réaction à une irritation, comme la fumée ou l’oignon. Les larmes émotionnelles, elles, sont un comportement universel et propre à l’être humain, rappelle une revue publiée en 2018 par Asmir Gračanin, Lauren Bylsma et Ad Vingerhoets.

Leur hypothèse principale est que les pleurs ont évolué comme un signal de détresse adressé aux autres, qui favorise l’aide et le rapprochement. L’effet des larmes sur l’humeur de la personne qui pleure viendrait d’abord de là : on se sent mieux quand le signal a été reçu, quand quelqu’un a répondu. C’est une piste importante pour comprendre pourquoi pleurer seul, sans réponse, n’a pas toujours le même effet.

Les larmes éliminent-elles des toxines ?

L’idée circule sur la plupart des pages consacrées au sujet : pleurer permettrait d’évacuer des toxines liées au stress. Elle remonte aux travaux du biochimiste américain William Frey. Son étude la plus citée, publiée en 1981, a comparé des larmes émotionnelles et des larmes provoquées par un irritant chez des volontaires.

Ce qu’elle a mesuré est plus modeste que ce qu’on lui prête : les larmes émotionnelles des femmes contenaient 24 % de protéines de plus que les larmes d’irritation, sans différence dans la répartition de ces protéines. L’étude n’a pas montré que pleurer débarrasse l’organisme de quoi que ce soit.

Une étude publiée en 2026, qui a analysé plusieurs centaines de petites molécules dans les larmes de 22 volontaires, a bien relevé des différences entre les deux types de larmes. Mais ses auteurs précisent qu’aucune de ces molécules ne reste significative après correction statistique, et que leurs résultats doivent être confirmés. La composition des larmes émotionnelles reste donc mal connue.

Pleurer soulage, mais pas tout de suite

Les gens affirment souvent que pleurer leur fait du bien, alors que les expériences en laboratoire montraient plutôt une humeur plus sombre après les larmes. Une étude publiée en 2015 a résolu ce paradoxe en mesurant l’humeur plus longtemps. Soixante volontaires regardaient un film émouvant : 28 ont pleuré, 32 non.

Juste après le film, l’humeur négative avait augmenté chez ceux qui avaient pleuré, et pas chez les autres. Vingt minutes plus tard, elle était revenue à son niveau de départ. Quatre-vingt-dix minutes après, les personnes qui avaient pleuré rapportaient une humeur meilleure qu’avant le film. Le soulagement existe, mais il arrive après un passage plus difficile.

Ce résultat a une conséquence pratique. Se sentir plus mal dans les minutes qui suivent une crise de larmes est attendu, ce n’est pas le signe que les choses s’aggravent. En revanche, des larmes qui ne laissent jamais place à ce mieux-être, jour après jour, méritent d’être prises au sérieux.

Des endorphines qui apaisent ? Pas démontré

On lit aussi que les larmes libèrent des endorphines, ces substances qui atténuent la douleur. La même équipe a testé cette idée en 2022, dans deux études de 57 et 70 participants : on mesurait la sensibilité à la douleur avant et après un film triste, chez ceux qui pleuraient et chez les autres.

Pleurer n’a pas diminué la douleur, ni juste après, ni 20 et 50 minutes plus tard. Les auteurs concluent que leurs résultats ne soutiennent pas d’effet antidouleur des pleurs, que ce soit par la distraction ou par un mécanisme biologique direct. Cela n’empêche pas les larmes d’apaiser, comme le suggère une revue de 2014 des mêmes chercheurs, mais le mécanisme reste à établir.

Pourquoi certains pleurent plus facilement que d’autres

La facilité à pleurer varie beaucoup d’une personne à l’autre, d’un sexe à l’autre et d’une culture à l’autre. Une étude grecque publiée en 2011 a mesuré cette tendance chez 170 adultes, 65 hommes et 105 femmes, à partir de la question « je pleure facilement » d’un questionnaire de santé psychologique, et l’a comparée à des marqueurs biologiques prélevés au cours d’examens médicaux.

Les personnes qui pleuraient le plus facilement présentaient un niveau plus bas d’un dérivé de la noradrénaline, un messager chimique du cerveau, et les femmes étaient plus nombreuses dans ce groupe. Surtout, pleurer facilement n’était pas lié au score de dépression du questionnaire. Les auteurs y voient un seuil de déclenchement des larmes propre à chacun, en partie biologique. Être de ceux qui pleurent vite ne dit donc rien, à soi seul, d’un trouble.

Les causes les plus fréquentes

Les causes qui suivent se combinent souvent. Une jeune mère épuisée, une personne en deuil qui dort mal, un salarié sous pression en fin de cycle menstruel : chercher une cause unique est rarement utile. Il s’agit plutôt de repérer ce qui, chez soi, fait baisser le seuil des larmes.

Le stress accumulé et la fatigue

Le stress chronique use sans bruit. Quand il dure, il devient l’état normal, on cesse de le remarquer, et c’est un détail sans importance qui fait déborder : une remarque, un objet tombé, un message un peu sec. Les larmes ne portent pas sur ce détail, elles portent sur tout ce qui s’est accumulé avant.

La fatigue agit de la même façon. Une période de surcharge, au travail ou à la maison, réduit la capacité à encaisser les émotions ordinaires. Quand cette usure s’installe et s’accompagne d’un épuisement qui ne cède pas au repos, la question du burn-out se pose, avec ses propres critères.

Le manque de sommeil

Dormir mal ou trop peu rend plus réactif aux émotions. Une revue publiée en 2016 par une équipe bordelaise rappelle que la privation de sommeil comme l’insomnie sont associées à une réactivité émotionnelle accrue, et que le lien fonctionne dans les deux sens : les émotions de la journée affectent aussi la qualité du sommeil. Les troubles du sommeil font d’ailleurs partie des signes de la dépression. Quand les nuits se dégradent depuis des semaines, c’est un sujet en soi, que la page consacrée aux troubles du sommeil aborde en détail.

Un deuil, une perte, un changement de vie

Le chagrin ne suit pas de calendrier. Une perte que l’on pensait derrière soi peut remonter à l’approche d’une date anniversaire, à l’écoute d’une chanson ou en passant devant un lieu, sans que le lien soit évident sur le moment. Les étapes du deuil ne se succèdent pas dans un ordre fixe, et les larmes inattendues en font partie.

Les changements de vie produisent le même effet, y compris quand ils sont choisis : un déménagement, une retraite, une séparation, le départ des enfants du foyer, que l’on appelle souvent le syndrome du nid vide. Même heureux, un changement retire des repères, et il faut un temps pour en retrouver.

Les variations hormonales

Les hormones influencent l’humeur à plusieurs moments de la vie d’une femme, et les pleurs inattendus y sont fréquents. Trois périodes reviennent dans les témoignages et dans les sources médicales : la fin du cycle menstruel, les jours et les mois qui suivent un accouchement, et la période autour de la ménopause.

Avant les règles, beaucoup de femmes ressentent une sensibilité accrue. Dans sa forme sévère, on parle de trouble dysphorique prémenstruel. Une méta-analyse de 2024, portant sur 44 études et 50 659 participantes, l’estime à 3,2 % quand le diagnostic est confirmé, et à 7,7 % quand il est seulement provisoire. Ses auteurs rappellent que le diagnostic exige de noter ses symptômes au jour le jour pendant deux cycles.

Après un accouchement, le baby blues est très courant : une méta-analyse de 2020, sur 26 études et 5 667 femmes, l’évalue à 39 %. Selon l’Assurance Maladie, il apparaît vers le troisième jour, avec des sautes d’humeur et des pleurs, dure de quelques heures à une quinzaine de jours et disparaît de lui-même. La dépression du post-partum est un trouble différent, détaillé plus bas.

Autour de la ménopause, l’Assurance Maladie cite, parmi les symptômes possibles, des troubles de l’humeur, une irritabilité, de l’anxiété et une tendance dépressive. Quand des pleurs apparaissent à cette période, il est utile d’en parler au médecin, qui pourra faire la part de ce qui revient aux hormones.

Une sensibilité forte, ou des émotions absorbées

Certaines personnes réagissent plus intensément que d’autres à tout ce qui les entoure : les ambiances, les images, les émotions. C’est ce que décrit la notion d’hypersensibilité émotionnelle. D’autres absorbent surtout l’état de leurs proches, au point de ne plus savoir si la tristesse qu’elles ressentent leur appartient, ce que l’on appelle souvent l’hyperempathie.

Dans ces deux cas, les larmes ne sont pas un symptôme à faire disparaître. Elles disent qu’une limite a été dépassée : trop de stimulations, trop d’émotions portées pour les autres, pas assez de temps pour revenir à soi. Ce qui se travaille, c’est la récupération et la frontière entre soi et l’autre, pas la sensibilité elle-même.

Une dépression ou un trouble anxieux

Des pleurs fréquents et inexpliqués font partie des signes possibles d’une dépression. L’Assurance Maladie le mentionne explicitement : la tristesse de l’épisode dépressif, présente presque toute la journée et presque tous les jours depuis au moins deux semaines, peut s’accompagner de pleurs. Ce n’est pas une situation rare : selon le Baromètre 2024 de Santé publique France, 15,6 % des adultes de 18 à 79 ans ont vécu un épisode dépressif caractérisé au cours de l’année.

Les troubles anxieux peuvent aussi faire monter les larmes, quand l’inquiétude devient permanente et épuise. L’anxiété généralisée en est l’exemple le plus courant. Dans les deux cas, ce n’est pas la présence de pleurs qui fait le diagnostic, mais l’ensemble des signes et leur durée, qu’un médecin sait évaluer.

Quand les pleurs ne correspondent à aucune émotion

Il existe un cas très différent, plus rare et qui relève de la neurologie : des pleurs ou des rires soudains, involontaires, qui ne correspondent pas à ce que la personne ressent, ou qui sont sans commune mesure avec la situation. On parle d’affect pseudobulbaire, ou de syndrome pseudobulbaire. La personne pleure, mais elle n’est pas triste, ou pas à ce point.

Ce phénomène accompagne des maladies neurologiques. Une vaste étude américaine, publiée en 2013 et portant sur 5 290 patients atteints notamment de la maladie d’Alzheimer, de sclérose en plaques, de la maladie de Parkinson, d’un accident vasculaire cérébral ou d’un traumatisme crânien, a relevé des symptômes évocateurs chez 36,7 % d’entre eux. Après un AVC, une revue de 2024 estime qu’une personne sur cinq présente encore ces pleurs six mois plus tard.

Si les pleurs surviennent par crises brusques, sans émotion correspondante, et en particulier après un AVC, un traumatisme crânien ou chez une personne atteinte d’une maladie neurologique, il faut en parler rapidement au médecin ou au neurologue. Ce n’est pas un problème psychologique, et des pistes de traitement existent, même si elles restent encore limitées.

Un dernier facteur mérite d’être signalé au médecin : un traitement commencé récemment. Si les pleurs sont apparus après le début d’un nouveau médicament, ou après un changement de dose, mentionnez-le, sans arrêter le traitement de vous-même.

Quand les pleurs deviennent un signal d’alerte

Pleurer est une réponse normale. Ce qui change la donne, c’est la durée, la fréquence et ce qui accompagne les larmes. L’Assurance Maladie décrit l’épisode dépressif comme l’association d’au moins cinq symptômes, présents presque chaque jour depuis au moins deux semaines, source de détresse et de retentissement sur la vie professionnelle, sociale ou familiale.

Parmi ces symptômes figurent une tristesse constante, une perte d’intérêt et de plaisir, une fatigue que le repos n’améliore pas et qui est souvent marquée dès le matin, des troubles du sommeil ou de l’appétit, une dévalorisation de soi, des difficultés à se concentrer et une vision très sombre de l’avenir. Les pleurs ne suffisent pas à poser un diagnostic, mais quand ils s’ajoutent à plusieurs de ces signes, la consultation s’impose.

Pleurer le matin, au réveil

Les recherches sur le sujet reviennent souvent sur les pleurs du matin. Pleurer au réveil n’a pas de signification propre : une nuit agitée, une journée redoutée ou un rêve suffisent à l’expliquer. Mais une fatigue marquée dès le matin, qui ne s’améliore ni avec le repos ni avec le sommeil, fait partie des symptômes de l’épisode dépressif décrits par l’Assurance Maladie. Si les matins deviennent systématiquement difficiles, avec des larmes et l’impression de ne pas pouvoir affronter la journée, c’est ce tableau-là qu’il faut regarder.

Quand pleurer ne soulage plus

Les recherches sur les larmes apportent ici un repère que l’on trouve rarement ailleurs. En 2003, Jonathan Rottenberg et ses collègues ont fait pleurer devant un film triste des personnes déprimées et non déprimées, en mesurant l’activité du nerf vague, liée à la capacité à réguler ses émotions. Chez les personnes non déprimées, cette activité remontait quand les pleurs s’apaisaient. Chez les personnes déprimées, non.

Une seconde étude de la même équipe, publiée en 2008, a comparé 44 patients atteints de troubles de l’humeur à 132 personnes représentatives de la population néerlandaise. Les patients pleuraient plus facilement face aux situations négatives, et ils rapportaient moins d’amélioration de leur humeur après avoir pleuré. Les auteurs concluent que les troubles de l’humeur pourraient modifier non seulement la fréquence des pleurs, mais aussi leur fonction.

Ces études sont petites et ne servent pas à poser un diagnostic. Elles donnent pourtant un repère concret : quand les larmes ne soulagent plus, qu’elles laissent vide ou épuisé au lieu de laisser plus léger, c’est une raison de plus de consulter.

Schéma en quatre questions sur deux colonnes, plutôt rassurant et avis médical conseillé : depuis quand les pleurs reviennent, si pleurer soulage, si d'autres signes s'ajoutent, si une émotion se trouve derrière les larmes ; en bas, le médecin traitant comme premier interlocuteur et le 3114 en cas d'idées noires
Quatre questions pour s’orienter. Plus les réponses tombent dans la colonne de droite, plus un avis médical s’impose.
Ce que vous observezCe que cela peut évoquerVers qui se tourner
Des larmes de temps en temps, après une période chargée, qui laissent plus légerFatigue, stress accumulé, émotion non identifiéeRepos, temps pour soi, en parler à un proche
Des pleurs dans les jours qui précèdent les règles, chaque moisSyndrome prémenstruel, parfois trouble dysphorique prémenstruelNoter ses symptômes sur deux cycles, en parler au médecin ou à la sage-femme
Des pleurs vers le troisième jour après l’accouchement, qui passent en quelques joursBaby bluesRepos et soutien ; consulter si cela dure au-delà de deux semaines
Des pleurs presque tous les jours depuis au moins deux semaines, avec fatigue, perte d’intérêt ou troubles du sommeilÉpisode dépressif possibleMédecin traitant
Des pleurs qui ne soulagent plus, qui laissent vide ou épuiséSignal d’alerte, en particulier avec d’autres signesMédecin traitant, psychologue
Des crises brusques de pleurs ou de rires sans émotion correspondanteAffect pseudobulbaire, surtout après un AVC ou avec une maladie neurologiqueMédecin ou neurologue, rapidement
Des idées noires, l’impression que la vie n’a plus de sensUrgence3114, jour et nuit, ou les urgences

Certains signes doivent faire consulter sans attendre, quelle que soit la cause que l’on suppose :

En cas de pensées suicidaires, pour soi ou pour un proche, le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond gratuitement 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, partout en France. Une dépression se soigne, et sa prise en charge passe avant toute autre démarche.

Si c’est un proche qui pleure sans raison

Quand c’est quelqu’un de votre entourage qui pleure souvent sans pouvoir l’expliquer, il n’est pas nécessaire d’avoir une réponse à lui donner. L’écouter, lui dire ce que vous remarquez sans le juger et l’encourager à en parler à son médecin est déjà beaucoup. Si vous craignez qu’il pense au suicide, l’Assurance Maladie recommande d’aborder la question directement, par exemple en lui demandant s’il lui est déjà arrivé d’y penser. Le 3114 répond aussi aux proches qui s’inquiètent pour quelqu’un.

Chez l’homme, l’adolescent, la jeune mère : ce qui change

Les recherches tapées le plus souvent sur le sujet précisent un contexte : « homme », « ado », « enceinte », « après l’accouchement ». Ces situations ne changent pas les causes possibles, mais elles changent ce à quoi il faut faire attention.

Chez l’homme

Beaucoup d’hommes ont appris à retenir leurs larmes, et des pleurs qui reviennent sans explication les déstabilisent d’autant plus. Or ils peuvent être un signe à ne pas négliger. Dans l’étude de 2008 citée plus haut, la sévérité de la dépression était liée à des pleurs plus fréquents chez les patients hommes, mais pas chez les patientes. Les auteurs y voient une piste : la dépression modifierait davantage les pleurs masculins.

Les hommes consultent aussi moins. Selon Santé publique France, 44 % des adultes qui ont vécu un épisode dépressif en 2024 n’ont bénéficié d’aucune prise en charge, et cette proportion atteint 54 % chez les hommes. Pour un homme qui se met à pleurer sans comprendre pourquoi, en parler à son médecin n’a rien d’excessif.

La naissance d’un enfant concerne aussi les pères et les co-parents. L’Assurance Maladie indique que plus de 10 % des pères présenteraient des symptômes dépressifs dans les deux mois qui suivent la naissance, d’autant plus quand leur conjointe est elle-même déprimée.

Chez l’adolescent

À l’adolescence, les émotions sont plus vives et les pleurs plus fréquents, ce qui est attendu. Mais l’Assurance Maladie cite aussi des pleurs fréquents parmi les signes possibles de la dépression de l’adolescent, aux côtés de l’irritabilité, du repli, d’une perte de motivation, d’idées de dévalorisation ou de désirs de mort.

Le changement par rapport à d’habitude est le meilleur indicateur : un adolescent qui pleure beaucoup plus qu’avant, s’isole, décroche à l’école ou devient irritable mérite qu’on en parle avec lui, puis avec un médecin. Le médecin traitant, l’infirmière scolaire ou une maison des adolescents sont de bons premiers interlocuteurs.

Pendant la grossesse et après l’accouchement

Pendant la grossesse, une sensibilité accrue et des larmes plus faciles sont fréquentes. L’Assurance Maladie rappelle toutefois que la femme enceinte peut aussi traverser de véritables épisodes dépressifs, même si la dépression est plus fréquente après l’accouchement. Une tristesse qui s’installe pendant la grossesse se signale donc à la sage-femme ou au médecin qui suit la grossesse, sans attendre la naissance.

La grossesse et le post-partum bouleversent l’équilibre hormonal, le sommeil et l’organisation de la vie. Des pleurs y sont fréquents, et le baby blues des premiers jours en est la forme la plus courante. Il passe de lui-même. La dépression du post-partum, elle, s’installe et ne passe pas seule.

Selon l’Enquête nationale périnatale de 2021, publiée par Santé publique France, 16,7 % des femmes présentaient une dépression du post-partum deux mois après l’accouchement, et 5,4 % déclaraient des idées suicidaires. L’Assurance Maladie situe la période la plus à risque entre le deuxième et le sixième mois. Parmi les signes qui doivent alerter figurent une grande tristesse sans raison apparente, l’envie de rester seule, la culpabilité de ne pas être une bonne mère et un épuisement permanent.

Baby bluesDépression du post-partum
QuandVers le troisième jour après l’accouchementDans l’année qui suit la naissance, surtout entre le deuxième et le sixième mois
DuréeDe quelques heures à une quinzaine de joursS’installe et dure
Fréquence mesurée39 % des femmes (méta-analyse de 2020)16,7 % à deux mois (Enquête nationale périnatale 2021)
ÉvolutionDisparaît de lui-mêmeNe passe pas seule, demande une prise en charge
Que faireRepos, soutien, en parlerConsulter le médecin, la sage-femme ou la maternité

Depuis juillet 2022, un entretien postnatal précoce est proposé systématiquement à toutes les jeunes mères, entre la quatrième et la huitième semaine après l’accouchement, avec une sage-femme ou un médecin. C’est un moment prévu pour parler de ce que l’on ressent, y compris de pleurs qui ne passent pas.

Que faire sur le moment, et dans les jours qui suivent

Aucune méthode n’a été validée pour « arrêter de pleurer sans raison », et ce n’est pas forcément le but. Les repères qui suivent découlent de ce que l’on sait des larmes, et rejoignent ce que proposent les psychologues dans ces situations. Ils ne remplacent pas une consultation quand les signes d’alerte sont présents.

Il peut aussi être utile de prévenir une ou deux personnes de confiance, à la maison ou au travail, que vous traversez une période où les larmes viennent facilement. Vous n’avez pas à vous justifier ni à tout expliquer : une phrase suffit, du type « en ce moment, je suis vite ému, ce n’est pas contre toi ». Cela évite de passer de l’énergie à cacher ce que vous ressentez, et cela donne aux autres la possibilité de répondre, ce qui est précisément ce à quoi servent les larmes.

Pour calmer une crise de larmes à un moment où elle tombe mal, en réunion ou au volant, ralentir sa respiration, en allongeant l’expiration, et porter son attention sur ce qui entoure, les objets, les sons, le contact des pieds au sol, aide souvent à reprendre pied. Il s’agit de différer, pas de supprimer : les émotions mises de côté demandent ensuite un moment pour être accueillies.

Quand les pleurs s’accompagnent de ruminations ou d’une difficulté plus générale à gérer ses émotions, un travail avec un professionnel aide à comprendre d’où vient ce fonctionnement. Et si au contraire vous ne parvenez plus à pleurer ni à ressentir grand-chose, la page sur le blocage émotionnel décrit cette expérience inverse.

Qui consulter, et dans quel ordre

Le médecin traitant est le premier interlocuteur, et Santé publique France le confirme : c’est vers lui que se tournent d’abord les personnes qui vivent un épisode dépressif. Il peut rechercher une cause médicale, faire le point sur un traitement en cours, évaluer s’il s’agit d’une dépression et proposer une prise en charge adaptée, en s’appuyant sur les recommandations de la Haute Autorité de santé.

Préparer la consultation aide à ne rien oublier : depuis quand les pleurs reviennent, à quel rythme, à quels moments, ce qui les accompagne (sommeil, appétit, fatigue, idées noires), les traitements en cours et, pour les femmes, le lien éventuel avec le cycle ou une naissance récente. Les notes prises au fil des jours sont ici très utiles. L’Assurance Maladie propose aussi en ligne des questionnaires d’auto-évaluation, l’échelle HAD pour l’adulte et l’ADRS pour l’adolescent, qui aident à repérer les premiers signes, sans remplacer l’avis du médecin.

Selon la situation, il orientera vers un psychologue, un psychiatre, une sage-femme ou un neurologue. Le dispositif Mon soutien psy de l’Assurance Maladie permet de consulter un psychologue partenaire, avec un remboursement partiel des séances. Les étudiants disposent en plus d’un dispositif qui leur est propre, Santé Psy Étudiant.

Il n’est pas nécessaire d’attendre d’être « au fond du trou » pour consulter. Dire à son médecin « je pleure sans comprendre pourquoi, et cela m’inquiète » est une raison de consultation suffisante. Et en cas de pensées suicidaires, le 3114 répond à toute heure, gratuitement.

Et l’hypnose dans tout cela ?

Autant l’écrire clairement : au 19 octobre 2026, aucune étude publiée n’a évalué l’hypnose sur les pleurs inexpliqués. Le rapport de l’Inserm de 2015 sur l’hypnose a retenu des données en sa faveur pour un petit nombre d’indications, notamment l’anesthésie et le syndrome de l’intestin irritable. Tout ce qui suit relève donc de l’accompagnement, pas d’un traitement démontré.

Sur les symptômes dépressifs, une méta-analyse publiée en 2019 dans l’American Journal of Clinical Hypnosis a retenu 10 études, regroupant 13 essais, sur 197 références examinées. Les auteurs jugent l’effet observé comparable à celui de psychothérapies reconnues. Ces données reposent sur un nombre limité d’essais, dont quatre seulement ont mesuré l’effet à plus long terme. Elles ne font pas de l’hypnose un traitement de la dépression, qui relève du médecin.

Il faut aussi dissiper un malentendu. L’hypnose dont il est question ici n’a rien à voir avec l’hypnose de spectacle : c’est une pratique d’accompagnement, menée par un praticien, qui s’appuie sur un état d’attention concentrée. Le praticien guide, par la parole, vers un état de calme et propose des images ou des suggestions, que la personne reste libre de suivre ou non. Rien ne s’y fait sans elle.

Ce que l’hypnose peut viser, une fois l’avis médical donné et en complément d’un suivi quand il est nécessaire, tient en des objectifs modestes : apprendre à repérer ce qui précède les larmes, retrouver un état de calme par des exercices d’attention et de respiration, et travailler, avec des images, sur une émotion restée sans mots, un deuil, une période de surcharge.

Il ne s’agit pas d’empêcher de pleurer. Les larmes ont une fonction, et l’objectif n’est jamais de les faire taire. Si une dépression, un trouble anxieux, une dépression du post-partum ou une cause neurologique est en jeu, elle passe en premier, et l’accompagnement par l’hypnose ne vient qu’en complément, en accord avec le médecin.

Comment se passe un accompagnement

Le premier rendez-vous sert d’abord à comprendre la situation : depuis quand les pleurs reviennent, dans quels contextes, ce qu’ils coûtent au quotidien, et s’il existe des signes qui relèvent d’abord d’un avis médical. Si c’est le cas, la priorité est d’orienter vers le médecin, et rien d’autre ne commence avant.

Le travail porte ensuite sur des situations concrètes, choisies avec la personne : un moment de la journée où les larmes montent, une période de fatigue, un événement resté en suspens. Les exercices appris en séance sont pensés pour être repris seul, au quotidien. Le rythme et la durée de l’accompagnement dépendent de chacun et ne peuvent pas être annoncés à l’avance.

Pour aller plus loin avec l’hypnose

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William Charron s’intéresse depuis de nombreuses années à l’hypnose et à ses applications thérapeutiques.

William Charron

Passionné par le bien-être et le développement personnel, je m’intéresse depuis de nombreuses années à l’hypnose et à ses applications thérapeutiques.

  • Est-ce normal de pleurer sans raison de temps en temps ?

    Oui. Des larmes qui surviennent sans cause évidente, de façon occasionnelle, sont le plus souvent liées à une fatigue, un stress accumulé, une variation hormonale ou une émotion pas encore identifiée. Ce qui doit faire consulter, c’est un changement : des pleurs presque quotidiens depuis au moins deux semaines, une tristesse qui s’installe, une fatigue ou une perte d’intérêt, ou des larmes qui ne soulagent plus.

  • Pourquoi a-t-on envie de pleurer avant les règles ?

    Les variations hormonales de la fin du cycle rendent beaucoup de femmes plus sensibles. Dans sa forme sévère, on parle de trouble dysphorique prémenstruel, estimé à 3,2 % quand le diagnostic est confirmé selon une méta-analyse de 2024. Pour le repérer, il faut noter ses symptômes au jour le jour sur deux cycles, puis en parler à son médecin ou à sa sage-femme.

  • Pleurer après un accouchement, est-ce le baby blues ?

    Souvent, oui : le baby blues apparaît vers le troisième jour, dure de quelques heures à une quinzaine de jours et disparaît de lui-même. Une méta-analyse de 2020 l’estime à 39 % des femmes. Si la tristesse dure au-delà, s’accompagne d’épuisement, de culpabilité ou d’idées noires, il peut s’agir d’une dépression du post-partum, qui concerne 16,7 % des femmes à deux mois et demande une consultation.

  • Pleurer tous les jours, est-ce forcément une dépression ?

    Non, mais c’est une raison de consulter. Une période de surcharge, un deuil ou un manque de sommeil peuvent faire pleurer souvent. On parle d’épisode dépressif quand au moins cinq symptômes, dont une tristesse ou une perte d’intérêt, sont présents presque chaque jour depuis au moins deux semaines. Seul un médecin peut faire la différence, et en parler tôt facilite la prise en charge.

  • Pourquoi un homme peut-il se mettre à pleurer sans comprendre pourquoi ?

    Pour les mêmes raisons qu’une femme : fatigue, stress, deuil, changement de vie ou dépression. Chez les hommes, des pleurs inhabituels méritent d’autant plus d’attention qu’ils consultent moins : selon Santé publique France, 54 % des hommes ayant vécu un épisode dépressif en 2024 n’ont eu aucune prise en charge. En parler à son médecin n’a rien d’excessif.

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